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Dominique Sorrente FDN 2020
Oiseau passeur
I
Porter l’entaille au cristal arrogant du concept.
*
Dans la tourmente,
garde toujours près de toi une queue de sirène,
*
Parti en quête d’un travail de fourmi. Tu verras
comme le monde est minutieux.
*
Prendre ses distances d’avec l’inexistant,
en jouant soigneusement aux billes.
*
Parole du très-bas de passage :
chaque jour est un acte manqué qui s’ignore.
*
A mi-chemin, ne demande plus rien à la lumière ;
elle captiverait ton pas.
*
L’appui du rêve : lentement comme pour nous rejoindre,
il amasse ses chants autour de nous. Puis il devient le cri qui
heurte.
*
Cette ligne en discontinu que je poursuis,
tantôt cassé, tantôt liant.
Qui, de nouveau ?
II
C’est de nuit que tisse l’inconnue ;
les passages se laissent prendre au réveil.
*
Sagesse de ces nations-là :
l’aube affranchit l’oiseau,
le soleil, deuxième arrivant,
le rend siffleur.
*
Qi n’est ni de roseau ni d’infini,
mais glisse à leurs côtés
et sans prendre parti,
la bouche rendue autre.
Souffle nomade.
*
Liesse qui tousse,
monstre qui fume :
aucune affaire pliée d’avance.
Sur ses cinq lettres à l’esprit caché,
on dit que le repos,
lui-même un jour,
trouva repos.
*
Celui qui parle et ne sait rien.
Celui qui sait et ne dit rien.
Chacun son tour invente le monde,
clignant de l’œil.
Et le rien n’en pense pas moins.
*
On ne demande pas à un arbre, fût-il bien élevé,
de compter ses branches.
N’arrête pas les étoffes du feu. Fais-en des chamanes
pour lâcher les paroles dan l’osier du jour.
III
La prière de cette aube
a le parfum du bois coupé.
Celle de demain, peut-être,
goûtera la braise a ta bouche.
Plus tard, elle se fera
hache ou flamme bleue
ou quoi encore ?
Prière aux visages traversiers.
Imprévisible pointe.
*
Entre l’humeur chaleureuse du clown,
la sainte folie du baiser
et la lente sagesse des arbres,
n’hésite pas un seul instant.
Choisis les trois.
Bois, ami, et sois fertile ;
ne prends pas masque
comme l’hypocrite
qui ne sait plus la forme même de son visage.
*
De quel arbre es-tu fait ?
De quel bois te chauffes-tu ?
Ainsi palabrent les écorces des hommes
sans voir que c’est la même sève
d’étrangère nue
qui les fait vivre.
*
Le naufrage du vent,
l’abandonné des flammes,
l’emporté de la pluie,
l’englouti de la terre.
Tant de noms désertés par l’acier de ta ville
pour apprendre à épeler
ce à quoi parfois tu ressembles.
Un brin d’éternité
loge dans le puits sans fond.
Mais il est dit
qu’il te faudra trois jours
qui sont comme mille ans
pour le cueillir.
Souvent à la margelle attendent les trois jours.
*
Tous les hommes portent des images qui passent
et se retirent.
Heureux sont-ils
ceux qui les font tourner
sous la lanterne magique de la poésie
pour qu’elles enfantent l’autre côté du mur.
*
Les musiques qui s’en vont de nous
reviennent toujours un matin se placer
dans le milieu exact de la roue.
Ainsi le chariot du monde.
IV
Cheval qui s’éveille déjà, le rêve
sait pour de vrai.
Il traverse les parois de la chambre,
négocie d’une traite avec le paysage.
Disparu, désormais
L’heure de nous laisser
à sa leçon d’intermittence.
*
Toius les commencements
nous laissent sur leur fin.
Toutes les fins ont des humeurs de franchissement.
C’est pourquoi nous continuons
inlassablement
le désir de changer.
A présent, quitte,
dit la voix
Quatre pour la peur des ennemis du souterrain.
Quitte l’ombre vouée à sa proie.
Le premier migrateur venu,
plein ciel,
t’enseignera la point du jour.
*
A une source,
faire boire la guérisseuse
née des instances réfractaires.
Jeter une monnaie
sur le refoulement des douleurs.
C’est le premier des baumes,
dit un cri d’aigle,
avant de s’orienter dans l’ouvert.
V
au comptoir des nombres
J’ai rêvé d’un futur
qui compterait discrètement sur ses doigts
et n’arriverait pas jusqu’au bout de tous ses sentiments
cachés.
*
Entre le nom qui donne à voir
et l’ombre qui s’évertue à prolonger l’instant,
voici le nombre, seul
comme un déchiffrement qui n’a jamais eu lieu.
Seul dans son plus simple appareil. Au pays du comptage.
*
D’une vie multiple au silence soustrait,
garde par devers toi l’addition de tous tes gestes offerts.
Salue les regards divisés. Laisse la minute
du plus parfait silence
réaliser toutes ses opérations et les dissoudre.
*
Le monde, comme une terre énumérée.
Pays sous les continents,
un itinéraire poétique, 1978 – 2008
Editions M L D, 22000 Saint-Brieuc, 2009
Du même auteur
:
Lettre du passager (31/08/2019)
Citadelles et mers (31/08/2020)
L’Apparent de lumière (31/08/2021)
Ephémérides (31/08/2022)
Ballon Rouge en contre-plongée (31/08/2023)
Le dit de la neige (31/08/2024)
La combe obscure (31/08/2025)