Louis Scuténaire (1905 – 1987) : Mémoires
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Mémoires
Le ciel est vide
Les hirondelles sont parties
Les hannetons les villes rêvées les sorcières
Le ciel n’est plus qu’un grand miroir
Sali par les reflets
Il avait la folie d’être l’aimé des demoiselles
Elles en riaient les déesses à perdre haleine à fendre gorge
Il y en a une qui y mettait malice
D’autant mieux qu’elle était de la douceur l’image même
Cette image s’il l’avait pu l’écrire
Peut-être l’eût-il moins aimée
Peut-être eût-il le cœur moins serré
Elle était ... elle avait...
Hélas j’ai moi aussi le souffle court la main qui tremble
Dans la poitrine j’ai une sorte de feu éteint
Je suis jaloux
De l’adresse de la mésange bleue
De la beauté d’un saule
De la jeunesse d’un feuillage
De la force d’un souvenir
Tu trottes dans ma tête
Sans t’arrêter jamais
Tu me crèves le cœur
Ne vas-tu donc cesser
Je me croyais heureux
Je ne pensais à rien
Et me voilà bien triste
Sans être malheureux
J’eus été malheureux
De ne pas te connaître
Mais je suis affligé
De t’avoir mal connue
Q ue je n’ai pas raison
Qui le sait mieux que moi
Je ne suis pas ton maître
Et tu ne me dois rien
Si un nuage se déchire
Le pan du ciel qui se découvre
Pour bleu qu’il soit
Peut vous meurtrir
Quand je pense à l’espoir
C’est à toi que je pense
Au refuge
A la douceur
A la nuit
A l’orage
A la vigueur
Au courage
A la tendresse
Quand je pense à moi-même
C’est à toi que je pense
Maintenant c’est fini
Je m’arrête
Le mur est bâtî
Si j’avance je me cogne
Pourvu que le mortier ne lâche
Que les briques tiennent
Mes inscriptions 1964 – 1973
Editions Brassa, Bruxelles, 1981