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Le bar à poèmes

14 février 2026

Gabriela Mistral (1889 - 1957) : Eau / Agua

 

Gabriela Mistral © DR

 

Eau

 

 

Il est des pays dont je me souviens


comme je me souviens de mes enfances.


Ce sont pays de mer ou fleuve


de pâturages, prés et eaux. 


Bourgade mienne sur le Rhône,


rendue en fleuve et en cigales ;


Antille en palmes vert-noires


qui est à mi-mer et m’appelle ;


roche ligure de Portofino,


mer italienne, mer italienne !

 

 

On m’a portée en pays sans fleuve,


terres-Agar, terres sans eau ;


Sarahs blanches et Sarahs rouges,


où d’autres races ont péché


du péché rouge d’atrides


qui content des glaises entaillées ;


qui ne naquirent pas comme un enfant


avec de bonnes chairs bien grasses,


quand je les entends, sans sifflement,


quand je les traverse, sans regard.

 

 

Je veux retourner à des terres en enfance ;


menez-moi en un mol pays d’eaux,


qu’en de grandes prairies je vieillisse


et fasse au fleuve fable et fable.


Que ma mère y soit une source


qu’à la sieste je sors chercher,


et qu’en jarres descende d’un roc


une eau douce, aiguë et âpre.

 

 

Qu’elle me vainque et me coupe les souffles


cette eau forte, âcre et glacée.


Qu’elle rompe mon verre et que la boire


redonne enfance à mes entrailles !

 

 

 

Traduit de l’espagnol par Irène Gayraud

 

In, Gabriela Mistral : « Essart »

 

Editions Unes, 2021


De la même autrice :

 

Pays de l’absence / País de la ausencia (14/0220/23)

 

Toutes nous allions être reines / Todas íbamos a ser reinas (14/02/2024)

 

Choses / Cosas (14/02/2025)

 

 

Agua

 

 

Hay países que yo recuerdo


como recuerdo mis infancias.


Son países de mar o río,


de pastales, de vegas y aguas.


Aldea mía sobre el Ródano,


rendida en río y en cigarras;


Antilla en palmas verdi-negras


que a medio mar está y me llama;


¡roca lígure de Portofino,
mar italiana, mar italiana!

 

 


Me han traído a país sin río,


tierras-Agar, tierras sin agua;


Saras blancas y Saras rojas,


donde pecaron otras razas,


de pecado rojo de atridas


que cuentan gredas tajeadas;
que no nacieron como un niño


con unas carnazones grasas,


cuando las oigo, sin un silbo,


cuando las cruzo, sin mirada.

 


Quiero volver a tierras niñas;


llévenme a un blando país de aguas.


En grandes pastos envejezca


y haga al río fábula y fábula.


Tenga una fuente por mi madre


y en la siesta salga a buscarla,


y en jarras baje de una peña


un agua dulce, aguda y áspera.

 


Me venza y pare los alientos


el agua acérrima y helada.


¡Rompa mi vaso y al beberla


me vuelva niñas las entrañas!

 

 

 

Tala

 

Ediciones Sur, Buenos Aires,1938

 


Poème précédent en espagnol :


Octavio Paz : Premier Janvier / Primero de enero (10/02/2026)

13 février 2026

Anne Sexton (1928 – 1974) : Quotidiennement arrachée à la gloire / Torn Down From Glory Daily

 

 

 

Quotidiennement arrachée à la gloire

 


Toute la journée nos yeux suivaient les mouettes


se cognant contre la voûte du ciel


et chevauchant le rouleau déferlant.


Là-haut 


déifiant le monde bleu dans sa totalité


elles braillaient contre un bout de terre.

 

 

Maintenant, comme des enfants,


nous dévalons des buttes pierreuses


avec un sachet de petits pains, 


des restes du dîner,


que nous étalons calmement sur une roche,


laissant six croûtes pour un roi matinal.

 

 

Une seule spectatrice à l’allure de crécerelle


chevauche le courant autour de sa faim


er flotte


estampe sur  soie


avant de jaillir brusquement


à quelques centimètres au-dessus de l’eau ;

 

 

pour revenir


en lissant la marée montante.


Remorquant sa volée, telle une ville


d’ailes tombées du ciel.


Elles guettent, raides comme des leurres en bois


ou douces comme des colombes


ou de gentils canards douillets :


jusqu’à ce que l’une d’elles, dardant son bec,


se détache soudain. Elle a le pain.


Le monde en regorge,


une nuée de créatures


se bousculant pour une pierre.

 

 

Quatre seulement s’emparent du pain


et filent voguer au-dessus de Gloucester


jusqu’au dôme du ciel.


Oh, regarde comme


elles rembourrent leur ventre poissonneux


avec la mie du frère.

 

 

 

 

Traduit de l’anglais par Sabine Huynh

 

In, Anne Sexton : « Tu vis ou tu meurs. Ouvres poétiques (1960 – 1969)

 

Editions des femmes Antoinette Fouque, 2022

 


De la même autrice : Fuis sur ton âne / Flee on your donkey (13/02/2025)


Torn Down From Glory Daily

 


All day we watched the gulls


striking the top of the sky


and riding the blown roller coaster.


Up there


godding the whole blue world


and shrieking at a snip of land.


Now, like children,


we climb down humps of rock


with a bag of dinner rolls,


left over,


and spread them gently on stone,


leaving six crusts for an early king.


A single watcher comes hawking in,


rides the current round its hunger


and hangs


carved in silk


until it throbs up suddenly,


out, and one inch over water;


to come again


smoothing over the slap tide.


To come bringing its flock, like a city


of wings that fall from the air.


They wait, each like a wooden decoy


or soft like a pigeon or


a sweet snug duck:


until one moves, moves that dart—beak


breaking over. It has the bread.


The world is full of them,


a world of beasts


thrusting for one rock.


Just four scoop out the bread


and go swinging over Gloucester


to the top of the sky.


Oh see how


they cushion their fishy bellies


with a brother’s crumb.

 

Poème précédent en anglais :


Walt Whitman : Chanson du grand séquoia rouge / Song of the redwood-tree (28/01/2026)
 

12 février 2026

Birago Diop (1906 - 1989) : Dyptique

 

 

Dyptique

 

 


Le Soleil pendu par un fil


Au fond de la calebasse teinte à l’indigo


Fait bouillir la marmite du jour.

 

 

Effrayée à l’approche des Filles du feu


L’Ombre se terre au pied des pieux.


La Savane est claire et crue


Tout est net, formes et couleurs.


Mais dans les silences angoissants faits des Rumeurs,


De bruits infimes, ni sourds ni aigus,


Sourd un Mystère lourd,


Un Mystère sourd et sans contours


Qui nous entoure et nous effraie...

 

 

Le Pagne sombre troué de clous de feu


Etendu sur la Terre ouvre le lit de la nuit.


Effrayés à l’approche des Filles de l’Ombre


Le chien hurle, le cheval hennit


L’Homme se terre au fond de la case.


La savane est sombre,


Tout est noir, formes et couleurs.


Mais dans les silences angoissants fait des Rumeurs,


Des Bruits infinis ou sourds ou aigus,


Les Sentes broussailleuses du Mystère


Lentement s’éclairent


Pour ceux qui s’en allèrent


Et pour ceux qui reviennent.

 

 

Leurres et lueurs

 

Présence Africaine,1960
 

Du même auteur :

 

Souffles (09/10/2014)

 

Désert (25/02/2022)

 

Le chant des Rameurs (12/02/2023)

 

Abandon (13/02/2024)

:

Viatique (13/02/2025)
 

11 février 2026

Montserrat Álvarez (1969 -) ; La Sphynge

 

 

 

La Sphynge

 


Je maudis le jour


où j’ai appris la langue des hommes.


Si je ne la connaissais pas, leurs vois resteraient


lointaines, comme celles des choses, et ne m’arracheraient pas


mon âme dans leur labyrinthe


confus de murmures et de chuchotements et de rires (ils sont heureux).


Il fut une grande époque, trop lointaine,


où mon silence s’était étendu sur le monde 


et mon sourire avait régné comme une pluie gelée.


Et maintenant les murs s’éloignent par ces voix,


ces voix étranges que je hais tellement et que je crains.


Ils continuent de me parler, ils ne se rendent pas compte


(ils ont dû me confondre avec un presse-papier).


Ils sont heureux, et ils ne savent pas que je les hais.

 

 

Mais, que peuvent-ils craindre ? Je suis très loin.


Ils ne pouvaient rêver combien je suis loin, ni combien de milliers


de montagnes de sable nous séparent : les sables


des sept déserts ! Sept ciels les couvrent :


Je suis la Sphynge.


Mais déjà personne ne sait que ma voix a trente fenêtres.


Un tel secret est le secret des temps.


Personne ne sait qu’au fond, dans la trentième,


resplendissent les astres ;

 

 


Traduit de l’espagnol
 
Revue « Conséquence #3 », 2019


 
De la même autrice :


Icare (10/02/2020)

 

Elle voit plus loin (10/02/2021)

 

Argos (10/02/2022)

 

Cette joyeuse nuit de l’Apocalypse (11/02/2023)

 

Ce qui ne fut pas dit (12/02/2024)

 

A Lima (11/02/2025)
 

10 février 2026

Octavio Paz (1914 – 1998) : Premier Janvier / Primero de enero

 

 

 

 

Premier Janvier

 


S’ouvrent les portes de l’année,


comme celles du langage,


sur l’inconnu.


Hier soir tu m’as dit :


                                    demain,


il faudra tracer quelques signes,


dessiner un paysage, tisser une trame 


sur la double page

 

du papier et du jour.


Demain, il faudra inventer


à nouveau


la réalité de ce monde.

 

 

Mes yeux s’ouvrirent tard.


Dans la seconde même d’une seconde


j’ai senti,


comme l’aztèque à l’affût


du plus haut de son promontoire,


par les rainures des horizons


le retour incertain du temps.

 

 

Non, l’année était de retour.


Elle emplissait toute la chambre


et mes regards la touchaient presque.


Sans notre aide, le temps


avait posé,


dans l’ordre même de la veille,


maisons dans la rue vide,


neige sur les maisons,


silence par-dessus la neige.

 

 

Et toi, à mes côtés,


tu demeurais endormie.


Le jour venait de t’inventer,


mais tu n’acceptais pas encore


ton invention dans ce jour.


La mienne non plus, peut-être.


Tu vivais dans un autre jour.

 

 

Tu étais près de moi,


et moi je te voyais, comme la neige,


endormie au-dedans des apparences.


Sans notre aide, le temps


invente des maisons, des rues, des arbres,


des femmes endormies.

 

 

Quand tes yeux vont s’ouvrir,


nous marcherons à nouveau


parmi les heures et leurs inventions.


Nous marcherons parmi les apparences,


nous porterons témoignage du temps et de ses conjugaisons.


Nous ouvrirons qui sait, les portes du jour.


Nous entrerons alors dans l’inconnu.

 

                                                               Cambridge, Mass., 1er janvier 1975.

 

 

Traduit de l’espagnol par Claude Esteban


in, Revue « Polyphonie, N°8, Hiver 1988- 89 », 1988

 

 

 

Premier de l’an

 

 

Les portes de l’an,


comme celles du langage,


s’ouvrent sur l’inconnu.


Hier soir tu m’as dit :


                                    demain


il faudra tracer quelques signes,

 
dessiner un paysage, tisser une trame


sur la double page


du jour et du cahier.


Demain à nouveau,


il nous faudra inventer


la réalité de ce monde.

 

 

Il était déjà tard quand j’ai ouvert les yeux.


Dans le vertige d’une seconde,


comme l’Aztèque aux aguets,


du haut du promontoire


épiant la fente des horizons,


j’ai guetté le retour aléatoire du temps.

 

 

Non, l’an étais bien revenu.


Il remplissait toute la chambre,


c’était comme si mon regard le touchait.


Le temps, sans notre secours,


avait mis,


dans un ordre identique à celui d’hier,


des maisons dans la rue vide,


de la neige sur les maisons,


du silence sur la neige.

 

 

Tu dormais près de moi.


Le jour venait de t’inventer,


mais tu n’acceptais pas encore


ton invention de ce jour,


ni la mienne peut-être.


Tu habitais un autre jour.

 

 

Tu étais près de moi


et je te voyais, comme la neige,


endormie parmi les apparences.


Le temps n’a pas besoin de nous


pour inventer des maisons, des rues, des arbres,


des femmes endormies.

 

 

Quand tu ouvriras les yeux,


nous marcherons à nouveau


parmi les heures, les inventions qu’elle tissent,


et en nous arrêtant parmi les apparences


nous témoignerons du temps et de ses conjugaisons.


Nous ouvrirons les portes du jour


pout habiter l’inconnu.

 

 

 


Traduit de l’espagnol par Jean-Claude Masson


in, Octavio Paz : «Oeuvres »


Editions Gallimard (Pléiade), 2008

Du même auteur 

 

L’avant du commencement /Antes del Comienzo (17/01/2015)

 

Pierres de soleil / Piedra de sol (17/02/2016)

 

Hymne parmi les ruines / Himno entre ruinas (10/02/2017)

 

Source (10/02/2018)

 

« Même si la neige tombe... » (10/02/2019)

 

Elégie ininterrompue / Elegía interrumpida (10/02/2020)

 

Mise au net / Pasado en claro (10/02/2021)

 

Le temps même / El mismo tiempo (10/02/2022

 

La vie tout simplement / La vida sencilla (10/02/2023)

 

Réponse et réconciliation / Respuesta y reconciliación (12/02/2024)

 

Exercice préparatoire (10/02/2025)

 

 


Primero de enero

 


Las puertas del año se abren,


como las del lenguaje,


hacia lo desconocido.


Anoche me dijiste:


                                mañana


habrá que trazar unos signos,


dibujar un paisaje, tejer una trama


sobre la doble página


del papel y del día.


Mañana habrá que inventar,


de nuevo,


la realidad de este mundo.

 

 

Ya tarde abrí los ojos.


Por el segundo de un segundo


sentí lo que el azteca,


acechando


desde el peñón del promontorio,


por las rendijas de los horizontes,


el incierto regreso del tiempo.

 

 

No, el año había regresado.


Llenaba todo el cuarto


y casi lo palpaban mis miradas.


El tiempo, sin nuestra ayuda,


había puesto,


en un orden idéntico al de ayer,


casas en la calle vacía,


nieve sobre las casas,


silencio sobre la nieve.

 

 

Tú estabas a mi lado,


aún dormida.


El día te había inventado


pero tú no aceptabas todavía


tu invención en este día.


Quizá tampoco la mía.


Tú estabas en otro día.

 

 

Estabas a mi lado


y yo te veía, como nieve,


dormida entre las apariencias.


El tiempo sin nuestra ayuda,


inventa casas, calles, árboles,


mujeres dormidas.

 

 

Cuando abras los ojos


caminaremos, de nuevo,


entre las horas y sus invenciones


y al demorarnos en las apariencias


daremos fe del tiempo y sus conjugaciones.


Abriremos las puertas de este día,


entraremos en lo desconocido.

 

 


Arbol adentro


Seix Barral, Barcelona, 1987 

 

 

Poème précédent en espagnol :


Jorge Luis Borges : Un saxon / Un sajón (02/12/2025)

 

Poème suivant en espagnol :


Gabriela Mistral : Eau / Agua (14/02/2026)
 

9 février 2026

Louis Scuténaire (1905 – 1987) : Mémoires

wikimedia cc

 

 

 

Mémoires

 

 

Le ciel est vide


Les hirondelles sont parties


Les hannetons les villes rêvées les sorcières


Le ciel n’est plus qu’un grand miroir


Sali par les reflets

 

 

Il avait la folie d’être l’aimé des demoiselles


Elles en riaient les déesses à perdre haleine à fendre gorge


Il y en a une qui y mettait malice


D’autant mieux qu’elle était de la douceur l’image même


Cette image s’il l’avait pu l’écrire


Peut-être l’eût-il moins aimée


Peut-être eût-il le cœur moins serré


Elle était ... elle avait...


Hélas j’ai moi aussi le souffle court la main qui tremble


Dans la poitrine j’ai une sorte de feu éteint

 

 

Je suis jaloux 


De l’adresse de la mésange bleue


De la beauté d’un saule


De la jeunesse d’un feuillage


De la force d’un souvenir

 

 

Tu trottes dans ma tête


Sans t’arrêter jamais


Tu me crèves le cœur


Ne vas-tu donc cesser


Je me croyais heureux


Je ne pensais à rien


Et me voilà bien triste


Sans être malheureux


J’eus été malheureux


De ne pas te connaître


Mais je suis affligé


De t’avoir mal connue


Q ue je n’ai pas raison


Qui le sait mieux que moi

 

 

Je ne suis pas ton maître


Et tu ne me dois rien


Si un nuage se déchire


Le pan du ciel qui se découvre


Pour bleu qu’il soit


Peut vous meurtrir

 

 

Quand je pense à l’espoir


C’est à toi que je pense


Au refuge


A la douceur


A la nuit


A l’orage


A la vigueur


Au courage


A la tendresse


Quand je pense à moi-même


C’est à toi que je pense

 

 

Maintenant c’est fini


Je m’arrête


Le mur est bâtî


Si j’avance je me cogne


Pourvu que le mortier ne lâche


Que les briques tiennent

 

 

 


Mes inscriptions 1964 – 1973


Editions Brassa, Bruxelles, 1981
 

8 février 2026

Eugenio Montale (1896 – 1981) : Chrysalide / Crisalide

David Lees/ Corbis/ VCG/ Getty Image

 

 

Chrysalide

 

 

L’arbre vert sombre 


se strie de jaune tendre et s’entartre ;


dans l’air vibre une pitié délicate


pour les racines étirées, pour les écorces


tuméfiées. Vôtres sont ces plantes


éparses qui se rénovent


au souffle d’avril, humides et heureuses.


Pour moi qui vous contemple de ce coin d’ombre


reverdit un autre buisson : vous êtes.

 

 

Plante mon amie, qui avez résisté


au feu du sirocco, au garbin qui vous courbe,


bel arbre offert


à la lumière croissante,


bourgeon qui témoigne pour nous


d’un matin éloigné que nous ne verrons pas.


Chaque instant vous apporte de nouveaux feuillages


et son désarroi excède toute autre


joie fugace : en vagues impétueuses


la vie parvient jusqu’à ce coin de l’enclos.


Quant à vous qui prenez soin des plantes, vos sœurs,


votre regard tombe sur le sol,


fixe ; un ressac


de souvenirs aux doux échos atteint


votre cœur, le submerge presque.

 

 

Au loin retentit un cri. L’heure


se hâte, entre les pierres disparaît en remous


ce flux, toute mémoire abolie ; et moi


de mon coin d’ombre je m’offre


à votre solaire évènement. 

 

 

Vous ne songez pas à ce que vous dérobait,


comme aujourd’hui, alors, le compagnon muet,


qu’un lointain midi vous amenait.


C’est vous ma proie, vous à qui je dois


votre don de frisson humain ;


je ne voudrais pas en perdre un seul battement,


telle est ma part, le reste est vain.


Ma richesse est cette secousse


qui vous traverse et vous force à lever


la tête ! c’est ce cercle lent


du regard qui désormais a vu.


Et personne n’empêchera qu’ait pu naître


un parler d’initiés entre nos


vies frêles : l’une qui recherche,


l’autre, la mienne, qui indique et s’efface.

 

 

Peut-être ne triompherez-vous pas de l’ombre obscure


qui de toute part tente de vous enfermer ;


peut-être ne pourra surgir de la chrysalide


la créature ailée. Vous m’apparaissez 


condamnée comme moi au limbe morne


des existences mutilées ; et votre


renaissance elle -même est un secret stérile,


un prodige manqué comme tous


ceux qui fleurissent à nos côtés.


Mais le flot qu’on découvre au-delà des clôtures,


comme il nous parle, parfois, de salut !


comme l’illusion agile peut


surgir pour dissiper ses fumées.


Je voudrais les suivre, vous dire : - sans vrombir


s’envolera du fond de l’horizon un jour


une goélette blanche,


comme un alcyon rasant


les eaux plombées, immobiles.


Le soleil sera plongé dans les nuages,


l’heure de fièvre sera conclue, anxieuse,


le fier halètement


qui répugne au vacarme


nous serrera la gorge. La barque de salut


viendra sans fanfare dans l’après-midi accablant :


regarde-la clapoter entre les bancs de sable,


un esquif en sort, qui se tourne


vers le brisants dociles – et nous y attend.

 

 

Ah, chrysalide mon amie, comme est amère cette


souffrance sans nom qui nous roule


et nous entraîne au loin ; ensuite ne restent


même plus nos traces dans la poussière ;


et nous avançons sans ébranler


un seul bloc de la grande muraille ;


et peut-être tout est-il fixé, écrit,


et ne verrons-nous pas surgir en chemin


la liberté, le miracle,


le fait qui n’était en rien nécessaire !


Que puis-je vous dire ? Se tordre les mains


face au sort inexorable d’autrui


est mon destin : dans le monde


il y a la place pour les prodigues et pour celui


qui ramasse les épaves abandonnées.


Le silence nous lie de son fil,

 

les lèvres ne s’ouvrent pas pour dire


l’ultime pacte que je voudrais arrêter


avec le destin trouble : expier


votre joie par ma condamnation.


C’est le vœu qui me taraude encore


- puis cesser tout mouvement - :


au bûcher de votre vie


j’aimerai être la brindille


qu’on jette sur le feu et qui accroît la flamme


joyeuse tout autour !


  
                                     Et peut-être n’y ai-je pas droit.

 

                                                          Printemps – été 1924

 

 


Traduit de l’italien par Patrice Dyerval Angelini

 

In, Revue « Polyphonies, N°14 (Hiver-Printemps 1991 – 1992)

 

Du même auteur :

 

« A midi faire halte …/ « Merrigiare pallido… » (10/05/2016)

 

La bourrasque / La bufera (14/08/2019)

 

Bateaux sur la Marne / Bache sulla Marna (14/08/2020)

 

Correspondances (08/02/2021)

 

« elle traversait pieds nus... » (13/08/2021)

 

« Ne t’abrite pas à l’ombre... » / « Non rifugiarti nell'ombra... »  08/02/2022)

 

Midi / « Gloria del disteso mezzogiorno... » (14/08/2022)

 

 Côtes de Ligurie... » / « Riviere... » (08/02/2023)

 

« Ne nous demande pas le verbe... » / « Non chiederci la parola... » (13/08/2023)

 

Quatre poèmes / Quattro poesie (08/02/2024)

 

Sarcophage / Sarcofaghi (14/08/2024)

 

Elégie de Pico  Farnese / Elegia di Pico Farnese 08/02/2025)

 


 

Crisalide

 

 

L'albero verdecupo 


si strìa di giallo tenero e s'ingromma ; 


vibra nell'aria una pietà gentile  


per le tese  radici, per le tumide


corteccie. Sono vostre queste piante 


scarse che si rinnovano 


all'alito d'Aprile, umide e liete. 


Per me che vi contemplo da quest'angolo d’ombra 


altro cespo riverdica - e voi siete. 

 

 

Mia pianta voi, che invano  


strinò scirocco e declinò garbino,


bell’alberto proteso


all crescer della luce,


germoglio che ci dà testimonianza


d’un lontano mattino  che non vedremo.


Ogni attimo vi porta nuove fronde 


ed il suo smarrimento ogni altra avanza


gioia fugace : viene a impetuose onde 


la vita a questo estremo angolo d'orto. 


E voi curate le sorelle piante


e vi cade lo suardo su le zolle 


immoto ; una risacca 


dolcisonante di memorie giunge


al vostro cuore e quasi lo sommerge. 


Lunge risuona un grido. Ecco precipita


l’ora, tra i sassi con risucchi spare,


il flusso, ogni ricordo è spento ; ed io


dall'oscuro mio canto mi protendo 


a codesto solare avvenimento.

 

 


Voi non pensate ciò che vi rapiva, 


come oggi, allora, il tacito compagno 


che un lontano meriggio vi portava. 


Siete voi la mia preda, che m'offrite 


codesto dono di tremore umano : 


perderne non vorrei neppuro un bàttito, 


è questa la mia parte, il resto è vano.


La mia ricchezza è questo sbattimento


che vi trapassa e il capo vi rigolve


in alto ! è questo lento


giro d'occhi ch’ormai hanno veduto.


E nessuno farà che non sia nato


un gergo d’iniziai tra le nostre


deboli vite : l’una che ricerca,


l’altra, la mia, che addita  et si ritrae.

 

 

Forse non vincerete l’ombra oscura


che da ogni parte tenta di rinchiudervi ;  


forse non sorgerà dalla crisalide 


la creatura del volo. M’apparite


come me condannata al limbo squallido


delle monche esistenze; e questa vostra 


rinascita è uno sterile segreto, 


un prodigio fallito come tutti 


quelli che ci fioriscono d'accanto. 


Ma il flutto che si scopre oltre i riparti 


come ci parla, a volte, di salvezza; 


come può sorgere agile 


e sciogliere i suoi fumi l’illusione.


Vorrei seguirli, dirvi - volerà senza rombo


dal fondo dell'orizzonte un giorno


una bianca goletta, 


come un alcione radente 


l'acque di piombo, immobili. 


Il sole sarà immerso nelle nubi, 


l'ora di febbre saràç chiusa e trepida,


ci romperàla gola, 


l’affano glorioso


che non comporte strepiti. Verrà senza fanfara 


le barca di salvezza nel pomeriggio afoso :


vedila che sciaborda tra le sécche, 


esprime un suo burchiello che si volge 


al docile frangente - e là ci attende. -

 

 

Ah mia crisalide, com'è amara questa 


passionne senza nome che ci volve 


e ci porta lontani; e poi non restano 


neppure le nostre orme su la polvere; 


e noi andiamo innanzi senza smuovere 


un sasso solo dalla gran muraglia; 


e forse tutto è fisso, tutto è scritto, 


e non vedremo sorgere per via 


la libertà, il miracolo, 


il fatto che non era necessario! 


Che posso dirvi ? Torcersi le dita


per fati inesorabili d’altrui


e moi destino ; al mondo


ci ha luogo per chi sperpera e per quegli


che raccata i rottami abbandonati.


Il silenzio ci lega col suo filo,


e le labbra  non s’aprono per dire


l’estremo patto ch’io vorrei fermare


col torbido destino : di scontare


la vostra gioia con la mia condanna.


E il voto che mi fruga ancora il petto


- poi finirà ogni moto - :


nel rogo della vostra


vita foss’io il paletto


che si getta sul fuoco e cresce l’ilare


flamma d’atorno !

 

 

                                                 E forse non m’e dato.

 

Poème précédent en italien :

 

Dino Campana : Images du voyage et de la montagne / Immagini del viaggio e della mantagna (01/02/2026)
 

7 février 2026

Aimé Césaire (1913 – 2008) : Stèle obsidienne pour Alioune Diop

 

OLIVIER BALEZ

 

 

Stèle obsidienne pour Alioune Diop

 

 

 

                      Frère pour toi je t’ai instruit en oiseau


oiseau ganga d’Afrique pour traverser intact le plus chaud des sables du désert


          oiseau coliou d’Afrique pour déjouer les ruses de la broussaille et affronter 


          le rire 


de la forêt


          franchisseur d’areg


          huppe redressée d’un soudain orgueil


          tu savais voler haut


                                      migrant majeur


tu savais voler loin


haut surtout


embrassant d ’un coup d’œil seul et jusqu’à sa plus lointaine parcelle


le patrimoine héréditaire


inspecteur des déshérences


testeur des fidélités


n’agréant de quotidien commerce


qu’avec les espérances inaperçues et les vastes souvenirs


dont la faveur niellait au creux ou dorait au revers 


la finesse légendaire de chacun de tes gestes

 

obsidienne de la mémoire


homme du rescrit


                      homme de la récade

 

                                     le Message


à travers la poussière des confins


et le ventre de la vague


tu le tins au-dessus de ta tête toujours


à bout de bras hors boue


à bout de cœur


                      hors peur


fidèle à l’ordre intime.

 

                                                                                             20 avril 1983

 

 

Aimé Césaire : La Poésie

 

Editions du Seuil, 2006
 

Du même auteur :

 

 « Je retrouverais le secret des grandes communications… » (25/01/2014)

 

En guise de manifeste littéraire (25/01/2015)

 

Et les chiens se taisaient (26/01/2016)

 

Fragments d’un poème (26/01/2017)

 

Soleil serpent… » (26/01/2018)

 

A l’Afrique (26/01/2019)

 

Configurations (26/01/2020)

 

Batouque (26/01/2021

 

Idylle (26/01/2022)

 

Corps perdu (26/01/2023)

 

Rocher de la femme endormie (07/02/2024)

 

Dyali (07/02/2025)

 

6 février 2026

Friedrich Hölderlin (1770 - 1843) : Le printemps / Der Frühling (6-9)

 

Silhouette de Hölderlin, 1797.

 

 

 

Le Printemps

 

6

 


Le jour commence à poindre, et le ciel est splendide,


Des étoiles là-haut, la foule a disparu,


Et l’homme se ressent tel que ce qu’il contemple,


Et le début de l’an est hautement prisé.

 

 

Sublimes sont les monts où brillent les rivières,


Et les arbres en fleurs sont comme couronnés,


Le début de l’an neuf comme forgé de fêtes,


Les hommes, au plus haut, se forment au meilleur.

 

 

                                       avec humilité


                                                              Scardanelli


24 mai


1748      

 

                 


Traduit de l’allemand par Bernard Pautrat


in, Hölderlin : « Poèmes 1816- 1813 »


Editions Payot et Rivages, (Rivages poche), 2001

 

 


Le jour s’éveille et c’est un faste dans le ciel,


Disparu est le fourmillement des étoiles,


L ’homme s’éprouve lui-même comme il contemple,


Les prémices de l’année sont en haute estime.

 

 

Éminents sont les monts où brillent les torrents,


Les arbres en fleurs sont comme sous des couronnes,


La jeune année commence comme avec des fêtes,


L ’homme avec le plus haut se forme, et le meilleur.

 

 

                                                                                                              avec humilité


                                                                                                                 Scardanell


le 24 mai 1748.

 

 


Traduit de l’allemand par Bertrand Badiou et Jean-Claude Rambach


1n, Revue Po&sie, N°23

 

Belin éditeur, 1982

 


7

 


Quand vient, des profondeurs, le printemps dans la vie,


L’homme est tout étonné, voici que de l’esprit,


Se pressent des mots neufs, la joie est de retour,


Cependant que festifs se font chant et chansons.

 

 

La vie se trouve issue de l’harmonie des temps,


Que Nature et Esprit ne quittent pas le sens


Et une dans l’esprit est la perfection,


Tel se trouve beaucoup, surtout né de Nature.

 

 

                                                              Avec humilité


                                                                Scardanelli.


24 mai


1758        

 

               


Traduit de l’allemand par Bernard Pautrat


in, Hölderlin : « Poèmes 1816- 1813 »


Editions Payot et Rivages, (Rivages poche), 2001

 

 

Quand arrive des profondeurs le printemps dans la vie,


L ’homme est émerveillé, un verbe neuf prend son essor


De la spiritualité, la joie revient encore


Et se donnent un air de fête les chants et chansons.

 

 

La vie se trouve de par l’harmonie entre les temps,


Q u’à jamais nature et esprit accompagnent le sens


E t l’accomplissement est un seul et même en l’esprit,


Ainsi beaucoup se trouve, et le plus de par la nature.

 

 

                                                                                                                 Avec humilité


                                                                                                                    Scardanelli


le 24 mai 1758 

 

 


Traduit de l’allemand par Bertrand Badiou et Jean-Claude Rambach


1n, Revue Po&sie, N°23

 

Belin éditeur, 1982

 

 


Quand des profondeurs vient le printemps dans la vie,


L’homme s’étonne, puis des mots nouveaux se poussent,


Emanant de l’esprit, la joie revient alors,


Les chants et les chansons s’apprêtent à la fête.

 

 

La vie se trouve issue de l’harmonie des temps,


Qu’esprit toujours et nature escortent le sens,


Et la perfection est Une dans l’esprit,


Beaucoup se trouve ainsi, et le plus de nature.

 

 

                                                           Votre très humble sujet,


                                                                                    SCARDANELLI


Le 24 mai 1758

 

 


Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre 

 

In, « Anthologie bilingue de la poésie allemande » 


Editions Gallimard (La Pléiade), 1995

 

 

8

 


Le soleil est brillant, les campagnes fleurissent


Et voici que les jours sont florissants et doux,


Le soir aussi fleurit, et des hauteurs du ciel,


Là où naissent les jours, il tombe des jours clairs.

 

 

L’année se montre alors en ses quatre saisons


Come une vraie splendeur proliférant de fêtes,


L’humaine activité s’attaque à un but neuf, 


Tant est le monde plein de signes, de prodiges

 

 

                                       avec humilité


                                                                Scardanelli.


24 avril


   1839.  

 

                                              


Traduit de l’allemand par Bernard Pautrat


in, Hölderlin : « Poèmes 1816- 1813 »


Editions Payot et Rivages, (Rivages poche), 2001

 

 

Le soleil brille, la campagne est florissante,


Les jours viennent riches en fleurs et en douceur,


Le soir aussi fleurit et de clairs jours s’en vont


Descendant du ciel où les jours prennent naissance.

 

 

L ’année fait son apparition avec ses temps


Comme un faste où des fêtes à l’entour s’étendent,


L ’œuvre humaine commence avec des fins nouvelles,


Tels sont les signes au monde, tant de merveilles.

 

 

                                                                    Avec humilité


                                                                                               Scardanelli


le 24 avril 1839

 

 

Traduit de l’allemand par Bertrand Badiou et Jean-Claude Rambach


1n, Revue Po&sie, N°23

 

Belin éditeur, 1982

 

 


9

 


Le soleil s’en retourne à de nouvelles joies,


Le jour, comme la fleur, apparaît en rayons,


Et at cœur apparaît le décor de Nature,


Comme lorsque sont nés le chant et les chansons.

 

 

Du fin fond des vallées le nouveau monde arrive,


Et sereine au printemps est l’heure matutine,


Des hauteurs, le jour luit, et la vie du soir s’offre


A contempler aussi à notre sens intime

 

 

                                             Avec humilité


20


janv


1758.


                                                  Scardanelli

 

 

Traduit de l’allemand par Bernard Pautrat


in, Hölderlin : « Poèmes 1816- 1813 »


Editions Payot et Rivages, (Rivages poche), 2001

 

 

Le soleil revient encore à des joies nouvelles,


Le jour apparaît en rayons comme les fleurs,


L ’ornement de la nature s’apparaît au cœur


Comme ont pris leur naissance les chants et chansons.

 

 

Le nouveau monde est sorti du fond des vallées


E t sereine est du printemps l’heure matinale,


Depuis les hauts brille le jour, la vie du soir


Se voue à contempler, aussi le sens intime.

 

 

                                                                    Avec humilité


                                                                       Scardanell


le 20 janvier 1758     

 

 

 Traduit de l’allemand par Bertrand Badiou et Jean-Claude Rambach


1n, Revue Po&sie, N°23

 

Belin éditeur, 1982  

    

Du même auteur :

 

« Je connais quelque part un château-fort… » / « Das alte Schloss zu untergraben … » (14//02/2015)

 

Ainsi Ménon pleurait Diotima /Menons Klagen um diotima (14/02/2016)

 

Le Pays / Die Heimat (06/02/2017)

 

Chant du destin d’Hypérion / Hyperions Schickalslied (06/02/2018)

 

Fantaisie du soir / Abendphantasie (06/02/2019)

 

En bleu adorable / In lieblicher Bläue (06/02/2020)

 

 « Comme, lorsqu’au jour de fête... » / « Wie wenn am Feiertage... » (06/02/21)

 

Fête de la paix / Friedensfeier (01/08/2021)

 

La moitié de la vie / Hälfte des Lebens (06/02/2022)

 

Pain et vin / Brot und wein (06/02/2023)

 

Patmos (06/02/2024)

 

Le printemps / Der Frühling (06/02/2026) (1-5)

 

 

 

 

Der Frühling

 

 

6

 


Der Tag erwacht, und prächtig ist der Himmel,


Entschwunden ist von Sternen das Gewimmel,


Der Mensch empfindet sich, wie er betrachtet,


Der Anbeginn des Jahrs wird hoch geachtet.

 


 
Erhaben sind die Berge, wo die Ströme glänzen,


Die Blütenbäume sind, als wie mit Kränzen,


Das junge Jahr beginnt, als wie mit Festen,


Die Menschen bilden mit Höchsten sich und Besten.

 

 

                          mit Unterthänigkeit


                                                              Scardanelli


24 Mäi 


1748       

 

 

                                          
7

 


Wenn aus der Tiefe kommt der Frühling in das Leben,


Es wundert sich der Mensch, und neue Worte streben


Aus Geistigkeit, die Freude kehret wieder


Und festlich machen sich Gesang und Lieder.

 

 

Das Leben findet sich aus Harmonie der Zeiten,


Daß immerdar den Sinn Natur und Geist geleiten,


Und die Vollkommenheit ist Eines in dem Geiste,


So findet vieles sich, und aus Natur das Meiste.

 

 

                                                  mit Unterthänigkeit


                                                                SCARDANELLI


24 Mäi 1758        

 

     


8

 

 

Die Sonne glänzt, es blühen die Gefilde,


Die Tage kommen blütenreich und milde,


Der Abend blüht hinzu, und helle Tage gehen


Vom Himmel abwärts, wo die Tag' entstehen.

 

 

Das Jahr erscheint mit seinen Zeiten


Wie eine Pracht, wo Feste sich verbreiten,


Der Menschen Tätigkeit beginnt mit neuem Ziele,


So sind die Zeichen in der Welt, der Wunder viele.

 

 

                      mit Untertänigkeit


                                             Scardanelli


24 April 1839.

 

 

9

 

 

Die Sonne kehrt zu neuen Freuden wieder,


Der Tag erscheint mit Stralen, wie die Blüte,


Die Zierde der Natur erscheint sich dem Gemüte,


Als wie entstanden sind Gesang und Lieder.

 

 

Die neue Welt ist aus der Tale Grunde,


Und heiter ist des Frühlings Morgenstunde,


Aus Höhen glänzt der Tag, des Abends Leben


Ist der Betrachtung auch des innern Sinns gegeben.

 


                                  Mit Untertänigkeit


20


Jan.


1758

                                             Scardanelli

 

Poème précédent en allemand :

 

Friedrich Hölderlin : Le printemps / Der Frühling (06/02/2026) (1-5)

 

6 février 2026

Friedrich Hölderlin (1770 - 1843) : Le printemps / Der Frühling (1-5)

Friedrich Hölderlin dans le journal Die Gartenlaube  (1870).

 

 

Le Printemps

 

 

1

 

Quand germe dans les champs une extase nouvelle


     Et qu’à nouveau la vue embellit, que l’on voit


          Se montrer sur des monts où les arbres verdoient,


               Des airs et des nuées d’une teinte plus claire,

 

 

Pour les hommes alors, oh quelle joie ! gaiement


     Des solitaires vont sur des rives, plaisir


          Fleurit ainsi que paix, bonheur d’être en santé,


               Tandis que n’est pas loin non plus le joyeux rire.

 

 


Traduit de l’allemand par Bernard Pautrat


in, Hölderlin : « Poèmes 1816- 1813 »


Editions Payot et Rivages, (Rivages poche), 2001

 

 


Quand dans les champs germe un nouveau ravissement


     Et que la vue à nouveau s’embellit et que


          Sur les versants des monts où les arbres verdissent,


               Des souffles d ’air plus clairs, des nuages se montrent,

 

 

Oh ! quelle joie ressentent les hommes ! joyeux


     Le long des rives vont les solitaires, calme,


          Et délice et plaisir de la santé fleurissent,


               Le sourire amical lui aussi n’est pas loin

 

 

Traduit de l’allemand par Bertrand Badiou et Jean-Claude Rambach


1n, Revue Po&sie, N°23

 

Belin éditeur, 1982

 

 

2

 

Oh, le bonheur de voir, quand repoignent les heures


Là où toise les champs l’homme content de soi,


Quand des hommes entre eux de leur santé s’enquièrent


Quand à la vie de joie des hommes se façonnent.

 

 

Tel le ciel qui se voûte et de soi se dilate,


Telle la joie alors en plaine et dans l’air libre,


Lorsque le chœur aspire à une vie nouvelle,


Que chantent les oiseaux, criant en vue du chant.

 

 

L’homme qui son intime interrogeait souvent,


Parle alors de la vie, d’où la parole vient,


Lorsque l’âme n’est pas rongée par le chagrin


Et que l’homme, joyeux, se tient devant ses biens.

 

 

Lorsque brille un logis bâti dans l’air du haut,


L’homme alors à son champ plus vaste, des chemins


S’en vont tellement loin qu’à la ronde on regarde,


Et des ponts bien bâtis enjambent un ruisseau

 

 


Traduit de l’allemand par Bernard Pautrat


in, Hölderlin : « Poèmes 1816- 1813 »


Editions Payot et Rivages, (Rivages poche), 2001

 

 

Quel bonheur de voir quand les heures font à nouveau jour


Où satisfait l’homme regarde alentour la campagne,


Et quand des hommes se demandent comment ils se trouvent,

 
Et quand des hommes se forment pour la joyeuse vie.

 

 

Comme le ciel se voûte et s’étend pour se déployer,

 
Telle est alors la joie sur les plaines et dans l’air libre, 


Quand le cœur est aspiration à une vie nouvelle, 


Les oiseaux chantent, pour convier au chant poussent des cris.

 

 

L ’homme qui souvent a questionné son for intérieur

 
Parle ensuite de la vie dont la parole procède 


Quand nulle désespérance ne vient ronger une âme 


Et que joyeux l’homme s’arrête devant ses domaines.

 

 

Quand resplendit une demeure bâtie en haut air, 


Alors l’homme a le champ plus spacieux, alors les chemins 


Vont au loin pour qu’on puisse regarder autour de soi


Et un ruisseau est franchi par des ponceaux bien bâtis 

 

 


Traduit de l’allemand par Bertrand Badiou et Jean-Claude Rambach


1n, Revue Po&sie, N°23

 

Belin éditeur, 1982

 

 

Ô le bonheur quand revient la lueur des heures,


Où, content, dans les champs, l’homme alentour regarde


Quand les hommes demandent aux autres s’ils vont bien,


Quand les hommes se forment pour la vie joyeuse.

 

 

Comme le ciel se voûte et largement s’étale,


La joie est alors dans les plaines et dans l’air libre

 

Lorsque le cœur se tend vers de nouvelles vies


Que chantent les oiseaux et crient pour que tous chantent.

 

 

L’homme qui souvent questionnait son être intime,


Parle alors de la vie, dont procèdent les mots, 


Quand le souci n’est pas venu ronger une âme,


Et que l’homme se tient heureux devant ses biens.

 

 

Quand brille une demeure bâtie dans l’air là-haut,


L’homme trouve son champ plus vaste et les chemins


Sont si loin qu’on doit  regarder autour de soi


Et sur un ruisseau passent des ponts bien construits. 

 

 


Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre 


In, « Anthologie bilingue de la poésie allemande » 


Editions Gallimard (La Pléiade), 1995

 


3

 


L’homme oublie les soucis qui naissent de l’esprit,

 
Mais le printemps fleurit, presque tout est superbe, 


Tandis que, somptueux, s’étale le champ vert,


Le ruisseau, lui, dévale en éclats de beauté.

 

 

Les montagnes sont là, debout, avec les arbres,


Et l’air est somptueux dans les espaces libres,


La vallée au lointain s’allonge dans le monde,


Et la tour, la maison, s’adossent aux collines.

 

 

                                                        Avec humilité


                                                                 Skardanelli

 

 

Traduit de l’allemand par Bernard Pautrat


in, Hölderlin : « Poèmes 1816- 1813 »


Editions Payot et Rivages, (Rivages poche), 2001

 

 

L ’homme oublie les soucis issus de son esprit,


Mais le printemps fleurit et presque tout est faste,


Le champ vert est magnifiquement étendu,


Le beau ruisseau brillant glisse au long de sa pente.

 

 

Les monts se tiennent là couverts avec les arbres


Et magnifique est l’air des espaces ouverts,


Le vaste val dans le monde s’est élargi


Et maison et tour aux collines appuyées.

 

 

                                                                                   Avec humilité


                                                                                        Scardanelli

 

 

Traduit de l’allemand par Bertrand Badiou et Jean-Claude Rambach


1n, Revue Po&sie, N°23

 

Belin éditeur, 1982

 

 

4

 


Quand à la terre à neuf se montre la lumière,


Brille le vert vallon de pluies printanières,


Et gai, le blanc des fleurs en bas, près du flot clair,


Après qu’un jour serein a baissé sur des hommes.

 

 

La visibilité gagne aux contrastes nets,


Et le ciel de printemps demeure avec sa paix,


Pour que l’homme, introublé, voie de l’an tout l’attrait


Et ait respect de la perfection de la vie.

 


                                      Avec    

   
                                      humilité      


                                              Scardanelli     


15 mars


    1842        

 

Traduit de l’allemand par Bernard Pautrat


in, Hölderlin : « Poèmes 1816- 1813 »


Editions Payot et Rivages, (Rivages poche), 2001   

 

 

Quand à nouveau la lumière à la terre s’est montrée


La pluie printanière fait briller la verte vallée,


Et le blanc allègre des fleurs le long du fleuve clair


Après qu’un jour serein s’est penché au-dessus des hommes.

 

 

La visibilité gagne par claires différences,


Le ciel printanier séjourne avec sa tranquillité


Pour qu’en paix l’homme contemple le charme de l’année


Et qu’à l’accomplissement de la vie il prenne garde.

 

 

                                                                                           Avec                                                                                                                                                      
    humilité 


       Scardanellile

    5 mars 1842

 


Traduit de l’allemand par Bertrand Badiou et Jean-Claude Rambach


1n, Revue Po&sie, N°23

 

Belin éditeur, 1982

 


5

 


Le jour nouveau descend de lointaines hauteurs,


Le matin, s’éveillant des obscures clartés,


Enjoué et paré, rit à l’humanité,


Nait en l’humanité comme une joie infuse.

 

 

Un vivre neuf entend se montrer au Futur, 


Il semble que de fleurs, signe de jours joyeux,


S’emplisse le grand val, et la terre aussi bien,


Du printemps, en revanche, est absente la plainte 

 

 

                                         Avec humilité


                                                                 Scardanelli


3 mars 1648  

 

                     


Traduit de l’allemand par Bernard Pautrat


in, Hölderlin : « Poèmes 1816- 1813 »


Editions Payot et Rivages, (Rivages poche), 2001

 

 

Voici que le jour neuf descend des hauts lointains,


Le matin qui s’est éveillé des crépuscules,


Il rit à l’humanité, allègre et paré,


De joie l’humanité doucement pénétrée.

 

 

Une vie neuve au futur veut se dévoiler,


Avec des fleurs paraît, signe de jours joyeux,


Se remplir toute la grande vallée, la terre,


Mais au temps printanier la plainte est éloignée.

 

 

                                                                                                      Avec humilité


                                                                                                                                  Scardanelli


le 3 mars 1648

 

 


Traduit de l’allemand par Bertrand Badiou et Jean-Claude Rambach


1n, Revue Po&sie, N°23

 

Belin éditeur, 1982

 

 

Le jour nouveau descend des collines lointaines,


Le matin qui s’est éveille des crépuscules,


Rit aux humains, paré de sa fraîcheur allègre ;


Le cœur de l’homme est traversé de douce joie.

 

 

Une nouvelle vie au Futur se dévoile,


On dirait que la grande vallée et la terre


Se remplissent de fleurs, signe des jours heureux,


Mais au temps printanier toute plainte. est bannie

 

 


Traduit de l’allemand par Gustave Proud


in, Hölderlin ; « Poèmes »


Editions Allia, 2023

 

 

 

Du même auteur :

 

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Der Frühling

 

1

 


Wenn auf Gefilden neues Entzücken keimt


Und sich die Ansicht wieder verschönt und sich


    An Bergen, wo die Bäume grünen,


        Hellere Lüfte, Gewölke zeigen,


O! Welche Freude haben die Menschen! froh


Gehn an Gestaden Einsame, Ruh und Lust


    Und Wonne der Gesundheit blühet,


        Freundliches Lachen ist auch nicht ferne.

 

 

2

 

 

Wie selig ists, zu sehn, wenn Stunden wieder tagen,


Wo sich vergnügt der Mensch umsieht in den Gefilden,


Wenn Menschen sich um das Befinden fragen,


Wenn Menschen sich zum frohen Leben bilden.

 


 
Wie sich der Himmel wölbt, und auseinander dehnet,


So ist die Freude dann an Ebnen und im Freien,


Wenn sich das Herz nach neuem Leben sehnet,


Die Vögel singen, zum Gesange schreien.

 


 
Der Mensch, der oft sein Inneres gefraget,


Spricht von dem Leben dann, aus dem die Rede gehet,


Wenn nicht der Gram an einer Seele naget,


Und froh der Mann vor seinen Gütern stehet.

 


 
Wenn eine Wohnung prangt, in hoher Luft gebauet,


So hat der Mensch das Feld geräumiger und Wege


Sind weit hinaus, daß Einer um sich schauet,


Und über einen Bach gehen wohlgebaute Stege.

 

 


3

 

 

Der Mensch vergißt die Sorgen aus dem Geiste,


Der Frühling aber blüht, und prächtig ist das meiste,


Das grüne Feld ist herrlich ausgebreitet,


Da glänzend schön der Bach hinuntergleitet. 


Die Berge stehn bedecket mit den Bäumen,


Und herrlich ist die Luft in offnen Räumen,


Das weite Tal ist in der Welt gedehnet


Und Turm und Haus an Hügeln angelehnet.

 

 

                                  Mit Unterthänigkeit


                                                                   SKardanelli

 

4

 


Wenn neu das Licht der Erde sich gezeiget,


Von Frühlingsregen glänzt das grüne Thal und munter


Der Blüthen Weiß am hellen Strom hinunter,


Nachdem ein heitrer Tag zu Menschen sich geneiget.

 

 

Die Sichtbarkeit gewinnt von hellen Unterschieden,


Der Frühlingshimmel weilt mit seinem Frieden,


Daß ungestört der Mensch des Jahres Reiz betrachtet,


Und auf Vollkommenheit des Lebens achtet.

 

 


                                          Mit 


                                                  Unterthänigkeit


                                                          Scardanelli


15 Merz


1842


5

 


Es kommt der neue Tag aus fernen Höhn herunter,


Der Morgen der erwacht ist aus den Dämmerungen,


Er lacht die Menschheit an, geschmückt und munter,


von Freuden ist die Menschheit sanft durchdrungen.

 

 

Ein neues Leben will der Zukunft sich enthüllen,


Mit Blüten scheint, dem Zeichen froher Tage,


Das große Tal, die Erde sich zu füllen,


Entfernt dagegen ist zur Frühlingszeit die Klage.

 

 


                                  Mit Unterthänigkeit


                                                                   Scardanelli


3ten März 1648

 

 

Poème précédent en allemand

:

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