Marie Sunahara (1958 -) : Sur les ailes

Sur les ailes
à Christiane et Jean-Claude
créateurs des Messagères du poème
L’inspiration est un arc descendant
Les mots cherchent les mains
qui trouvent les ailes
pour leur voyage de retour
L’appel vient de la chambre haute
où la lune signe ses mille noms
La lumière tisse les couleurs de la nuit
à la source du sommeil
L’ardeur quitte les seins de la nuit
elle se libère de son étreinte
- un été éternel
L’or couvre encore ses ailes
qui se souviennent des étoiles
Dans une cascade sonore
Le champ se métamorphose à l’infini
Le premier pas de la lumière
est comme l’eau
qui attendait
Quelqu’un a semé les grains du ciel
mes ailes ont poussé
Elles m’emmènent vers les plages flottantes
Tout heureux
je plane avec les ailes déployées
Je fonds dans l’azur
Les ailes effleurent des étoiles
en respirant la lumière glacée
- Sa blancheur se révèle peu à peu
à chaque vol
Les ailes brassent l’air
pour toucher le noyau du ciel
Les roucoulements du jour viennent
tout bas
Un baluchon est en train de se défaire
virevoltent
des milliers de pétales scintillants
La descente continue
Suivant l’écho de la lune
Un ange né sur terre a les ailes pliées
L’herbe enlace son orteil blanc
la fraîcheur du sol embrasse les pieds
hésitants
ses chevilles rient au printemps venu
La grâce est l’arc
que dessinent les plantes
A l’appel de la lumière
il lève le bras
La blancheur de la cheville
a l’odeur du lys
Pour arroser le monde
de son plein été
Sur le dos du cheval
je touche le contour du halo solaire
presque vibrant
Sous la pleine lune
le paysage est une page de musique
qui ne se fragmente pas
Dans la lumière verte
je suis une plume
qui s’envole
La lumière touche
comme la brise
les mains transparentes
Chaque fois que le vent fait le tour du monde
il perd sa mémoire
Un nouveau départ efface son parcours
Croire les rumeurs du vent
pour trouver l’eau saline
qui ne rouille pas l’âme
Le vent cherche un berceau dans les rêves
pour y déposer les cris du monde
Embrassés par la verdure
les yeux perdent l’azur du zénith
Les pieds oublient leur réticence
Ne pas craindre de s’alourdir
se laisser prendre par le vent
Être le rêve bleu du ciel
au pied d’un arbre
Le monde serait en soi
Une lumière tamisée
l’ombre du feuillage ruisselante
Les mains fraîches pour recueillir
l’eau de la source
La loge de verdure
sur le sommeil du rivage
Une berceuse
sur l’eau dormante
Regarder l’eau
qui ne craint pas de se déformer
Je suis un sourire
dans l’eau coulant sans cesse
L’eau apaisée
Sa résonnance est aussi bleue
que le ciel
Le bleu du rêve se retrouve à l’océan
qui teint le cœur
Devant le paysage d’eau
les yeux se souviennent
du monde lointain
L’ombre du poisson nage
aux frontières du bleu et du vert
Le souffle comme une lumière fleurie
Rassuré par son reflet sur l’eau
le ciel ne pleure plus son azur perdu
La nuit a le sommeil serein
en écoutant les contes de la terre
La terre porte des fruits
fécondés par l’éclair
Ils apprennent leur origine
en jouant avec l’air
Ils mûrissent
pour féconder la terre à son tour
A chaque orage la terre
arrache les peines
caracolant dans l’air
Pour les bercer dans ses bras
Les mains une fois guéries
par la senteur de l’herbe
Ne recherchent plus les cris
en errance
Les rais de lumière peignent la pierre
pour qu’elle chante ses souvenirs
Le lever du jour pianote sur lex sable
Le soleil peint le ciel
de son chant immémorial
Ceux qui connaissent le langage du vent
savent attendre
En se nourrissant du sable
irrigué par la lumière
Ceux qui ont offert leur âme au vent
ne vieillissent pas
Ils laissent les cheveux chamailler
en écoutant des voix secrètes
Laisse venir des oiseaux dans les bras
pour accueillir le calme du matin
Une graine tombe de leur chant
germe dans le jardin
Avoir les ailes
qui creusent la terre
Avoir l’oreille
qui entend l’inaudible
Répondre aux murmures des ailes
en les nourrissant
De la grâce de la terre
Contempler un grain
pour entrer dans le fleuve du ciel
Laisser décanter l’eau
jusqu’à la transparence de l’air
Elle saurait laisser passer
le feu du ciel
Recueillir des pierres aériennes
dans un panier d’eau
Pour laisser germer
Attendre la lumière de la lune
pour semer des cailloux fleuris
Sur la terre
Comme une goutte de lumière
venue de l’eau irisée
Des mots glissent sur les ailes
avant d’être notés
Donner aux mains les mots
qui attendent en l’air
Pour retourner à la source
Sur les ailes
Editions MLD, 22000 Saint-Brieuc
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