Su Shi / 苏轼 (1037 – 1101) : Nocturne en barque
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Gravure, 1743
Nocturne en barque
Une brise susurre, légère, dans les joncs ;
J’ouvre la porte : c’est une pluie de lune qui inonde le lac.
Les bateliers et les oiseaux des eaux rêvent ensemble ;
De grands poissons s’enfuient tels des renards agiles.
En cette nuit profonde où hommes et choses s’ignorent,
Seuls mon corps et mon ombre ensemble jouent.
La houle nocturne dessine comme des vers de terre dur les berges ;
La lune qui tombe s’accroche aux saules comme une araignée suspendue.
En cette vie qui se hâte, au milieu des tracas du monde,
Une image éthérée passe parfois ainsi devant nos yeux, mais combien fugitive !
Le chant du coq soudain, le son d’une cloche au loin : les oiseaux se dispersent ;
J’entends les tambours des pêcheurs qui s’interpellent pour le retour.
Traduit du chinois par Pénélope Bourgeois
in, « Anthologie de la poésie chinoise classqiue »
Editions Gallimard (Poésie), 1962
Nocturne en barque
Une brise susurre, légère, dans les joncs.
J’ouvre la porte : une pluie mais de lune inonde le lac.
Equipage et sarcelles rêvent le même rêve ;
De grands poissons s’enfuient tels des renards en fuite.
En cette nuit profonde où hommes et choses s’ignorent,
Seules ma forme et mon ombre jouent de l’une avec l’autre.
La houle obscure sur les berges console les lombrics glacés ;
Une lune tombée entre les saules glisse comme une araignée.
Dans cette vie qui se hâte, au milieu des soucis,
De simples scènes passent parfois, mais durent-elles ?
Chant des coqs, cloche frappée, oiseaux qui se dispersent ;
Et déjà, à l’avant, au rythme des tambours, on s’appelle.
Traduit du chinois par Stéphane Feuillas
tn, « Anthologie de la poésie chinoise »
Editions Gallimard (Pléiade), 2015
Du même auteur :
« Ecrit à Huangzhou, au calme... » (26/03/2024)
Frayant un sentier dans le mont du Joyau (26/03/2025)