Luis Mizón (1942 - 2022) : Le songe du figuier en flammes / El sueño de la higuera en llamas (V,1- 8)
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Le songe du figuier en flammes
V
1
L’étoile
brise son ancre et ressuscite.
La vague siffle dans sa cour.
Et le naufrage à nouveau nous réveille
avec son chœur de moines.
Où donc nous mène
l’éternel retour ?
Je bâtis ma maison avec des ruines.
Je suis plus vulnérable que mon ombre
2.
En espaces déchiquetés.
En fragments inégaux.
En morceaux tout d’ombre
se découpant sur la nuit cannibale.
Les hommes parlent seuls
avec leurs mères radioactives
ou des murs transformés en incendies
et des serpents de mer.
La vérité sera comme toujours
le jamais dit le vivant et le désiré.
Le délire et ses monnaies de fumée.
Nous ne serons peut-être
qu’une autre sorte de fragment invisible.
Un homme jeune à l’âme vieille
murmurant l’histoire d’un autre.
3
Fausse mémoire.
Véritable amnésie.
Théâtre ou geôle.
Chai ou abattoir.
Là où chair il y eut
fleurissent les échos.
4
J’ai choisi le rêve de me perdre,
de me confondre avec un autre.
D’être ouvrier de l’arc-en-ciel
ou fantôme de jardinier.
Un visage qui s’éloigne
dans la foule.
Safari du temps
sur l’échelle double
des échos.
5
Que nul ne frappe à la fenêtre !
Ma mère rêve de sa mère.
La ville est une histoire inachevée
traversée par des guêpes de lumière.
Au dehors vont et viennent les cyclopes.
Des fantômes de jour très bas.
Des boeufs malades du charbon.
Des rêves de papa maman,
aïe, mi Señor !
Terreur et destruction intime,
aïe, qué dolor !
L’écho ironique écrase son nez
contre la vitre.
Nous ne sommes pas dignes
d’embrasser le sol
que parfument les bottes du cyclope.
6
L’homme de chauffe
avec des mouettes dans les yeux
lève sa tête en flammes
et trinque au jamais dit.
Les mouches !
Plaisir du silence.
Points que je vois à peine
sur les photographies de la nuit.
Qui disent tout,
Qui racontent tout
au nouveau venu.
Des mouches vivantes sur les carreaux brisés du sol.
7
Ma main prend deux cerises jumelles.
Le verre de vin blanc transpire.
Le couteau réveille
une étoile double
endormie à la fenêtre.
La plus belle coquille du ciel
et de la terre
c’est une coquille d’huître
au creux de ma main.
Petit ouragan au repos.
8
Des mâts et des chaînes.
Le feu éclaire
la pyramide du port.
Des briques, des cartons.
Des cargaisons d’étincelles clandestines.
La lumière clignote des yeux pour nous appeler
ou peut-être nous repousser.
Phare ou moulin. Comment savoir ?
Chaque sillage est un conte fragile
sur la côte des murmures.
Traduit de l’espagnol par Claude Couffon
In, Luis Mizon : « Le songe du figuier en flammes / El sueño de la higuera en llamas »
Editions Folle Avoine, 35137 Bédée, 1999
Du même auteur :
Prisons / Prisiones (05/08/2014)
L’arbre / El árbol (05/08/2015)
Terre prochaine / Tierra próxima (05/08/2016)
Vent du Sud / Viento Sur (05/08/2017)
Retour / Retorno (05/08/2018)
Fantôme / Fantasmas (05/08/2020)
La mer des Sargasses (extraits) (05/08/2021)
Le songe du figuier en flammes / El sueño de la higuera en llamas (I) (05/08/2022)
Le songe du figuier en flammes / El sueño de la higuera en llamas (II) (05/08/2023)
Le songe du figuier en flammes / El sueño de la higuera en llamas (III) (05/08/2024)
Le songe du figuier en flammes / El sueño de la higuera en llamas (IV),(05/08/2025),
El sueño de la higuera en llamas
V
1
La estrella
corta el ancla y resucita.
La ola silba en su patio.
Y otra vez el naufragio nos despierta
con su canto de monjes.
¿Adonde nos lleva
el eterno regreso ?
Hago mi casa con descombros.
Soy más vulnerable que mi sombra.
2
En espacios desgarrados.
En fragmentos desiguales.
En pedazos de pura sombra
recortados en la noche canibal.
Los hombres hablan solos
con sus madres radioactivas
o con muros transformados en incendios
y serpientes marinas.
La verdad será como de costumbre
la nuncia dicho lo vivo y deseado.
El delirio y sus monedas de humo.
Quizás seremos solamente
otra especie de fragmento invisible.
Un hombre joven con el alma vieja
murmurando el cuento de otro.
3
Memoria falsa.
Verdadera amnesia.
Teatro o prisión.
Bodega o matadero.
Donde estuvo la carne
florecen los ecos
4
Escogí el sueño de perderme,
confundirme con otro.
Ser obrero del arcoiris.
Fantasma de jardinero.
Un rostro que se aleja
En la muchedumbre.
Caecería del tiempo
En la escala cruzada
de los ecos.
5
¡Que nadie toque la ventana !
Mi madre sueña con su madre.
La ciudad es un cuento inacabado
atravesado por avispas de luz.
Afuera andan los cíclopes.
Fantasmas de luz baja.
Bueyes enfermos de carbunclo.
Sueños de padre y madre,
¡ ay mi Señor !
Terror y destrucción intima,
¡ ay qué dolor !
El eco irónico aplasta su nariz
contra la ventana.
No somos dignos
de besar el suelo
que el cíclope perfuma con sus botas.
6
El fogonero
con gaviotas en los ojos
levanta su cabeza en llamas
y brinda por lo nunca dicho.
¡ Moscas !
Placer del silencio.
Puntos que apenas veo
en las fotografias de la noche.
Totolo dicen.
Todo lo cuentan
al recién llegado.
Moscas vivas en las baldosas rotas.
7
Mi mano toma una doble cereza.
El vaso de vino blanco transpira.
El cuchillo despierta
una estrella doble
dormida en la ventana.
La más hermosa concha del cielo
y de la tierra
es una concha de ostra
en el hueco de mi mano.
Diminuto huracán en reposo.
8
Mástiles y cadenas.
El fuego alumbra
la pirámide del puerto.
Ladrillos y cajas de cartón
Cargamentos de chispas clandestinas.
La luz parpadeante nos llama
o quizás nos rechaza.
Faro o molino. ¿Cómo saberlo ?
Cada estela es un cuento frágil
en la costa de los susurros.
Poème précédent en espagnol :
Luis Cernuda : Ombre de moi / Sombra de mí (28/07/2026)
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