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Le bar à poèmes

23 septembre 2026

Jean Mambrino (1923 – 2012) : Dans la distance, la profusion

 

 

 

 

Dans la distance, la profusion

 

 

 

SÎMORGH

 

L’altitude

 

longue et lisse

 

sous la main

 

 

 

L’insondable

 

jaillissant

 

jusqu’aux lèvres

 

 

 

L’horizon

 

esserré

 

dans les bras.

 

 

 

Mais ce point

 

hors du soi

 

où ne passent

 

 

 

Ni le Temps ni le Sable ?

 

 

 

INFIMUS INFIMI

 

 

 

Ce point en toi

 

qui respire

 

qui souffre et jouit

 

qui voit

 

 

 

enfoui

 

dans l’eau de la chair

 

la glaise du corps

 

où il s’abrite

 

 

 

perdu parmi

 

l’abîme étoilé

 

des cellules

 

en chacune en nulle

 

 

 

glissant à travers

 

la vie la mort

 

l’avenir

 

déjà passé

 

 

 

pour le contenir

 

seule est assez petite

 

l’éternité.

 

 

 

LE FEU EST AU VERT

 

Un temps à côté

d’un autre temps.

 

La libellule

sur l’étang

joue avec le feu.

 

Le nouveau- né

voit tous ces yeux.

 

Un même présent

circule

dans les divers corps.

 

Le vif saisit le mort

tout le temps.

 

DEUXIÈME GENÈSE

 

 

 

Pourquoi le sang

 

coule-t-il noir ?

 

 

 

Chaque élément

 

a-t-il un soir ?

 

 

 

Et chaque corps

 

une autre image ?

 

 

 

Un seul passage

 

qu’on ne peut voir ?

 

 

 

L’or du visage

 

toujours sanglant ?

 

 

 

Ainsi le soir

 

serait l’aurore ?

 

 

 

L’IMPROBABLE

 

 

 

Une plume entre

 

en voltigeant

 

par les barreaux

 

de la prison.

 

 

 

Une plume blanche

 

au fond de l’ombre

 

s’est posée.

 

 

 

Parmi toutes les pensées

 

du monde

 

d’où vient cette intention

 

de l’oiseau

 

 

 

et du vent ?

 

 

A CLAIRE VOIE

 

 

 

Ce que tu vois

 

s’échappe.

 

 

 

Ton regard ouvre

 

 une trappe

 

 

 

Où çà

 

s’égare ?

 

 

 

LE COMMERCE ADMIRABLE 

 

  

 

Dans la distance

 

la profusion .

 

 

 

es arbres s’échangent

 

et les regards.

 

 

 

Les lèvres façonnent

 

leur béance.

 

 

 

Les failles les hasards

 

sont communion.

 

 

 

Le sans-don se donne

 

à notre absence.

 

 

 

RËVE

 

Une forme aimée

 

est assise

 

sur tes pieds

 

quand tu dors.

 

 

 

Sans poids

 

et ombreusement présente

 

en sa distance.

 

 

 

Elle te voit

 

allongé

 

dans une mort vivante.

 

 

 

Et tu écris

 

sans fin sans effort

 

sans toi

 

transmuant la vie

 

 

 

en silence.

 

 

 

DIES NATALIS

 

 

 

L’eau qui vit entoure

 

tes mains de lumière

 

détache la terre

 

collant à tes doigts.

 

 

 

Penche-toi plus bas

 

et applique encore

 

le manque d’eau pure

 

sur tes yeux brûlés.

 

 

 

Mais n’oublie jamais

 

que cette poussière

 

sera le dernier

 

pollen de ton corps.

 

 

 

QÂF

 

 

 

L’attente s’achève.

 

 

 

Marche vers le mur

 

de l’horizon

 

traverse le mur

 

en aveugle

 

écartant les branches

 

de tes mains qui rôdent

 

 

 

pendant que lentement

 

s’élève

 

derrière toute vision

 

comme un buisson d’aigles

 

au-dessus du couchant

 

 

 

la montagne d’émeraude.

 

 

 

 

 

 

 

ainsi ruse le mystère

 

Editions José Corti, 1983

 

Du même auteur : 


Il suffit d’un rien ((26/11/14)


Clairière (1 – 15) (26/11/2015)


L’aube (26/11/2016)


Le point du jour (26/11/2017)


Clairière (16 – 30) (26/11/2018)


Clairière (31- 40) (26/11/2019)


Clairière (41- 48) (26/11/2020)


Clairière (49 - 55) (26/11/2021)


Clairière (56 - 64) (26/11/2022)


Clairière (65 - 70) (26/11/2023)

 

La chair de ce lézard (23/09/2025)

22 septembre 2026

Olivier de Magny (1529 – 1561) : « Sur le bord d’un beau fleuve... »

 

 

 

 

     Sur le bord d’un beau fleuve Amour avait tendu


Un filet d’or tissu d’un excellent ouvrage,


Et là tout seul assis il semblait qu’au passage


Il eut quelque gibier longuement attendu.

 


 
     J’étais franc et dispos, mais trop mal entendu,


Et mon cœur s’égayait, mal caut (*) par le rivage,


Quand je le sentis prendre et réduire en servage,


Et tout soudain Amour l’emmener éperdu.

 


 
     Cette belle clarté qui le soleil efface


Reluisait à l’entour, et la main qui surpasse


L’ivoire de blancheur, tenait ce rets ainsi.

 


 
     Ainsi donc je fus pris, et rempli d’espérance,


De plaisir, de bonheur, et de persévérance :

En si belle prison je demande merci.

 

 

(*) mal avisé

 

Du même auteur : 


De l’absence de s’amie (18/06/2015)


Sonnet à Mesme (18/06/2016)


« Gordes, que ferons-nous ? » (18/06/2017)


Au Roi (18/06/2018)


« Je cherche paix... » (18/06/2019) 

 

« Tandis que je me plains... » (22/09/2025)

21 septembre 2026

Ruy Belo (1933 – 1938) : Vat 69

 

 

 

Vat 69 *

 

 

 

C’était après la mort herberto helder

 

Cela faisait presque trois ans que nous étions morts

 

trois ans jour après jour défalqués sur l’horloge

 

du clocher qui nous recouvrit l’enfance d’ombre :

 

cerceaux sur le parvis – volte du papillon qui se jette dans l’air –

 

partie de billes de cartes (bataille !) pierres qu’on jette

 

sur les têtes sur les nids sur les vitres

 

Ce fut quand commença en vrai et pour de bon

 

la conspiration des lichens des cheveux des fougères

 

dans cette source où nous trempions nos jeunes pieds

 

et tirions des portraits pour mourir à nouveau

 

Nos enfants – nous à nouveau enfants –

 

mangeaient aimaient les oranges ces mêmes fruits

 

mordus jadis quand arrivaient les fêtes de noël

 

dans le jardin que les mains les plus grandes ont bien après laissé abandonné

 

C’était au sortir de la mort ô mon poète

 

l’enfance finissait on festoyait et dans l’entrée

 

nous pensions à la mort – plus jamais – pour la première fois

 

Nous croquions nous sentions des pommes sur le mur dominant la plage

 

nous volions la bassine ou emboîtions le pas de l’homme buissonnier

 

Temps des vacances temps de mer nous allions à la messe

 

la clochette sonnait et l’abbé se tournait vers nous

 

- orate fratres - ou nous allions au cimetière malgré le chichiteux

 

C’était après la mort sur l’enfance si plane

 

le premier noël l’odeur du journal

 

qu’on lit dans la cave ou dans le fournil

 

assis pensifs sur une terre humide

 

C’était l’enfance le soleil tombait quand l’eau coulait

 

entre les pieds de haricots et les trous de taupes

 

écrasés vite faits à coups de bottes

 

le vent soufflait et on venait vanner sur l’aire

 

le chien mangeait la tarte mourait sous le figuier

 

aurait enterrement sépulture croix et beaucoup de fleurs

 

il y avait des mariages mon père parlait

 

des charrettes les épousés nous lançaient des dragées

 

Et les registres mystère temps de la grossesse

 

C’était peut-être l’automne l’asthme était là

 

c’était la fête de l’olive et c’étaient les fritures

 

le dimanche il y avait les ivrognes étendus dans les rues

 

il y avait tant de choses l’automne il y avait cristovam pavia (1)

 

les barques naviguaient parmi la vigne

 

et l’ombre s’étalait le soir devenait dense

 

dans le blanc d’un brouillard cotonneux et compact

 

nuits aux chandelles ombres aux murs

 

et ma mère prenait la carabine allait à la fenêtre

 

on entendait le plomb sur la toiture au loin

 

Leovigildo (2) et marcolino la cache de miguel

 

la sieste le sarclage des femmes

 

la chute du bizarre exposé dans l’église

 

cela et le repas de midi qui n’était pas bon

 

quand on venait de l’école pour savoir des significations

 

C’étaient les adieux aux lapins et aux poules avant les voyages

 

C’étaient les fêtes le vol des melons

 

et la menstruation occulte de la bonne

 

C’était par temps peut-être de tourmentes

 

il y avait du fer sous la paille sous la poule

 

qui couvait ses œufs dans un vieux panier

 

c’étaient nos maisons de galets

 

c’était le carnaval les bals les processions

 

Nous allions à la plage je lisais camilo (3)

 

J’entendais battre la mer et ne pouvais comprendre

 

comment elle se trouvait là si elle avait été ailleurs

 

C’était le temps des premières amours

 

je voyais le paon m’alitais et ne lisais que bien plus tard

 

la partie qui me revenait parmi les filles bien aimées

 

La maison ne se trouvait pas très éloignées des montagnes

 

il n’y avait pas la ville et puis les autres

 

ne mettaient pas encore en cause mon royaume de dieu

 

seigneur de tout ce que je n’ai pas eu après

 

C’était après la mort ou était-ce avant la mort ?

 

Mais il y aurait la mort en vrai et pour de bon ?

 

Je lisais paul et virginie je pleurais je me demandais

 

si tout cela s’était passé

 

C’était mon père ce rêveur incorrigible

 

ne sachant plus que faire de ses jours

 

C’étaient les feuilles neuves et c’étaient les perdreaux

 

hardis mais à peine sortis de leur coquille

 

C’était oui c’était tellement de choses

 

Ce serait réellement après la mort herberto helder

 

 

 

 

* VAT 69 est une marque de whisky mais le titre joue aussi avec vate, du latin classique vates :

 

devin, augure, poète, prophète. Ce poème, écrit en 1969, est une réponse à celui d’Herberto

 

Helder, Canção despovoada (Chanson dépeuplée), qui commence ainsi : « En un temps

 

reposant sur de la soie, une femme immergée chantait le paradis. C’était après la mort. »

 

 

(1) poète portugais (1933 – 1968)

 

(2) Leovigildo et Marcolino :  prénoms surannés et provinciaux, voire campagnards

 

(3) Camilo Castelo Branco (1825 – 1890) ; auteur dominant de la deuxième génération romantique

 

au Portugal, souvent désigné par son prénom.

 

 

 

 

Traduit du portugais par Patrick Quillier


in, « Anthologie de la poésie portugaise contemporaine, 1935 – 2000 »


Editions Gallimard (Poésie), 2003

 

 

 

Vat 69

 

 

 

C’était après la mort herberto helder

 

Cela allait faire trois ans que nous étions morts

 

trois ans jour pour jour décomptés sur l’horloge

 

de la tour qui ombragea notre enfance :

 

les rondes sur le parvis – les comptines dansées –

 

jouer aux billes au trente-et-un les cailloux lancés

 

sur les têtes sur les nids les carreaux

 

C’est à cette époque-là que remonte vraiment

 

la conspiration des lichens des cheveux et des fougères

 

dans le ru où nous trempions nos jeunes pieds

 

et prenions des photos pour mourir encore une fois

 

Nos enfants – nous-mêmes redevenus petits –

 

se régalaient d’oranges de ces mêmes oranges

 

où nous mordions jadis au moment des vacances de noël

 

dans le jardin que des mains grandies laisseraient plus tard à l’abandon

 

C’était juste après la mort ô mon poète

 

c’était dans l’enfance il y avait une fête et dans l’entrée

 

nous songions à la mort – jamais plus – pour la première fois

 

Nous croquions sentions des pommes sur le mur au-dessus de la plage

 

nous volions le seau ou bien nous suivions l’homme aux marionnettes

 

C’était pendant les vacances il y avait la mer et nous allions à la messe

 

nous entendions la clochette le prêtre se tournait vers nous

 

- orate fratres - ou alors nous allions au cimetière malgré les avertissements de

 

     catitinha (1)

 

C’était après la mort sur l’enfance lisse

 

le premier noël l’odeur du journal

 

lu dans le cellier ou le fournil

 

assis pensifs sur la terre battue humide

 

C’était dans l’enfance le soleil tombait pendant que l’eau ruisselait

 

entre les pieds de haricots et les taupinières

 

aussitôt piétinées sous les bottes

 

le vent soufflait et on allait sur l’aire de battage

 

le chien mangeait le gâteau et mourait sous le figuier

 

il aura sa tombe un enterrement une croix beaucoup de fleurs

 

Il y avait des mariages mon père parlait

 

et les mariés sur leur calèche nous lançaient des dragées

 

Et les registres mystère temps de la grossesse

 

C’était peut-être à l’automne l’asthme était là

 

il y avait la fête de l’olive les fritures

 

le dimanche il y avait des ivrognes étalés dans les rues

 

il y avait tant de choses en automne il y avait cristovam pavia

 

C’était le printemps le fleuve montait impétueux

 

les barques naviguaient au milieu des vignes

 

et l’ombre s’gagnait le soir s’épaississait

 

dans un brouillard dense de coton blanc

 

nuit aux chandelles ombres aux murs

 

et ma mère prenait le fusil allait à la fenêtre

 

on entendait le plomb sur le toit au loin

 

Leovigild et marcolin la propriété de miguel

 

la sieste des femmes qui binent

 

la chute du bizarre exposé dans l’église

 

çà et le mauvais déjeuner

 

quand on venait de l’école pour apprendre des significations

 

C’était l’adieu aux lapins et aux poules avant les voyages

 

C’étaient les fêtes et les melons qu’on volait

 

c’étaient les menstrues occultes de la bonne

 

C’était peut-être par des temps de grands orages

 

il y avait du fer dans la paille sous la poule

 

qui couvait ses œufs dans un vieux panier

 

c’était nos maisons en adobe

 

c’était le carnaval les bals les processions

 

Nous allions à la plage je lisais camilo

 

J’entendais battre la mer sans parvenir à comprendre

 

comment elle pouvait être là si elle avait été ailleurs

 

C’était le temps des premières amours

 

je voyais le paon je tombais malade et c’est seulement bien plus tard que je lisais

 

la réplique que j’aurais dû dire aux jeunes filles aimées

 

La maison n’était pas très loin des montagnes

 

la ville n’existait pas et les autres

 

ne mettaient pas encore en doute mon royaume de dieu

 

seigneur de tout ce qu’après je n’ai pas eu

 

Etait-ce après la mort ou bien avant la mort ?

 

Mais la mort existait-elle vraiment ? 

 

Je lisais paul et virginie pleurais en demandant

 

si tout cela avait bien eu lieu

 

C’était mon père c’était ce rêveur incorrigible

 

qui finit par ne plus savoir ce qu’il ferait de ses journées

 

C’étaient les feuilles nouvelles c’étaient les perdreaux

 

à peine sortis de l’oeuf

 

C’était c’était tant de choses

 

Etait-ce vraiment après la mort herberto helder

 

 

 

(1) Durant près d’un demi-siècle entre 1910 et 1960, Antóniojoaquim Ferreira dit « Catitinha »

 

 (le petiot) arpenta les plages et les villes balnéaires du nord de Lisbonne, pour que les enfants

 

puissent traverser sans danger.

 

 

 

Traduit du portugais par Max de Carvalho

 

In, « La poésie du Portugal des origines au XXéme siècle »

 

Editions Chandeigne, 2021

 

 

Du même auteur : Mort à midi / Morte ao meio-dia (21/09/2025)

 

 

 

 

 

20 septembre 2026

Bai Pu / 白朴 (1226 - après 1306) : Le pêcheur

 

 

 

 

Le pêcheur

 

 

 

Près de la rive aux roseaux jaunes, blanche absinthe au passage de la rivière,

 

A la digue aux peupliers verts, des renouées aux fleurs rosées sont sur la grève.

 

Ce ne sont point amis pour lesquels on se ferait couper le cou,

 

Mis néanmoins bons compagnons droits et sans artifice,

 

Qu’aigrette blanche et mouette des sables que l’on trouve, çà et là dispersées,

 

     sur le fleuve d’automne.

 

De quelle hauteur il les domine, les grands du monde régnant sur les hommes,

 

Lui, le vieux pêcheur qui ne sait pas lire, et dont le domaine est celui des

 

     brumes et des flots !

 

 

 

 

 

Traduit du chinois par Rainier Lanselle

 


in « Anthologie de la poésie chinoise »

 


Editions Gallimard (La Pléiade), 2015

 

 

Du même auteur :

 

 Les quatre saisons : automne (20/09/2024)

 

Soir de soleil rouge (20/09/2025)

 

19 septembre 2026

Luigi Capelli (1914 – 2002) : Soir au Lido / Sera al lido

 

 

 

 

 

Soir au Lido

 

 

 

Et un autre soir encore

 

naufragés insouciants

 

le flot nous soulève vers ce rivage

 

où le lac finit

 

dans une obscure flaque de silence.

 

 

 

Demain nous détacherons de nouveau

 

notre barque de l’ancrage et notre geste

 

se fera sans tremblement,

 

sans frémissement d’anxiété, ce sera encore

 

le geste de qui sait bien

 

que c’est un jeu et que le soir,

 

sans avoir franchi le promontoire,

 

il tournera sa proue

 

vers cette obscure piste de ciment

 

où l’on attend le vent

 

en buvant – sans soif – une bière amère.

 

 

 

 

Traduit de l’italien par Geneviève Burckhardt

 

In, « Italie poétique contemporaine »

 

Editions du Dauphin, 1968

 

 

 

 

Sera al Lido

 

 

 

E ancora un’altra sera

 

naufraghi spensierati a questa riva

 

il fiotto ci solleva

 

dove il lago finisce

 

in nuna nera pozza di silenzio

 

 

 

Domani scioglieremo

 

dall’ormeggio in barca ancora e il gesto

 

sarà senza un sussulto,

 

senza un fremito d’ansia, sarà ancora

 

il gesto di chi sa

 

che è per celia, che a sera

 

senza avere passato il promontorio

 

rivolgerà la prua

 

a questa buía pista di cemento

 

dove si aspetta il vento

 

bevendo birra amara senza sete.

 

 

 

 

 

Perché alla vita

 

Cappelli editore, Bologna, 1958

 

 

Poème précédent en italien :

Andrea Zanzotto (1921 – 2011) : (POUR QUE)   (CROISSE) / (PERCHÉ)  (CRESCA)  (01/08/2026) 

18 septembre 2026

Abdellatif Laâbi (1942 -) : Pourquoi cette feuille ?

 

 

 

Pourquoi cette feuille?

 

 


À un détail près


le monde n’a pas changé


en si peu de temps


À un détail près


ce matin est une réplique


grisaille à l’appui


du précédent


À un détail près


le poids écrasant la poitrine


ne s’est pas allégé d’un iota


À un détail près


l’on se sent toujours vivant


un peu plus


un peu moins


Le même équilibre


fragile ou non


À un détail près


celui de cette petite question entêtante :


Pourquoi cette feuille


ni plus jaune ni plus verte que les autres


est-elle tombée de l’arbre ?

 

 

 

 

Ecris la vie


Editions de la différence, 2005


Du même auteur

:
« Emmurée… » (12/04/2015)


 « Je m’en irai… »  (12/04/2016)


« Tu te souviens… » (12/04/2017)


Deux heures de train (12/04/2018)


J’aurai aimé t’emprunter tes yeux (12/04/2019)


« Ma femme aimée... » (12/04/2020)


Une maison là-bas (18/09/2023)


Ruses de vivant (18/09/2024)

 

Les signes sont là (18/09/2025)

17 septembre 2026

Emilienne Kerhoas (1925 – 2018) : Saint Cadou

 

 

 

Saint Cadou

 

 

 

La mer houleuse des pins

 

a bercé ma détresse

 

ô mon pays sauvage et solitaire

 

note oubliée par le chant des collines pures

 

 

 

pays sauvage

 

fruit âpre

 

au goût de solitude et de vent

 

adossée à la montagne

 

gardienne de mon troupeau

 

je vis

 

prisonnière de la ronde enfantine

 

qui conjugue gaiement le présent

 

 

 

nos mains caressent

 

la bête douce de l’horizon

 

au pelage d’eau et de soleil

 

le ciel se déroule

 

sous nos doigts légers

 

 

 

 

la mer des collines déferle

 

notre tendresse au creux de la vague

 

palpite

 

comme une étoile

 

 

 

plus tard lorsque vous serez grands

 

enfants

 

nous irons regarder derrière la colline.

 

 

 

 

 

Saint Cadou

 

Edition « Les Nouveaux cahiers de jeunesse »

 

33000 Bordeaux, 1957

16 septembre 2026

Fernand Verhesen (1913 – 2009) : « Refaire l’espace... »

 

 

 

 

Refaire l’espace

 

autour de ce centre

 

Etre un lieu sans parois

 

sang visible

 

Etendre

 

Etendre les mains

 

            sur l’herbe

 

définir le chemin

 

            le plus lisse

 

Chaque matin s’ouvre le silence

 

une seule source régit

 

            toute parole

 

Qui es-tu qui suis-je

 

hormis ce visage qui nous unit

 

Tu t’éveilles à peine

 

et chasses lentement un cri

 

Déjà la lumière éblouit cette île

 

encore tremblante sous le vent

 

 

 

 

In, Revue « Poésie 1, N° 34, Novembre-Décembre 1973 »

 

Librairie Saint-Germain-des-Prés, 1973

 

Du même auteur : 


Eclosion de l’aube (13/09/2021)


« Ici / la nuit blanchit... » (13/09/2022)


« Te voici dans l’air bleu... » (13/09/2023)


« Je n’ai qu’un visage... » (13/09/2024)

 

« J’ai vu de près... » (16/09/2025)

15 septembre 2026

José Herrera Petere (1909 – 1977) : « O poètes sans terre... » / « ! Oh poetas sin tierra... »

 

Foto: acerodemadridpetere.wordpress.com

 

 

 

O poètes sans terre comme moi condamnés

 

à griffer leurs mots dans les rocs

 

au rouge crépuscules des journées de fatigue,

 

durs rocs sanglants où les mains apparaissent

 

qui voudraient voir et se hissent et défaillent.

 

Poètes traqués contre le marbre noir ;

 

contre le mur d’une banque de glace !

 

 

 

L’argent bleu mugit comme les noirs taureaux

 

de l’hiver tapi dans les pentes nord,

 

murmure la gorge tremblante

 

de la poésie au désert

 

contre le vert-de-gris

 

des heures stagnantes,

 

voix sur la vase d‘eau douce

 

tu nous dis que l’histoire continue

 

de l’Arve jusqu’à la mer

 

et de l’Arve à Tolède.

 

 

 

 

Traduit de l’espagnol par Willy Borgeaud et Charles Mouchet

 

in, «Ressac, Anthologie jeune poésie »

 

Régis Dupont éditeur, Genève, 1980

 

 


Du même auteur :

 

Arbres / Arboles (23/08/2018)

 

Le voyage secret (15/08/2025)

 

 

 

! Oh Poetas sin tierra como yo condenados

 

A arañar sus palabras en las rocas

 

Del rojo anochecher de dias cansados,

 

Duras sangrientas rocas donde hay manos

 

Que quieren ver y no llegan al borde !

 

! Poetas perseguidos contra el muro

 

De marmol negro de un helado banco !

 

 

 

Brama el dinero azul, los toros negros

 

Del invierno escondido en las umbrías,

 

Y temblando murmuran las gargantas

 

De la poesia en desierto

 

De la poesia contra el cardenillo

 

De las horas paradas,

 

Y sobre el cieno  de las aguas dulces

 

Nos dice que la Historia continúa

 

Del Arve al mar

 

Del Arce hasta Toledo.

 

 

Poème précédent en espagnol :

 

Juan de Timoneda  : « Puisque le temps est venu... » / « Pues el tiempo se me pasa... » (27/08/2026)

14 septembre 2026

Charles Ngandé (1934 -) : Quand la Paix reviendra

 

 

 

 

Quand la Paix reviendra

 

 

 

Quand la Paix reviendra

 

Mon homme reviendra

 

Retourner la Terre endormie

 

Et les bouches reluiront d’huile de karité

 

Et les tisons rallumeront le foyer qui se meurt.

 

Je m’assoirai le soir

 

Sur le front des nénuphars

 

Sur trois lunes trois fois

 

Aveugle...

 

Alors l’Araignée me prêtera son dos

 

Et je danserai très haut

 

Jusqu’à la barbe du soleil

 

Qui brille à travers un jour de pluie,

 

Quand la Mère Eléphant

 

Travaille

 

Un peuple d’Eléphant

 

 

 

 

Neuf poètes camerounais

 

Editions Abbia-Clé, Yaoudé (Cameroun), 1965

 

 

Du même auteur :

 

 Indépendance (08/12/2014)

 

Nous partirons (14/09/2025)

Le bar à poèmes
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