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Le bar à poèmes

17 avril 2026

Saphô / Σαπφώ (vers 630 – vers 580 av. J. C.) : Vers l’extase

 

 

 

Vers l’extase

 

 

 

 

Viens à moi depuis la Crête en ce temple de pureté. Ici ton aimable

 

     bocage de pommiers, et les autels embaumés des fumées de  

 

     l’encens.

 

 

 

Une eau froide y bruit à travers les branches chargées de pommes,

 

     tout cet espace est couvert d’ombre par des roses. Du feuillage

 

     qui tremble glisse un sommeil enchanté.

 

 

 

Dans la prairie, aussi, nourricière des chevaux, la foison des fleurs

 

     vernales est éclose, et les souffles du vent ont la douceur du

 

     miel.

 

 

 

En ce lieu, oui, toi, prends, Cypris... et dans les coupes d’or, comme

 

     un vin de délice qui se mêle à nos fêtes en fleurs, le nectar par

 

     toi soit versé.

 

 

 

 

 

Traduit du grec ancien par Yves Battistini


In, Sapphô : « Odes et fragments »


Editions Gallimard (Poésie), 2005

 

De la même autrice :


 « Je t’ai possédée, ô fille de Kuprôs ! » (13/04/2015)


Aphrodite / εἰς Ἀφροδίτην (13/04/2016)


A une aimée (13/04/2017)


Je serai toujours vierge (13/04/2018)


Nocturnes (13/04/2019)


« ... Et je ne reverrai jamais... » (13/04/2020)


« ... Rien n’est plus beau... » (03/04/2021)


« Je ne change point... » (13/04/2022)


Ode à Aphrodite (17/04/2023)


Confidences (17/04/2024)

 

« Notre Anactoria, Attys, s’en est allée... ». (17/04/2025)

16 avril 2026

Peter Huchel (1903 -1981) : « Dans l’acore odorant des prairies danoises... »

 

 

 

 

Dans l’acore odorant des prairies danoises

 

Hamlet est toujours allongé,

 

le regard fixé sur son visage blafard    

 

qui brille dans l’eau du fossé.

 

 

 

Le dernier mot

 

reste imprononcé,

 

il est parti au fil de l’eau sur le dos des castors.

 

Nul ne sait le secret

 

 

 

 

Traduit de l’allemand par Maryse Jacob et Arnaud Villani

 

n, Revue « Po&sie, N° 43 »

 

Editions Belin, 2001

 

Du même auteur :


Exil (16/04/2015)


Ferme Thomasset (16/04/2016)


« Sous la houe brillante de la lune… » / Unter der blanken Hacke des Monds…» (16/0420/17)


Origine / Herkunft (16/04/2018)


Le tombeau d’Ulysse / Das Grab des Odysseus (16/04/2019)


Le moissonneur polonais / Der polnische schnitter (16/04/2020)


Znorovy (16/04/2021)


Île du sud / Südliche insel (16/04/2022)


Eté écossais / Schottischer Sommer (16/04/2023)


Monnaie de Bir-El-Abbas / Münze aus Bir El Abbas (16/04/2024)

 

La nasse à étoiles / Die Sterneureuse (16/04/2025)

15 avril 2026

Salvatore Quasimodo (1901 – 1968) : Ton pied silencieux / il tuo piede silenzioso

 

 

 

Ton pied silencieux

 

 

 

Et voici la mer, et la fleur déjà sur l’agave

 

et la couleur du fleuve vif le long

 

d’anciennes tombes fixées à la muraille

 

comme des alvéoles de ruche, et au-dedans de miroirs,

 

riant encore, de petites filles aux sombres

 

cheveux défaits. L’une d’elle était à tes côtés

 

sur les rives ioniennes, (une abeille brillait,

 

lisse de miel, dans son œil) et laissait

 

à peine le clair d’un nom dans l’ombre

 

des oliviers. Personne pour te sauver :

 

tu sais qu’un jour égal aux autres apparaît

 

sur ton visage ; une métamorphose de la lumière,

 

rapide autour du cercle qui nous enferme,

 

au-delà du vide de la lune, où

 

franchit l’Hadès ton pied silencieux.

 

 

 

 

Traduit de l’italien par Jean-Yves Masson,

 

In, Revue « Polyphonie, N°7 printemps 1988 »,

 

 

 

 

 

 

 

Ton pied silencieux

 

 

 

Et voici la mer et la fleur déjà sur l’agave

 

et la couleur du fleuve vif le long

 

de tombes anciennes logées dans le mur

 

comme alvéoles de ruche, et dans les miroirs,

 

riant encore, de fillettes aux sombres

 

cheveux déliés. L’une à ton côté

 

sur les rives ioniennes, (une abeille lisse de miel,

 

resplendissait dans son œil) et qui laissa à peine

 

le clair d’un nom dans l’ombre

 

des oliviers. Personne ne te sauvera :

 

tu sais qu’égal aux autres un jour se lève

 

sur ton visage ; un bref changement de lumière,

 

autour du cercle qui nous enferme,

 

au-delà du vide lunaire, où

 

ton pied silencieux franchit l’Hadès.

 

 

 

 

Traduit de l'italien par Roland Ladrière

 


in, Salvatore Quasimodo : "Oeuvres poétiques"

 


Editions de Corlevour, 92110 Clichy, 2021

 

Du même auteur : 

 


Et c’est bientôt le soir / Ed è subito sera (01/11/2014)

 


J'entends encore la mer / S’ode ancora il mare (15/04/2018)

 


Devant le gisant d’Ilaria del Carretto / Davanti al simulacro d’Ilaria Del Carretto (15/04/2019)

 


Anno Domini MCMXLVII (15/04/2020)

 


Vent à Tyndaris / Vento a Tindari (15/04/2021)

 


Temple de Zeus à Agrigente / Tempio di Zeus Ad Agrigento 15/04/2022)

 


La pie noire rit sur les orangers / Ride la gazza, nera sugli aranci. (06/10/2022)

 


Les retours / I Ritorni (15/04/2023)

 


Glendalough (06/10/2023) 

 


Ô mes doux animaux / O miei dolci animali (15/04/2024)

 


Dialogue / Dialogo (06/10/2024)

 

 

Plainte pour le Sud / Lamento per il Sud (15/04/2025)

 

 

 

 

 

Il tuo piede silenzioso.

 

 

 

Ed ecco il mare e il fiore già sull'agave

 

e il colore del fiume vivo lungo


antiche tombe fitte alla muraglia


come celle d'alveare e dentro specchi,


ridenti ancora, fanciulle dai cupi


capelli disciolti. Una era al tuo fianco


sulle rive joniche (splendeva un'ape


liscia di miele nel suo occhio), e lasciò


appena il chiaro d'un nome nell'ombra


degli ulivi. Nessuno che ti salva:


tu sai che appare un giorno uguale ad altri


sul tuo volto: un mutuarsi della luce


rapido intorno al cerchio che ci chiude


di là dal vuoto della luna, dove


varca l'Ade il tuo piede silenzioso.

 

 

 

 

Giorno dopo giorno

 

Mondadori, Milano (Italia), 1947

 

Poème précédent en italien :

 

Alessandro Parronchi : Nuit de Mars / Notte di Marzo (24/03/2026)

14 avril 2026

L’épopée de Gilgameš (2100 avant J.C.) : Tablette VI (2)

 

 

 

 

 

L’épopée de Gilgameš

 


(Version ninivite)

 

 


 
TABLETTE VI

 

 

Nouveau triomphe et démesure :

 

Le Taureau – céleste

 

....................................................................

 

 

Anu lui demande de parer à la famine provoquée par les ravages

 

du Taureau

 

Anu ouvrit donc la bouche

 

     Et prit la parole,

 

Pour s’adresser

 

     A Ištar-la-Princesse :

 

« Si tu obtiens de moi

 

     Le Taureau,

 

Ce seront, pour le pays d’Uruk,

 

     Sept années de famine !

 

Tu devrais donc d’abord

 

     Amonceler le grain

 

Et faire abonder

 

     La verdure ! »

 

 

 

Ištar mensongèrement le rassure

 

Ištar ouvrit la bouche

 

     Prit la parole

 

Et s’adressa

 

     A son « père » Anu :

 

« Mon « père »

 

     Je t’ai obéi :

 

J’ai déjà mis en place

 

     .......

 

En prévision

 

     Des sept années de famine,

 

J’ai amoncelé

 

     Du grain

 

Et fait abonder

 

     La verdure ! »

 

 

 

Anu lui accorde le Taureau géant

 

Lorsque Anu eut ouï

 

     Cette déclaration d’Ištar

 

Il lui remit

 

     La longe du Taureau ;

 

Et Ištar, la tenant en main,

 

     L’emmena avec elle.

 

 

 

Lequel provoque des désastres

 

Lorsqu’ils furent arrivés

 

     En plein centre d’Uruk

 

Au premier ébrouement du Taureau

 

     S’ouvrit une crevasse,

 

Et deux cents, trois cents habitants d’Uruk

 

     Y furent précipités.

 

Oui ! deux cents, trois cents habitants d’Uruk

 

     Y furent précipités !

 

A son deuxième ébrouement

 

     S’ouvrit une autre crevasse,

 

Et deux cents, trois cents habitants d’Uruk

 

     Y furent précipités.

 

Oui ! deux cents, trois cents habitants d’Uruk

 

     Y furent précipités !

 

 

 

Enkidu se saisit du Taureau et cherche à l’abattre

 

A son troisième ébrouement,

 

     Une crevasse s’ouvrit tout près d’Enkidu,

 

Lequel y tomba

 

     Jusqu’à la ceinture !

 

Mais il en sortit d’un bond

 

     Et se saisit du Taureau par les cornes.

 

En lui résistant le Taureau

 

     Bavait, par devant,

 

Et, par derrière,

 

     Laissait choir de la bouse !

 

 

 

Il suggère à Gilgameš une tactique pour abattre le Taureau

 

Ouvrant alors la bouche

 

     Et prenant la parole,

 

Enkidu s’adressa

 

     A Gilgameš en ces termes :

 

Mon ami, nous nous sommes glorieusement tirés

 

     De la forêt des Cèdres,

 

Mais comment faire face

 

     A ce nouveau péril ?

 

...................

 

Puis, entre cou,

 

     Cornes et nuque du Taureau

 

Tu longeras ton coutelas^

 

 

 

Ils le tuent

 

Enkidu, poursuivant le Taureau,

 

     Se mit derrière lui

 

Et le saisit

 

     Fermement par la queue

 

Et Gilgameš, comme un

 

     Vaillant

 

Plongea son coutelas

 

     Entre cou, cornes et nuque du Taureau,

 

 

 

et offrent son cœur à Samaš

 

Le Taureau abattu

 

Ils lui arrachèrent le cœur,

 

Qu’ils déposèrent devant Samaš ;

 

Puis, s’étant écartés,

 

     Ils se prosternèrent devant ce dieu,

 

Et s’assirent, tous deux

 

     Côte à côte.

 

 

 

Lamentation d’Ištar humiliée et furieuse

 

Cependant, Ištar,

 

     Montée sur le rempart d’Uruk-les-clos,

 

Prit la tenue du deuil

 

     Et jeta une longue plainte :

 

« Gilgameš m’a humiliée :

 

     En tuant le Taureau-céleste ! »

 

 

 

Enkidu ne l’en insulte que plus gravement

 

Mais lorsqu’Enkidu entendit

 

     Ces paroles d’Ištar,

 

Il arracha une patte du Taureau,

 

     Et la lui jeta au visage en disant :

 

« Si seulement je t’avais attrapée,

 

     Toi aussi,

 

Je t’en aurais fait autant !

 

Je t’aurais suspendu aux bras

 

     Sa tripaille ! »

 

 

 

Ištar pleure le Taureau

 

Alors, Išta rassembla

 

     Prostituées, Courtisanes et Filles-de-joie,

 

Pour faire une déploration

 

     Devant la patte du Taureau !

 

Gilgameš conserve et fait orner les cornes du Taureau

 

Apres quoi, Gilgameš convoqua, au complet,

 

     Artisans et travailleurs du métal,

 

Lesquels louèrent l’épaisseur

 

     Des cornes du Taureau :

 

Leur masse

 

     Faisait trente kilos de lazulite,

 

Et leur placage d’or

 

     Un kilo !

 

A toutes d’eux, leur capacité

 

     Etait de mille huit cents litres d’huile !

 

 

 

pour les offrir au culte de son père

 

Gilgameš en fit offrande

 

     Pour les onguents de Lugalbanda, son protecteur :

 

Les ayant donc introduites

 

     En la Chambre du Chef-de-sa-Famille,

 

     Il les y suspendit !

 

 

 

Promenade triomphale des deux héros en ville

 

Gilgameš et Enkidu lavèrent ensuite leurs mains

 

     Dans l’Euphrate

 

Et s’en furent

 

     De compagnie,

 

Déambuler-à-char

 

     Par les rues de leur ville,

 

Sous les regards

 

     Des habitants d’Uruk rassemblés !

 

 

 

Gilgameš se glorifie lui et Enkidu

 

Et Gilgameš disait

 

     Aux femmes qui servaient en son Palais :

 

« Qui est

 

     Le plus beau des gaillards ?

 

Qui est

 

     Le plus glorieux des mâles.

 

Le plus beau des gaillards,

 

     C’est Gilgameš !

 

Le plus glorieux des mâles.

 

     C’est Enkidu !

 

C’est nous qui, de colère,

 

     Avons jeté contre Ištar la patte du Taureau :

 

Et elle n’a trouvé, en la ville

 

     Personne pour la consoler !

 

 

 

La fête finale et le songe d’Enkidu

 

Et Gilgameš

 

     D’organiser en son Palais

 

De grandes réjouissances !

 

 

 

Mais tandis que dormaient les Gaillards

 

     Allongés en leur lit,

 

Enkidu, endormi lui aussi,

 

     Vit un songe,

 

Qu’à son réveil

 

     Il raconta

 

A son ami,

 

     En ces termes :

 

 

 

 

 

Traduit de l’akkadien par Jean Bottéro

 


in, « L’épopée de Gilgameš, le grand homme qui ne voulait pas mourir »

 


Editions Gallimard 1992

 

 


Du même auteur :

 


 L’épopée de Gilgameš : Tablette I (14/04/2022)

 


Tablette II et III (14/04/2023)

 


Tablette IV (1 et 2) (14/04/2024)

 

Tablette V (14/04/2025)

 

Tablette VI(1)  (14/04/2026)

 

 

 

 

 

 

14 avril 2026

L’épopée de Gilgameš (2100 avant J.C.) : Tablette VI (1)

 

 

 

 

 

L’épopée de Gilgameš

 


(Version ninivite)

 

 


 
TABLETTE VI

 

 

Nouveau triomphe et démesure :

 

Le Taureau – céleste

 

 

 

Gilgameš de retour, se fait beau

 

Gilgameš lava sa crinière

 

     Se mit un bandeau propre,

 

Et rejeta

 

     Ses boucles dans son dos.

 

Il quitta son linge sali,

 

     Pour en revêtir de net,

 

S’enveloppant d’une large tunique,

 

     Qu’il lia d’une écharpe.

 

 

 

 Ištar tombe amoureuse de lui

 

Quand il eut

 

     Coiffé sa couronne

 

Ištar-la-princesse fut fascinée

 

     Par la beauté de Gilgameš.

 

 

 

Et lui offre sa main

 

« Allons, Gilgameš lui dit-elle

 

     Epouse-moi !

 

Offre-moi

 

     Ta volupté !

 

Sois mon mari,

 

     Je serai ton épouse !

 

 

 

En lui détaillant les charmes de cette union

 

Je te ferai équiper

 

     Un char de lazulite et d’or,

 

Aux roues d’or pur,

 

     Au guide-rênes en ambre,

 

Attelé de bêtes fougueuses :

 

     De grands mulets,

 

Pour t’introduire en nôtre Palais,

 

     Parmi les fragrances du cèdre !

 

Et quand

 

     Tu y pénètreras

 

Les plus hauts dignitaires du clergé

 

     Te baiseront les pieds !

 

Se prosterneront devant toi

 

     Les rois, les seigneurs et les princes !

 

Ils t’apporteront en tribut

 

     Tous les produit de l’étranger et de chez nous.

 

Tes chèvres ne mettront bas que triplés,

 

     Tes brebis que bessons ;

 

A la charge, tes ânons l’emporteront

 

     Sur les mulets adultes ;

 

Tes chevaux de char

 

     Triompheront à la course ;

 

Et tes bœufs, sous le joug,

 

     N’auront pas leur pareil.

 

 

 

Il refuse, et rappelle les prétentions d’Ištar

 

Mais Gilgameš ouvrit la bouche,

 

     Prit la parole

 

Et s’adressa

 

     A Ištar-la-princesse :

 

« Combien devrai-je te payer

 

     Si je t’épouse ?

 

Te faudra-t-il pour ton corps,

 

     Parfums et garde-robes ?

 

Te faudra-t-il

 

     Provisions et victuailles ?

 

Devrai-je te nourrir

 

     D’une chair divine ?

 

Et te désaltérer

 

     De breuvages royaux ?

 

Me faudra-t-il t’envelopper

 

     D’une cape ?

 

Non, je ne veux pas de toi

 

     Pour épouse !

 

 

 

Ses faux semblants

 

Car tu n’es qu’un fourneau

 

     Qui s’éteint au froid

 

Une porte branlante 

 

     Qui n’arrête ni courants d’air, ni vents ;

 

Un palais qui s’écrase

 

     Sur ses plus braves défenseurs ;

 

Un éléphant

 

     Qui jette à bas son harnachement ;

 

Un morceau-de-bitume

 

     Qui souille qui le touche ;

 

Une outre

 

     Qui se vide sur son porteur

 

Un bloc de pierre-à-chaux

 

     Qui cause l’effondrement d’un mur de pierre ;

 

Un bélier-de-siège

 

     Qui démolit le rempart d’alliés ;

 

Une chaussure

 

     Qui blesse son porteur !

 

 

 

Et ses infidélités

 

Pas un de tes amants

 

     Que tu aurais aimé toujours !

 

Pas un de tes favoris

 

     Qui aurait échappé à tes pièges !

 

Viens çà, que je te récite

 

     Le triste sort de tes amoureux !

 

 

 

Tammuz

 

Tammuz

 

     Le chéri de ton jeune âge,

 

Tu lui as assigné

 

     Une déploration annuelle !

 

 

 

 Le Rollier

 

Le Rollier polychrome,

 

     Tu l'as aimé,

 

Puis tout à coup, tu l’as frappé,

 

     Et tu lui as brisé les ailes !

 

Et le voilà, réfugié dans les bois

 

     Et qui piaille : « Mes ailes ! »

 

 

 

Le lion

 

Le lion, à la vigueur incomparable

 

     Tu l’as aimé,

 

Puis tout à coup, tu n’as cessé de lui faire tendre

 

     Embûches sur embûches !

 

 

 

Le cheval

 

Le Cheval, passionné de combat,

 

     Tu l’as aimé,

 

Puis tout à coup, tu lui as assigné

 

     Le Fouet à pointes de lanières ;

 

Tu l’as condamné

 

     A des courses sans fin,

 

Et à ne boire son eau

 

     Qu’après l’avoir souillée !

 

Tu as même endeuillé

 

     Sa mère Silili !   

 

 

 

Le Pâtre 

 

Tu as aimé le Pâtre

 

     Le Berger-chef

 

Qui te préparait assidûment

 

     Galettes cuites sous la cendre,

 

Et chaque jour

 

     Te sacrifiait ses chevrettes,

 

Puis tout à coup, tu l’as frappé

 

     Et changé en loup,

 

Si bien que ses propres valets

 

     Le pourchassent,

 

Et que ses chiens

 

     Lui entament l’arrière-train !

 

 

 

Le Jardinier

 

Tu as aimé Bullânu,

 

     Le Jardinier de ton Père,

 

Qui ne cessait de t‘offrir

 

     Des dattes par couffins

 

Et te procurait tous les jours

 

     Un menu plantureux.

 

Tu avais jeté les yeux sur lui

 

     Et tu l’étais allée provoquer :

 

« Jouissons de ta vigueur,

 

     Mon petit Bullânu !

 

Avance donc ta main

 

     Et me touche la vulve ! »

 

Mais Bullânu

 

     Te disait

 

« Que me demandes-tu là ?

 

Ma mère n’a-t-elle pas cuisiné ?

 

     Et n’ai-je pas déjà mangé ?

 

Tu ne m’offres pour aliments

 

     Que pain de malédiction et d’opprobres,

 

Et, contre le froid,

 

     Que joncs pour me couvrir ! »

 

Et toi,

 

     En l’entendant ainsi parler,

 

Tu l’as frappé

 

     Et changé en Crapaud,

 

L’assignant à demeure

 

     A son lieu de travail,

 

 

     Ne monte ni ne descend !

 

Alors moi aussi, si tu m’aimes,

 

     Tu me traiteras donc comme eux ! »

 

 

 

Fureur d’Istar qui va demander à son père de qoui venger

 

ces rebuffades et insultes

 

Lorsqu’elle eut

 

     Entendu tout cela,Istar furibonde

 

     Grimpa jusqu’au ciel 

 

Et s’en fut sangloter

 

     Devant son « père » Anu,

 

Et laisser découler ses larmes

 

     Devant Antu, « sa mère » :

 

Mon « père »

 

     Gilgameš m’a couvert d’opprobres !

 

Gilgameš m'a récité

 

     Une série d’ignominies,

 

D’ignominies

 

     Et d’imprécations ! »

 

Mais Anu ouvrit la bouche,

 

     Et, prenant la parole,

 

S’adressa

 

     A Ištar-la-Princesse :

 

« Eh ! Serait-ce pas toi qui aurais cherché noise

 

     Au roi Gilgameš ?

 

Voilà pourquoi

 

     Il t’a récité tant d’ignominies,

 

D’ignominies

 

     Et d’imprécations ! »

 

 

 

Elle lui réclame le Taureau-céleste géant

 

Ištar ayant alors ouvert la bouche

 

     Et pris la parole

 

S’adressa

 

     A son « père » Anu :

 

« Crée-moi le taureau-céleste, mon « père », 

 

     Que je tue Gilgameš,

 

Et que j’incendie

 

     Sa Demeure !

 

Si tu ne m’accordes pas

 

     Ce Taureau,

 

Je frapperaî

 

     ..... de sa Demeure !

 

Puis, dirigeant mes pas

 

     Vers les Régions-infernales,

 

J’en ferai remonter les morts,

 

     Qui dévorerons les vivants,

 

Et je multiplierai les morts

 

     Aux dépens des vivants ! »

 

......................................................................

 

 

 

 

 

Traduit de l’akkadien par Jean Bottéro


in, « L’épopée de Gilgameš, le grand homme qui ne voulait pas mourir »


Editions Gallimard 1992

 


Du même auteur :


 L’épopée de Gilgameš : Tablette I (14/04/2022)


Tablette II et III (14/04/2023)


Tablette IV (1 et 2) (14/04/2024)

 

Tablette V (14/04/2025)

13 avril 2026

Denise Riley (1948 -) : Chœur d’adieu (I – XI)

Image credit: Sophie Davidson

 

 

 

Chœur d’adieux

 

 

I

 

 

Toi principe du chant, à quoi bon désormais

 

Parader dans la lumière spasmodique

 

Pour dégoiser ton ténébreux ramage ?

 

Marche à pas menu, frêle colonne. Lisse bien

 

Ta surface fourrée. Minceur de fil souple

 

Ultraflexible, sera ton espoir.

 

Claque doucement, feuille de fer-blanc

 

Qui ne se gonflera plus affectueusement

 

De lais moelleux et réceptifs.

 

Ma petite chanson, passe-toi de ces instructions

 

Car nul n’est là pour t’entendre.

 

Tous son bien loin qui titubent dans le bruit de la foule.

 

 

 

II

 

 

Quel est le premier devoir d’une mère envers son enfant ?

 

Au moins de garder le pauvre petit en vie – Chœur

 

De cigales déchaînées, cessez vos cris stridents.

 

Ma fille quitte notre maison avec légèreté.

 

Une pensée me traverse : c’est peut-être la dernière, fois,

 

Fixe en toi son image. Oui, si tu étais l’éclair.

 

Je prends note de la terreur, l’enregistre.

 

Pas plus ma note que ma critique d’elle

 

Ne nous avanceront d’un iota. Je le sais. Et pourtant.

 

 

 

III

 

 

Peut-être un souvenir, une photo retouchée,

 

Celle où on le voit sourire, avec sa ceinture de lézard rayé

 

Et ses croûtes d’eczéma, mais qu’importe elle est encadrée,

 

Sous verre, couvée des yeux, muséifiée.

 

C’est curieux comme les genoux du garçon sont pleins de vie

 

Nous étions alors tous les deux démunis. Tu étais dépourvu de ruse,

 

Transparent, facile, cela semblait naturel.

 

 

 

IV

 

 

Chaque enfant se fait cannibaliser par ses années.

 

C’est un homme qui est mort, en lui est mort

 

Le petit garçon aux grands yeux, et le paon adolescent

 

Dans cette calme et discrète dévoration de soi

 

Que constitue le fait d’être vivant. Mais tout à coup

 

Ces superpositions naturelles ont été coupées puis battues

 

En bloc serré, leurs strates aplaties au carré

 

 

 

V

 

 

Il est tard. Toujours trop tard.

 

Ton petit monument est en haut de son monticule

 

Orné de banderoles qui claquent, claquent sur le sol.

 

Voici une drôle de créature qui d’un œil fouille

 

La butte tandis que l’autre est rivé vers le haut :

 

Je vais venir, ce ne sera plus long, clame-t-elle – mais

 

N’est qu’une matrone bien intentionnée à l’alibi inutile :

 

« Je ne Savais pas. » Y aurait-il donc encore un rôle à jouer

 

Pour moi sur cette jolie terre ? Réponds-moi. Ou bien

 

Dis, Non, terre, dans mon oreille intérieure.

 

 

 

VI

 

 

Une armoire bâille, une femme endeuillée essaie

 

Divers styles de tenues pour hurler :

 

Il te faut, même si cela ne te dit rien

 

Vite donner le spectacle de ton sourire feint.

 

Ce n’est pas cette fluide robe noir au corsage nacré

 

Qui pourra soulager ton ménage brisé.

 

Elle sied à ton teint qui est si blanc.

 

Evite cependant, ce voile safran.

 

Tes morts n’ont pas envie que tu tombes à terre.

 

Il sera bientôt temps de le faire.

 

 

 

VII

 

 

Oh toi mon fils mort, espèce de petit con

 

Maman fait grise mine. Rentre à la maison te dis-je

 

Mets fin à ce mélodrame de mauvais goût – cesse

 

Enfin de jouer au mort, ça tourne à la mauvaise

 

Blague, jamais ton humour a été aussi cruel

 

Que çà. Renonce, espèce de sans-cœur,

 

Aie pitié de tes deux sœurs meurtries. Car

 

Est-ce qu’on ne t’a pas aimé ? Et encore maintenant. Mais

 

Nous finissons par être lassées de notre amour inutile

 

Et infiniment plus lassées encore que tu persistes dans la mort

 

Ce qui ne doit pas t’intéresser beaucoup non plus.

 

 

 

VIII

 

 

Me voici assise là, hébétée, sidérée par ta disparition

 

Tandis que tu exerces ton charme dans le monde inférieur

 

Et, plein d’insouciance, courtises Perséphone. Pas très difficile

 

D’imaginer ce que sa mère a dû endurer

 

Quand elle a fureté parmi ces salles sombres et douces.

 

 

 

IX

 

 

Bien qu’ils aient juré de ne jamais partir, ils s’en sont allés

 

A moins que ce ne soit moi – alors je me suis concentrée

 

Très fort sur le problème de savoir ce que cela signifiait

 

Pour quelqu’un d’être ici, tout comme de

 

N’y être pas. Inutile de s’entraîner à subir un deuil modéré

 

Etant donné son côté définitif. Et moi, lamentablement

 

Lente à « l’intégrer » - préférant de loin le déni,

 

Car comment s’habituer à une si mauvaise idée. Non,

 

Je vais plutôt tenir jusqu’au bout pour la présence. Si mon

 

Espoir exquis peut t’extirper de là où tu es, toi mon enfant résigné

 

Pour te ramener ici, qu’il le fasse, j’attends

 

 

 

X

 

 

Je ne peux me résoudre à te réincarner

 

En fichues « douces averses de pluie »

 

Ou en « champs de grains mûrissant » - oooh

 

Si anodins – ni encore à te suivre comme une ombre

 

Dans l’espoir de finir par te retrouver,

 

Médusé, parmi les âmes grouillantes

 

Agglutinées comme des chauves-souris, la foule murmurante

 

Voilée de crépuscule – ni même dans le contemporain sinistre.

 

Présence au cœur léger, que ton corps s’incarne tout

 

Simplement. Paresse encore sous le soleil

 

Violent où tu aimais tant te faire rôtir.

 

T’entrevoir, ne fût-ce que dix secondes

 

M’aiderait à supporter bien mieux

 

Tout çà. Avec une caméra en action

 

 

 

XI

 

 

Abeille ardente, voici qu’encore tu te cognes,

 

Tes sacoches duveteuses bien remplies,

 

A tous les pendants d’oreille du fuchsia.

 

C’est à toi Ô abeille ! Que j’adresse mon cri –

 

Puisque mes propres morts, apostrophés,

 

Restent muets comme ce grenat glacé

 

Auquel tu te heurtes. Acharnement aveugle,

 

L’abeille, ou bêtise – de se cogner encore et encore

 

Au feu cramoisi de l’indifférence.

 

 

 

 

Traduit de l’anglais par Martine Chardoux

 

in, Revue « Inuits dans la jungle, N° 5 »


Le Castor Astral, In’Hui, Phi Editions, 2014

 

:

 

 

12 avril 2026

Percy Bysshe Shelley (1792 – 1822) : Hymne d’Apollon/ Hymn of Apollo

 

 

                                                                                                              © National Portrait Gallery, London

 

Percy Bysshe Shelley, by William Holl Sr, or by William Holl Jr, after Amelia Curran 
stipple and liPene engraving, (1819), 6 1/4 in. x 4 1/8 in. (160 mm x 104 mm) paper size
Given by Norwich Public Library, 1958

 

 

Hymne d’Apollon

 

 

I

 

Les Heures, ignorant le sommeil, veillent sur mon repos,

 

Que de larges rideaux ouvrés d’étoiles d’or

 

Abritent du grand clair de lune qui règne dans les cieux,

 

Ecartant de mes yeux obscurcis les rêves agités, -

 

M’éveillent quand leur Mère, l’Aube grise,

 

Les prévient que les rêves et la lune ont fui.

 

 

 

II

 

Alors je me lève, et gravissant le dôme bleu du Ciel,

 

Je parcours les montagnes et les flots,

 

Laissant tomber ma robe sur l’écume des mers ;

 

Mes pas sèment le feu parmi les nuages ; les cavernes

 

S’emplissent de ma lumineuse présence ; et l’air

 

Laisse la verte Terre nue sous mes baisers.

 

 

 

III

 

Les rayons du soleil sont les dards, avec lesquels je tue

 

Le Mensonge, amoureux de la nuit, effrayé par le jour ;

 

Tous les hommes qui commettent le mal en fait ou en pensée

 

Fuient devant moi ; la splendeur de mes rayons

 

Donne une nouvelle puissance aux esprits sages et aux actes généreux,

 

Jusqu’à ce que les affaiblisse le règne de le Nuit.

 

 

 

IV

 

Je nourris les nuées, l’arc-en-ciel, et les fleurs

 

D’aériennes couleurs : la sphère de la lune

 

Et les pures étoiles en leur éternel séjour

 

Sont entourées de ma puissance comme d’un manteau ;

 

Tout flambeau qui brille sur la Terre ou dans les Cieux

 

Obéit à un seul Pouvoir, qui est le mien.

 

 

 

V

 

A la cime du Ciel, je me dresse à midi,

 

Puis, d’un pas nonchalant, je descends rejoindre

 

Les nuages du soir sur la mer Atlantique ;

 

Chagrins de mon départ, ils s’assombrissent et pleurent :

 

Qu’est-il de plus délicieux que le sourire

 

Dont, des îles du couchant, je les console alors ?

 

 

 

VI

 

Je suis l’œil avec lequel l’Univers

 

Se contemple, et se voit Divin :

 

Toute harmonie, musique ou poésie,

 

Toute prophétie, toute médecine sont miennes.

 

Toute lumière dans l’art ou la nature ; -

 

A mes chants, toute victoire et toute louange appartiennent de droit.

 

 

 

 

 

 

Traduit de l’anglais par Madeleine-Louis Cazamian

 

In, Shelley : « Poèmes »

 

AUBIER Editions Montaigne, 1960

 

Du même auteur : 

 

 « Il y eut une créature… » (24/12/2014)

 

L’Île / The Isle (09/09/2017) 

 

Cimetière un soir d’été / A summer evening churchyard (12/04/2024)

 

Orphée / Orpheus (12/04/2025)

 

 

Hymn of Apollo

 

 

I.


The sleepless Hours who watch me as I lie,


     Curtained with star-inwoven tapestries,


From the broad moonlight of the sky,


     Fanning the busy dreams from my dim eyes,--


Waken me when their Mother, the gray Dawn,


Tells them that dreams and that the moon is gone.

 

 



II.


Then I arise, and climbing Heaven's blue dome,


     I walk over the mountains and the waves,


Leaving my robe upon the ocean foam;


     My footsteps pave the clouds with fire; the caves


Are filled with my bright presence, and the air


Leaves the green Earth to my embraces bare.

 

 



III.


The sunbeams are my shafts, with which I kill


     Deceit, that loves the night and fears the day;


All men who do or even imagine ill


     Fly me, and from the glory of my ray


Good minds and open actions take new might,


Until diminished by the reign of Night.

 

 



IV.


I feed the clouds, the rainbows, and the flowers,


     With their ethereal colors; the Moon's globe,


And the pure stars in their eternal bowers,


     Are cinctured with my power as with a robe;


Whatever lamps on Earth or Heaven may shine,


Are portions of one power, which is mine.

 

 



V.


I stand at noon upon the peak of Heaven;


     Then with unwilling steps I wander down


Into the clouds of the Atlantic even;


     For grief that I depart they weep and frown:


What look is more delightful than the smile


With which I soothe them from the western isle?

 

 



VI.


I am the eye with which the Universe


     Beholds itself, and knows it is divine;


All harmony of instrument or verse,


     All prophecy, all medicine, is mine,


All light of art or nature; - to my song


Victory and praise in its own right belong.

 

                                                                                             1820

Poème précédent en anglais :

 

Jack Kerouac : Mexico city blues (103 – 108ème Chorus) / 103– 108th Chorus) (27/03/2026

11 avril 2026

Ella Yevtouchenko / Елла Юхимівна Євтушенко (1996 -) : Rêve au petit matin

 

 

 

 

Rêve au petit matin

 

 

 

le chat vient nous déranger, et la neige commence à tomber

 

comme si nous lui manquions

 

elle saute sur notre balcon, s’allonge sur le seuil

 

et s’endort d’un air rêveur, comme un lac qui gèle

 

 

 

la neige vient nous déranger, mais nous lui sourions

 

elle fond comme un rêve au petit matin

 

nous glissons, deux couleuvres, dans le limon laiteux du brouillard

 

la lune blanche – une gousse d’ail – dans le clapotement de l’eau

 

 

 

décembre vient nous déranger, mais nous

 

ne craignons pas son cristal froid

 

le chat s’est calmé, ainsi que la neige

 

écoute, l’hiver chante que je t’aime

 

 

 

 

 

Traduit de l’ukrainien par Ella Yevtouchenko et Bruno Doucey

 


In, Ella Yevtouchenko : « Au cœur de la maison »

 


Editions Bruno Doucey, 2023  

 

De la même autrice :

 

 Un aujourd’hui sans fin (11/04/2024)

 

Seule face aux ténèbres (11/04/2025)

10 avril 2026

Jacques Réda (1929 - 2024) : Transfert

 

 

 

 

Transfert

 

 

 

Maintenant je sors à nouveau d'une maison du temps.

 

Faire autrement je ne peux pas, non, il faut que je sorte.

 

À peine avait-il refermé tout doucement la porte

 

(Il y avait des fleurs, il y avait du feu pourtant)

 

Je l'ai vu qui me souriait derrière la fenêtre.

 

J'ai tiré les petits rideaux sensibles — rouge et banc.

 

Dehors aussi des fleurs et du feu : neige et ciel. Peut-être

 

Que nous aurions pu vivre là quelques heures, le temps

 

Et moi, sans rien dire, pour mieux apprendre à nous connaître.

 

Mais il n'entre jamais. Il bâtit sans cesse en avant.

 

Je l'entends de l'autre côté des collines qui frappe.

 

Qui m'appelle, et je ne dois pas le laisser un instant,

 

Mais le suivre, le consoler d'étape en étape.

 

Et tantôt je ne touche rien dans les maisons du temps,

 

Ou juste un pli qui se reforme au milieu de la nappe,

 

Tantôt vous comprenez c'est plus fort que moi, je descends

 

Tout à grands coups de pied dans cette saloperie,

 

Et si quelqu'un se lève alors des décombres et crie

 

(Parfois on dirait une femme, et parfois un enfant)

 

Je m'en vais sans tourner la tête, car on m'attend.

 

 

 

 

Récitatif

 

Editions Gallimard, 1970

 

Du même auteur :

 

Elégie de la petite gare (10/04/2015) Aux environs (10/04/2015) 

 

Aux environs (10/04/16)


 Pluie du matin (10/04/2017)

 

« Quand montant de la porte d’Orléans… » (10/04/2018)

 

Oraison du matin (10/04/2019)

 

Le soir, rue de la Duée (10/04/2020)

 

L’aurore hésite (10/04/2021)

 

Lettre à Marie (10/04/2022)

 

La pente (10/04/2023)

 

Un paradis d’oiseaux (10/04/2024)

 

Ligne 223 (10/04/2025)

9 avril 2026

Pierre Reverdy (1889 – 1960) : Sentinelle

 

 

 

 

Sentinelle

 

 

La cheminée garde le toit

 

Comme le sommet la montagne

 

Le ciel passe derrière et le nuage bas

 

Contre l’œil qui regarde 

 

          Minuit

 

Il reste au fond de l’air encore un peu de bruit

 

Une sourde chanson qui monte

 

Ce qu’on entend est plus joli

 

Les yeux se ferment 

 

                    On pourrait mourir

 

 

 

      Le reste n’a pas pu sortir

 

A cause de la peur on referme la porte 

 

   Cette émotion était trop forte

 

La lueur qui baisse et remonte  

 

       On dirait un sein qui bat

 

 

 

Plupart du temps

 

Editions Gallimard, 1945

 

 

Du même auteur :


Cran d’arrêt (12/06/2014)

 

ard dans la vie (13/11/2014)


Chemin tournant (09/04/2016)


Tendresse (09/04/2017)


Arc-en-ciel (09/04/2018)


 « La neige tombe... » (09/04/2019)


Mémoire (09/04/2020)


Trois poèmes (09/04/2021)


Critique synthétique (09/04/2022)


Jour éclatant (09/04/2023)


Ce souvenir (09/04/2024)

 

De la pierre à l’eau (09/04/2025)

 

 

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