Andrea Zanzotto (1921 – 2011) : (POUR QUE) (CROISSE) / (PERCHÉ) (CRESCA)
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(dessin de Paolo Steffan - 2009).
(POUR QUE) (CROISSE)
Pour que croisse l’obscur
pour que soit juste l’obscur
pour que, un à un, des arbres
et des ramifications et des feuillaisons d’obscur
il vienne plus obscur –
pour que de nous tout vienne mettre bas dans l’ombre
de sorte que donner et avoir arbre le plus sombre
se rendent à d’uniques racines – surgis
sombre dans la morsure – parmi les arbres – surgis
menace nocturne, fumée menaçante :
du non arborescent par trop grande luxuriance,
viens, pentes déjà montées sur des pentes, l’obscur,
viens frondaisons tombées montées sur des frondaisons, l’obscur,
aspire-nous autant qu’il se peut dans le bien obscur dans l’obscure session,
pour te refaire dans le jeu instant après instant
de feuillage obscur en obscure filiation
Crois à l’impourvu toi : l’obscur les obscurs,
et qu’il n’y ait rien d’autres que la bouche
accidentée pire meilleure qu’une envie de consubstantiation
envie de salvation – bouche à bouche – d’obscur
Que la langue essaie agresse s’englue en obscur
nous et nous en langue-obscur
Pour que croisse et s’avère sans s’élancer
mais en s’apaisant dans son accomplissement, l’obscur,
Chaque non des arbres non des sentiers
non du tubercule conforté non des jointures des doigts
non des courbes des glissades agiles d’herbes
Pour qu’il croisse et se retrouve, se détourne en espaces
en tortures en paix en armes tendues à l’obscur –
main tendue à l’obscur, main à la belle obscure,
doigts de la main jamais las
de s’entrelier de se mouiller d’être séants à l’obscur -
Langues toujours au surcroît, au très doux excès
d’obscur agglutinées, deux qui bout de deux –
clameur, arbres, autour de l’oscur
clameur de plus en plus haute jusqu’à se dédire en obscur
jusqu’à la pacifique, la greffe criée, dans le toi, dans le moi dans l’obscur
Greffe et retours de faveur, creuset d’obscur
oh toi, greffé d’obscur en obscur, toi
prolongée retranchée de feuille en feuille / obscur
louée de fougère en fougère dans le brut dans le raffiné d’obscur
Mais tu vois et tu ne peux voir combien il est ici d’obscur
langue tu as bu et bien davantage et des sentiers et des mousses intruses
cependant tu t’assures tu t’apprêtes tu désaperçois,
tu te stratifies, légère, bénie, en l’obscur
Non-mémoire, millénaire en mille, entassés dans le fornix
sont un doigt de l’obscur, ôte-le de la bouche, fais-le jointure de doigts
ruine et répare l’obscur, ce sera ainsi un forfait et un futur
Trop de l’aine, du ventre, de glands et glandes
s’enainant en obscur, engendre des genres, pétrit du tissu glial
Se précipiter hors baise, se décoaguler, venir à portée
de tout possible obscur
Arbres possibles, arbres à eux-mêmes obscurs
jamais rassasiés jamais d’avoir accès à des multitudes
à se désorienter à orienter, intolérable levure
Fange d’obscur qui doucement fornique paît
dans les cavités où se fige de fugues (l’obscur)
Et la pluralité innombrable des modalités
de l’obscur, s’entretailler en innombrables - non deux –
d’obscurs sexes
Ici en fèces, à l’obscur, être immanent
Là en voûte, à l’obscur, s’exhaler
Possibles, arbres – Possible, obscurs, obscur.
Obscur à soi, sexuée, humilité,
outrecuidance, pitié.
(LE GALATE AU BOIS)
Traduit de l’italien par Philippe Di Meo
In, Andrea Zanzotto : « Le Galaté au Bois »
Editions La Barque, 35000 Rennes, 2023
Du même auteur :
« Tendresse. Caresse.... » / « Dolcezza. Carezza... » (01/08/2023)
Bucolique / Bucolica (31/07/2024)
Cinq sonnets / Cinque sonetti (01/08/2025)
(PERCHÉ) (CRESCA)
Perché cresca l’oscuro
perché sia giusto l’oscuro
perché, ad uno ad uno, degli alberi
e dei rameggiare e fogliare di scuro
venga più scuro –
perché tutto di noi venga a scuro figliare
così che dare ed avere più scuro
albero ad uniche radici si renda – sorgi
nella morsura scuro – tra gli alberi – sorgi
dal non arborescente per troppa fittezza
notturno incombere, fumo d’incombere;
vieni, chine già salite su chine, l’oscuro,
vieni, fronde cadute salite su fronde, l’oscuro,
succhiaci assai nel bene oscuro nel cedere oscuro,
per rifarti nel gioco istante ad istante
di fogliame oscuro in oscuro figliame
Cresci improvviso tu: l’oscuro gli oscuri:
e non ci sia d’altro che bocca
accidentata peggio meglio che voglia di consustanziazione
voglia di salvazione – bocca a bocca – d’oscuro
Lingua saggi aggredisca s’invischi in oscuro
noi e noi lingue-oscuro
Perché cresca, perché s’avveri senza avventarsi
ma placandosi nell’avventarsi, l’oscuro,
Ogni no di alberi no di sentieri
no del torto tubero no delle nocche
no di curve di scivolii lesti d’erbe
Perché cresca e si riabbia, si distolga in spazi
in strazi in paci in armi tese all’oscuro –
mano intesa all’oscuro, mano alla bella oscura,
dita di mano mai stanche
di per vincolarsi intingersi addirsi all’oscuro –
Lingue sempre al troppo, al dolcissimo soverchio
d’oscuro agglutinate, due che bolle di due –
clamore, alberi, intorno all’oscuro
clamore susù fino a disdirsi in oscuro
fino al pacifico, gridato innesto, nel te, nell’io, nell’oscuro
Innesto e ritorni di favore, fòmite oscuro
oh tu, di oscuro in oscuro innestato, tu
protratta detratta di foglia in foglia/oscuro
di felce in felce lodata nel grezzo nel rifinito d’oscuro
Ma vedi e non puoi vedere quanto è d’oscuro qui dentro
hai bevuto lingua e molto più e sentieri e muschi intrusi
ma ti assicuri ti accingi ti disaccordi
ti stratifichi, lene, benedetta, all’oscuro
Non memoria, millenni e miglia, stivate nel fornice
sono un dito dell’oscuro, levalo alla bocca, rendilo nocca
rovina e ripara l’oscuro, così sarà furto e futuro
Troppo dell’inguine, del ventre, di ghiande e ghiandole
s’inguina in oscuro, genera generi, intridi glie
Precipitare fuori bacio, coagularsi, venire a portata
d’ogni possibile oscuro
Possibili alberi, alberi a se stessi oscuri
mai sazi ma d’accedere a frotte
a disorientarsi a orientare, lievito intollerabile
Limo d’oscuro che dolce fòrnica pascola
nei fornici dove s’aggruma di fughe (l’oscuro)
E pluralità innumerabile di modalità
dell’oscuro, secarsi in innumerevoli – non due –
d’oscuro sessi
Qui in freccia, all’oscuro, immanere
Là in volta, al’oscuro, esalarsi
Possibile, alberi – Possibile, oscuri, oscuro,
Oscuro ha sé, sessuata, umiltà,
tracotanza, pietà.
Il Galateo in Bosco
Arnoldo Mondadori Editore, Milano, 1986
Poème précédent en italien :
Alfonso Gatto : Amour / Amore (31/07/2026)
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