Ai Qing (1910 – 1996) : Printemps
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Printemps
Le printemps est là
Les fleurs de pêcher ont éclos à Longhua
Elles ont éclos dans ces nuits
Ces nuits éclaboussées de sang
Ces nuits privées de la clarté des étoiles
Nuits venteuses
Nuits où l’on entendait les sanglots des veuves
Et cette terre ancienne
Toujours est pareille à un fauve affamé, assoiffé
Lapant le sang des jeunes gens
Le sang des enfants des hommes indomptables
Alors, après de longs jours d’hiver
Après la saison des glaces et des neiges
Après une attente harassante et sans fin
Ces traces de sang, ces éclaboussures
Dans la nuit fabuleuse
Dans la nuit noire de l’Orient
Ont éclaté en d’innombrables boutons de fleurs
Emaillant de printemps tout le Sud du Fleuve
A la question : d’où vient le printemps ?
Je réponds : des tombes en banlieue.
Traduit du chinois par Chantal Chen-Andro
In, « Anthologie de la poésie chinoise »
Editions Gallimard (Pléiade), 2015