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Friedrich Hölderlin dans le journal Die Gartenlaube (1870).
Le Printemps
1
Quand germe dans les champs une extase nouvelle
Et qu’à nouveau la vue embellit, que l’on voit
Se montrer sur des monts où les arbres verdoient,
Des airs et des nuées d’une teinte plus claire,
Pour les hommes alors, oh quelle joie ! gaiement
Des solitaires vont sur des rives, plaisir
Fleurit ainsi que paix, bonheur d’être en santé,
Tandis que n’est pas loin non plus le joyeux rire.
Traduit de l’allemand par Bernard Pautrat
in, Hölderlin : « Poèmes 1816- 1813 »
Editions Payot et Rivages, (Rivages poche), 2001
Quand dans les champs germe un nouveau ravissement
Et que la vue à nouveau s’embellit et que
Sur les versants des monts où les arbres verdissent,
Des souffles d ’air plus clairs, des nuages se montrent,
Oh ! quelle joie ressentent les hommes ! joyeux
Le long des rives vont les solitaires, calme,
Et délice et plaisir de la santé fleurissent,
Le sourire amical lui aussi n’est pas loin
Traduit de l’allemand par Bertrand Badiou et Jean-Claude Rambach
1n, Revue Po&sie, N°23
Belin éditeur, 1982
2
Oh, le bonheur de voir, quand repoignent les heures
Là où toise les champs l’homme content de soi,
Quand des hommes entre eux de leur santé s’enquièrent
Quand à la vie de joie des hommes se façonnent.
Tel le ciel qui se voûte et de soi se dilate,
Telle la joie alors en plaine et dans l’air libre,
Lorsque le chœur aspire à une vie nouvelle,
Que chantent les oiseaux, criant en vue du chant.
L’homme qui son intime interrogeait souvent,
Parle alors de la vie, d’où la parole vient,
Lorsque l’âme n’est pas rongée par le chagrin
Et que l’homme, joyeux, se tient devant ses biens.
Lorsque brille un logis bâti dans l’air du haut,
L’homme alors à son champ plus vaste, des chemins
S’en vont tellement loin qu’à la ronde on regarde,
Et des ponts bien bâtis enjambent un ruisseau
Traduit de l’allemand par Bernard Pautrat
in, Hölderlin : « Poèmes 1816- 1813 »
Editions Payot et Rivages, (Rivages poche), 2001
Quel bonheur de voir quand les heures font à nouveau jour
Où satisfait l’homme regarde alentour la campagne,
Et quand des hommes se demandent comment ils se trouvent,
Et quand des hommes se forment pour la joyeuse vie.
Comme le ciel se voûte et s’étend pour se déployer,
Telle est alors la joie sur les plaines et dans l’air libre,
Quand le cœur est aspiration à une vie nouvelle,
Les oiseaux chantent, pour convier au chant poussent des cris.
L ’homme qui souvent a questionné son for intérieur
Parle ensuite de la vie dont la parole procède
Quand nulle désespérance ne vient ronger une âme
Et que joyeux l’homme s’arrête devant ses domaines.
Quand resplendit une demeure bâtie en haut air,
Alors l’homme a le champ plus spacieux, alors les chemins
Vont au loin pour qu’on puisse regarder autour de soi
Et un ruisseau est franchi par des ponceaux bien bâtis
Traduit de l’allemand par Bertrand Badiou et Jean-Claude Rambach
1n, Revue Po&sie, N°23
Belin éditeur, 1982
Ô le bonheur quand revient la lueur des heures,
Où, content, dans les champs, l’homme alentour regarde
Quand les hommes demandent aux autres s’ils vont bien,
Quand les hommes se forment pour la vie joyeuse.
Comme le ciel se voûte et largement s’étale,
La joie est alors dans les plaines et dans l’air libre
Lorsque le cœur se tend vers de nouvelles vies
Que chantent les oiseaux et crient pour que tous chantent.
L’homme qui souvent questionnait son être intime,
Parle alors de la vie, dont procèdent les mots,
Quand le souci n’est pas venu ronger une âme,
Et que l’homme se tient heureux devant ses biens.
Quand brille une demeure bâtie dans l’air là-haut,
L’homme trouve son champ plus vaste et les chemins
Sont si loin qu’on doit regarder autour de soi
Et sur un ruisseau passent des ponts bien construits.
Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre
In, « Anthologie bilingue de la poésie allemande »
Editions Gallimard (La Pléiade), 1995
3
L’homme oublie les soucis qui naissent de l’esprit,
Mais le printemps fleurit, presque tout est superbe,
Tandis que, somptueux, s’étale le champ vert,
Le ruisseau, lui, dévale en éclats de beauté.
Les montagnes sont là, debout, avec les arbres,
Et l’air est somptueux dans les espaces libres,
La vallée au lointain s’allonge dans le monde,
Et la tour, la maison, s’adossent aux collines.
Avec humilité
Skardanelli
Traduit de l’allemand par Bernard Pautrat
in, Hölderlin : « Poèmes 1816- 1813 »
Editions Payot et Rivages, (Rivages poche), 2001
L ’homme oublie les soucis issus de son esprit,
Mais le printemps fleurit et presque tout est faste,
Le champ vert est magnifiquement étendu,
Le beau ruisseau brillant glisse au long de sa pente.
Les monts se tiennent là couverts avec les arbres
Et magnifique est l’air des espaces ouverts,
Le vaste val dans le monde s’est élargi
Et maison et tour aux collines appuyées.
Avec humilité
Scardanelli
Traduit de l’allemand par Bertrand Badiou et Jean-Claude Rambach
1n, Revue Po&sie, N°23
Belin éditeur, 1982
4
Quand à la terre à neuf se montre la lumière,
Brille le vert vallon de pluies printanières,
Et gai, le blanc des fleurs en bas, près du flot clair,
Après qu’un jour serein a baissé sur des hommes.
La visibilité gagne aux contrastes nets,
Et le ciel de printemps demeure avec sa paix,
Pour que l’homme, introublé, voie de l’an tout l’attrait
Et ait respect de la perfection de la vie.
Avec
humilité
Scardanelli
15 mars
1842
Traduit de l’allemand par Bernard Pautrat
in, Hölderlin : « Poèmes 1816- 1813 »
Editions Payot et Rivages, (Rivages poche), 2001
Quand à nouveau la lumière à la terre s’est montrée
La pluie printanière fait briller la verte vallée,
Et le blanc allègre des fleurs le long du fleuve clair
Après qu’un jour serein s’est penché au-dessus des hommes.
La visibilité gagne par claires différences,
Le ciel printanier séjourne avec sa tranquillité
Pour qu’en paix l’homme contemple le charme de l’année
Et qu’à l’accomplissement de la vie il prenne garde.
Avec
humilité
Scardanellile
5 mars 1842
Traduit de l’allemand par Bertrand Badiou et Jean-Claude Rambach
1n, Revue Po&sie, N°23
Belin éditeur, 1982
5
Le jour nouveau descend de lointaines hauteurs,
Le matin, s’éveillant des obscures clartés,
Enjoué et paré, rit à l’humanité,
Nait en l’humanité comme une joie infuse.
Un vivre neuf entend se montrer au Futur,
Il semble que de fleurs, signe de jours joyeux,
S’emplisse le grand val, et la terre aussi bien,
Du printemps, en revanche, est absente la plainte
Avec humilité
Scardanelli
3 mars 1648
Traduit de l’allemand par Bernard Pautrat
in, Hölderlin : « Poèmes 1816- 1813 »
Editions Payot et Rivages, (Rivages poche), 2001
Voici que le jour neuf descend des hauts lointains,
Le matin qui s’est éveillé des crépuscules,
Il rit à l’humanité, allègre et paré,
De joie l’humanité doucement pénétrée.
Une vie neuve au futur veut se dévoiler,
Avec des fleurs paraît, signe de jours joyeux,
Se remplir toute la grande vallée, la terre,
Mais au temps printanier la plainte est éloignée.
Avec humilité
Scardanelli
le 3 mars 1648
Traduit de l’allemand par Bertrand Badiou et Jean-Claude Rambach
1n, Revue Po&sie, N°23
Belin éditeur, 1982
Le jour nouveau descend des collines lointaines,
Le matin qui s’est éveille des crépuscules,
Rit aux humains, paré de sa fraîcheur allègre ;
Le cœur de l’homme est traversé de douce joie.
Une nouvelle vie au Futur se dévoile,
On dirait que la grande vallée et la terre
Se remplissent de fleurs, signe des jours heureux,
Mais au temps printanier toute plainte. est bannie
Traduit de l’allemand par Gustave Proud
in, Hölderlin ; « Poèmes »
Editions Allia, 2023
Du même auteur :
« Je connais quelque part un château-fort… » / « Das alte Schloss zu untergraben … » (14//02/2015)
Ainsi Ménon pleurait Diotima /Menons Klagen um diotima (14/02/2016)
Le Pays / Die Heimat (06/02/2017)
Chant du destin d’Hypérion / Hyperions Schickalslied (06/02/2018)
Fantaisie du soir / Abendphantasie (06/02/2019)
En bleu adorable / In lieblicher Bläue (06/02/2020)
« Comme, lorsqu’au jour de fête... » / « Wie wenn am Feiertage... » (06/02/21)
Fête de la paix / Friedensfeier (01/08/2021)
La moitié de la vie / Hälfte des Lebens (06/02/2022)
Pain et vin / Brot und wein (06/02/2023)
Patmos (06/02/2024)
Souvenir / Andenken (06/02/2025)
Der Frühling
1
Wenn auf Gefilden neues Entzücken keimt
Und sich die Ansicht wieder verschönt und sich
An Bergen, wo die Bäume grünen,
Hellere Lüfte, Gewölke zeigen,
O! Welche Freude haben die Menschen! froh
Gehn an Gestaden Einsame, Ruh und Lust
Und Wonne der Gesundheit blühet,
Freundliches Lachen ist auch nicht ferne.
2
Wie selig ists, zu sehn, wenn Stunden wieder tagen,
Wo sich vergnügt der Mensch umsieht in den Gefilden,
Wenn Menschen sich um das Befinden fragen,
Wenn Menschen sich zum frohen Leben bilden.
Wie sich der Himmel wölbt, und auseinander dehnet,
So ist die Freude dann an Ebnen und im Freien,
Wenn sich das Herz nach neuem Leben sehnet,
Die Vögel singen, zum Gesange schreien.
Der Mensch, der oft sein Inneres gefraget,
Spricht von dem Leben dann, aus dem die Rede gehet,
Wenn nicht der Gram an einer Seele naget,
Und froh der Mann vor seinen Gütern stehet.
Wenn eine Wohnung prangt, in hoher Luft gebauet,
So hat der Mensch das Feld geräumiger und Wege
Sind weit hinaus, daß Einer um sich schauet,
Und über einen Bach gehen wohlgebaute Stege.
3
Der Mensch vergißt die Sorgen aus dem Geiste,
Der Frühling aber blüht, und prächtig ist das meiste,
Das grüne Feld ist herrlich ausgebreitet,
Da glänzend schön der Bach hinuntergleitet.
Die Berge stehn bedecket mit den Bäumen,
Und herrlich ist die Luft in offnen Räumen,
Das weite Tal ist in der Welt gedehnet
Und Turm und Haus an Hügeln angelehnet.
Mit Unterthänigkeit
SKardanelli
4
Wenn neu das Licht der Erde sich gezeiget,
Von Frühlingsregen glänzt das grüne Thal und munter
Der Blüthen Weiß am hellen Strom hinunter,
Nachdem ein heitrer Tag zu Menschen sich geneiget.
Die Sichtbarkeit gewinnt von hellen Unterschieden,
Der Frühlingshimmel weilt mit seinem Frieden,
Daß ungestört der Mensch des Jahres Reiz betrachtet,
Und auf Vollkommenheit des Lebens achtet.
Mit
Unterthänigkeit
Scardanelli
15 Merz
1842
5
Es kommt der neue Tag aus fernen Höhn herunter,
Der Morgen der erwacht ist aus den Dämmerungen,
Er lacht die Menschheit an, geschmückt und munter,
von Freuden ist die Menschheit sanft durchdrungen.
Ein neues Leben will der Zukunft sich enthüllen,
Mit Blüten scheint, dem Zeichen froher Tage,
Das große Tal, die Erde sich zu füllen,
Entfernt dagegen ist zur Frühlingszeit die Klage.
Mit Unterthänigkeit
Scardanelli
3ten März 1648
Poème précédent en allemand
:
Friedrich Nietzche : « Le jour baisse... / » « Der Tag klingt ab... » (03/02/2026)