François Rannou (1963 -) : L’Autre versant de l’ombre
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L’autre versant de l’ombre
là derrière ces fenêtres
sa langue d’écume noire
------- tu ouvres
un livre pour savoir
« perdre l’encre des toits »
tu laisses
la pluie filer vers la rivière
------- le livre a glissé de tes doigts
la nuit se pose sur tes lèvres
entre tes doigts le sable de sa voix comme
un filtre------- sa man liquide lave ton visage
derrière la fenêtre d’air de pluie
tu mimes
les gestes qu’elle ne voit pas et retournes
avec ta langue dans ta bouche la terre
ton corps est là ?
puis il y a ce passage
« à l’ombre du faucon
se dissipe dans l’air... »
et ---- plus d’images
ici
de son visage tu
ne sais que
la voix
son esprit qui vole au-dessus de toi
son œil affilé lit sur tes lèvres
et goûte le vin que tu bois
---- la terre est noire de ses dents
à toucher presque
les rives jaunes entr’aperçues
partir
le pas des nuages dans
ta respiration
une main de sable
se retire
dans le creux ------- vers le
geste arrondi de sa paume
son rêve de dune et
de galet
striés
d’ocre de bleu
sa voix dans ta voix comme
un microsillon
------ et tu trouves échouées là
les pierres noires comme du charbon
ce qu’elle a laissé pour
toi ------
à tes lèvres
l’envie de mordre dans un fruit
au cœur vif du caillou
à mesure que
tu creuses
la main s’approche du souffle elle
plonge dans l’ébène graffitis
-------- seins tendus
derrière la figure
le vase noir et dur de l’ombre contient
le geste
où perdre ton corps
et ton esprit
------- si u craches dans ta main
le souffle prend racine
la pierre noire affûte
le vent
sa main serre ta nuque
te pousse
en avant de son geste
tu
déplies son linge de nuit
au-dessus du
trou
au centre
poses
ta bouche
une femme improbable
apporte du
vin
place le poisson
vif
sous ta langue
----- s’en retourne
te laisse
le goût âcre du soleil et du vin
où tu ne peux pas voir
elle entre dans tes yeux
tire de l’ombre
sa respiration ----
sois
à l’intérieur
le rythme de ses cuisses
la palpitation de son corps
invisible
la neige dure sous tes doigts
prend tes yeux
et tu ne sais plus
quand -----
son sexe a
brûlé
ta main
----- elle t’appelait par la fenêtre
l’index porté à ses lèvres
-------
il n’y a plus de
fenêtre
la cendre de ses doigts sur
ton visage
recueille ton ombre
------- tu te colles
à terre
fais de toi un souterrain
------ qui court sans bruit
dans la neige
des caves
l’ombre des corps
se resserre
aux quatre coins
enfoncée
dans l’os
----- « et la lumière »
elle verse le vin noir
où se plante
la flèche -----
où
s’inversent
vos deux visages
les dents mâchent leur proie
------ aiguisent
une autre faim
son visage est écrit dans ta main
bois l’ocre de sa bouche
sa mémoire n’est plus
ton geste
deux trous de neige dans
son corps de neige
sa vision
prise
dans tes doigts
tu l’inventes
nue
sans images
tu prononce le
nom
--------
juste impossible
trouveras-tu
le sommeil lucide
ocre bleu
de la voix
----- le chiffre de tes songes
l’autre versant de l’ombre
L’Autre versant de l’ombre
Wigwam éditeur, 35000 Rennes, 1994
Du même auteur : Dévié parle vent (Paul Celan) (14/03/2021
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