Aimé Césaire (1913 – 2008) : Stèle obsidienne pour Alioune Diop
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OLIVIER BALEZ
Stèle obsidienne pour Alioune Diop
Frère pour toi je t’ai instruit en oiseau
oiseau ganga d’Afrique pour traverser intact le plus chaud des sables du désert
oiseau coliou d’Afrique pour déjouer les ruses de la broussaille et affronter
le rire
de la forêt
franchisseur d’areg
huppe redressée d’un soudain orgueil
tu savais voler haut
migrant majeur
tu savais voler loin
haut surtout
embrassant d ’un coup d’œil seul et jusqu’à sa plus lointaine parcelle
le patrimoine héréditaire
inspecteur des déshérences
testeur des fidélités
n’agréant de quotidien commerce
qu’avec les espérances inaperçues et les vastes souvenirs
dont la faveur niellait au creux ou dorait au revers
la finesse légendaire de chacun de tes gestes
obsidienne de la mémoire
homme du rescrit
homme de la récade
le Message
à travers la poussière des confins
et le ventre de la vague
tu le tins au-dessus de ta tête toujours
à bout de bras hors boue
à bout de cœur
hors peur
fidèle à l’ordre intime.
20 avril 1983
Aimé Césaire : La Poésie
Editions du Seuil, 2006
Du même auteur :
« Je retrouverais le secret des grandes communications… » (25/01/2014)
En guise de manifeste littéraire (25/01/2015)
Et les chiens se taisaient (26/01/2016)
Fragments d’un poème (26/01/2017)
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