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Le bar à poèmes
9 février 2026

Louis Scuténaire (1905 – 1987) : Mémoires

wikimedia cc

 

 

 

Mémoires

 

 

Le ciel est vide


Les hirondelles sont parties


Les hannetons les villes rêvées les sorcières


Le ciel n’est plus qu’un grand miroir


Sali par les reflets

 

 

Il avait la folie d’être l’aimé des demoiselles


Elles en riaient les déesses à perdre haleine à fendre gorge


Il y en a une qui y mettait malice


D’autant mieux qu’elle était de la douceur l’image même


Cette image s’il l’avait pu l’écrire


Peut-être l’eût-il moins aimée


Peut-être eût-il le cœur moins serré


Elle était ... elle avait...


Hélas j’ai moi aussi le souffle court la main qui tremble


Dans la poitrine j’ai une sorte de feu éteint

 

 

Je suis jaloux 


De l’adresse de la mésange bleue


De la beauté d’un saule


De la jeunesse d’un feuillage


De la force d’un souvenir

 

 

Tu trottes dans ma tête


Sans t’arrêter jamais


Tu me crèves le cœur


Ne vas-tu donc cesser


Je me croyais heureux


Je ne pensais à rien


Et me voilà bien triste


Sans être malheureux


J’eus été malheureux


De ne pas te connaître


Mais je suis affligé


De t’avoir mal connue


Q ue je n’ai pas raison


Qui le sait mieux que moi

 

 

Je ne suis pas ton maître


Et tu ne me dois rien


Si un nuage se déchire


Le pan du ciel qui se découvre


Pour bleu qu’il soit


Peut vous meurtrir

 

 

Quand je pense à l’espoir


C’est à toi que je pense


Au refuge


A la douceur


A la nuit


A l’orage


A la vigueur


Au courage


A la tendresse


Quand je pense à moi-même


C’est à toi que je pense

 

 

Maintenant c’est fini


Je m’arrête


Le mur est bâtî


Si j’avance je me cogne


Pourvu que le mortier ne lâche


Que les briques tiennent

 

 

 


Mes inscriptions 1964 – 1973


Editions Brassa, Bruxelles, 1981
 

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