Eugenio Montale (1896 – 1981) : Chrysalide / Crisalide

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Chrysalide
L’arbre vert sombre
se strie de jaune tendre et s’entartre ;
dans l’air vibre une pitié délicate
pour les racines étirées, pour les écorces
tuméfiées. Vôtres sont ces plantes
éparses qui se rénovent
au souffle d’avril, humides et heureuses.
Pour moi qui vous contemple de ce coin d’ombre
reverdit un autre buisson : vous êtes.
Plante mon amie, qui avez résisté
au feu du sirocco, au garbin qui vous courbe,
bel arbre offert
à la lumière croissante,
bourgeon qui témoigne pour nous
d’un matin éloigné que nous ne verrons pas.
Chaque instant vous apporte de nouveaux feuillages
et son désarroi excède toute autre
joie fugace : en vagues impétueuses
la vie parvient jusqu’à ce coin de l’enclos.
Quant à vous qui prenez soin des plantes, vos sœurs,
votre regard tombe sur le sol,
fixe ; un ressac
de souvenirs aux doux échos atteint
votre cœur, le submerge presque.
Au loin retentit un cri. L’heure
se hâte, entre les pierres disparaît en remous
ce flux, toute mémoire abolie ; et moi
de mon coin d’ombre je m’offre
à votre solaire évènement.
Vous ne songez pas à ce que vous dérobait,
comme aujourd’hui, alors, le compagnon muet,
qu’un lointain midi vous amenait.
C’est vous ma proie, vous à qui je dois
votre don de frisson humain ;
je ne voudrais pas en perdre un seul battement,
telle est ma part, le reste est vain.
Ma richesse est cette secousse
qui vous traverse et vous force à lever
la tête ! c’est ce cercle lent
du regard qui désormais a vu.
Et personne n’empêchera qu’ait pu naître
un parler d’initiés entre nos
vies frêles : l’une qui recherche,
l’autre, la mienne, qui indique et s’efface.
Peut-être ne triompherez-vous pas de l’ombre obscure
qui de toute part tente de vous enfermer ;
peut-être ne pourra surgir de la chrysalide
la créature ailée. Vous m’apparaissez
condamnée comme moi au limbe morne
des existences mutilées ; et votre
renaissance elle -même est un secret stérile,
un prodige manqué comme tous
ceux qui fleurissent à nos côtés.
Mais le flot qu’on découvre au-delà des clôtures,
comme il nous parle, parfois, de salut !
comme l’illusion agile peut
surgir pour dissiper ses fumées.
Je voudrais les suivre, vous dire : - sans vrombir
s’envolera du fond de l’horizon un jour
une goélette blanche,
comme un alcyon rasant
les eaux plombées, immobiles.
Le soleil sera plongé dans les nuages,
l’heure de fièvre sera conclue, anxieuse,
le fier halètement
qui répugne au vacarme
nous serrera la gorge. La barque de salut
viendra sans fanfare dans l’après-midi accablant :
regarde-la clapoter entre les bancs de sable,
un esquif en sort, qui se tourne
vers le brisants dociles – et nous y attend.
Ah, chrysalide mon amie, comme est amère cette
souffrance sans nom qui nous roule
et nous entraîne au loin ; ensuite ne restent
même plus nos traces dans la poussière ;
et nous avançons sans ébranler
un seul bloc de la grande muraille ;
et peut-être tout est-il fixé, écrit,
et ne verrons-nous pas surgir en chemin
la liberté, le miracle,
le fait qui n’était en rien nécessaire !
Que puis-je vous dire ? Se tordre les mains
face au sort inexorable d’autrui
est mon destin : dans le monde
il y a la place pour les prodigues et pour celui
qui ramasse les épaves abandonnées.
Le silence nous lie de son fil,
les lèvres ne s’ouvrent pas pour dire
l’ultime pacte que je voudrais arrêter
avec le destin trouble : expier
votre joie par ma condamnation.
C’est le vœu qui me taraude encore
- puis cesser tout mouvement - :
au bûcher de votre vie
j’aimerai être la brindille
qu’on jette sur le feu et qui accroît la flamme
joyeuse tout autour !
Et peut-être n’y ai-je pas droit.
Printemps – été 1924
Traduit de l’italien par Patrice Dyerval Angelini
In, Revue « Polyphonies, N°14 (Hiver-Printemps 1991 – 1992)
Du même auteur :
« A midi faire halte …/ « Merrigiare pallido… » (10/05/2016)
La bourrasque / La bufera (14/08/2019)
Bateaux sur la Marne / Bache sulla Marna (14/08/2020)
Correspondances (08/02/2021)
« elle traversait pieds nus... » (13/08/2021)
« Ne t’abrite pas à l’ombre... » / « Non rifugiarti nell'ombra... » 08/02/2022)
Midi / « Gloria del disteso mezzogiorno... » (14/08/2022)
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« Ne nous demande pas le verbe... » / « Non chiederci la parola... » (13/08/2023)
Quatre poèmes / Quattro poesie (08/02/2024)
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Elégie de Pico Farnese / Elegia di Pico Farnese 08/02/2025)
Crisalide
L'albero verdecupo
si strìa di giallo tenero e s'ingromma ;
vibra nell'aria una pietà gentile
per le tese radici, per le tumide
corteccie. Sono vostre queste piante
scarse che si rinnovano
all'alito d'Aprile, umide e liete.
Per me che vi contemplo da quest'angolo d’ombra
altro cespo riverdica - e voi siete.
Mia pianta voi, che invano
strinò scirocco e declinò garbino,
bell’alberto proteso
all crescer della luce,
germoglio che ci dà testimonianza
d’un lontano mattino che non vedremo.
Ogni attimo vi porta nuove fronde
ed il suo smarrimento ogni altra avanza
gioia fugace : viene a impetuose onde
la vita a questo estremo angolo d'orto.
E voi curate le sorelle piante
e vi cade lo suardo su le zolle
immoto ; una risacca
dolcisonante di memorie giunge
al vostro cuore e quasi lo sommerge.
Lunge risuona un grido. Ecco precipita
l’ora, tra i sassi con risucchi spare,
il flusso, ogni ricordo è spento ; ed io
dall'oscuro mio canto mi protendo
a codesto solare avvenimento.
Voi non pensate ciò che vi rapiva,
come oggi, allora, il tacito compagno
che un lontano meriggio vi portava.
Siete voi la mia preda, che m'offrite
codesto dono di tremore umano :
perderne non vorrei neppuro un bàttito,
è questa la mia parte, il resto è vano.
La mia ricchezza è questo sbattimento
che vi trapassa e il capo vi rigolve
in alto ! è questo lento
giro d'occhi ch’ormai hanno veduto.
E nessuno farà che non sia nato
un gergo d’iniziai tra le nostre
deboli vite : l’una che ricerca,
l’altra, la mia, che addita et si ritrae.
Forse non vincerete l’ombra oscura
che da ogni parte tenta di rinchiudervi ;
forse non sorgerà dalla crisalide
la creatura del volo. M’apparite
come me condannata al limbo squallido
delle monche esistenze; e questa vostra
rinascita è uno sterile segreto,
un prodigio fallito come tutti
quelli che ci fioriscono d'accanto.
Ma il flutto che si scopre oltre i riparti
come ci parla, a volte, di salvezza;
come può sorgere agile
e sciogliere i suoi fumi l’illusione.
Vorrei seguirli, dirvi - volerà senza rombo
dal fondo dell'orizzonte un giorno
una bianca goletta,
come un alcione radente
l'acque di piombo, immobili.
Il sole sarà immerso nelle nubi,
l'ora di febbre saràç chiusa e trepida,
ci romperàla gola,
l’affano glorioso
che non comporte strepiti. Verrà senza fanfara
le barca di salvezza nel pomeriggio afoso :
vedila che sciaborda tra le sécche,
esprime un suo burchiello che si volge
al docile frangente - e là ci attende. -
Ah mia crisalide, com'è amara questa
passionne senza nome che ci volve
e ci porta lontani; e poi non restano
neppure le nostre orme su la polvere;
e noi andiamo innanzi senza smuovere
un sasso solo dalla gran muraglia;
e forse tutto è fisso, tutto è scritto,
e non vedremo sorgere per via
la libertà, il miracolo,
il fatto che non era necessario!
Che posso dirvi ? Torcersi le dita
per fati inesorabili d’altrui
e moi destino ; al mondo
ci ha luogo per chi sperpera e per quegli
che raccata i rottami abbandonati.
Il silenzio ci lega col suo filo,
e le labbra non s’aprono per dire
l’estremo patto ch’io vorrei fermare
col torbido destino : di scontare
la vostra gioia con la mia condanna.
E il voto che mi fruga ancora il petto
- poi finirà ogni moto - :
nel rogo della vostra
vita foss’io il paletto
che si getta sul fuoco e cresce l’ilare
flamma d’atorno !
E forse non m’e dato.
Poème précédent en italien :
Dino Campana : Images du voyage et de la montagne / Immagini del viaggio e della mantagna (01/02/2026)