Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le bar à poèmes
14 février 2026

Gabriela Mistral (1889 - 1957) : Eau / Agua

 

Gabriela Mistral © DR

 

Eau

 

 

Il est des pays dont je me souviens


comme je me souviens de mes enfances.


Ce sont pays de mer ou fleuve


de pâturages, prés et eaux. 


Bourgade mienne sur le Rhône,


rendue en fleuve et en cigales ;


Antille en palmes vert-noires


qui est à mi-mer et m’appelle ;


roche ligure de Portofino,


mer italienne, mer italienne !

 

 

On m’a portée en pays sans fleuve,


terres-Agar, terres sans eau ;


Sarahs blanches et Sarahs rouges,


où d’autres races ont péché


du péché rouge d’atrides


qui content des glaises entaillées ;


qui ne naquirent pas comme un enfant


avec de bonnes chairs bien grasses,


quand je les entends, sans sifflement,


quand je les traverse, sans regard.

 

 

Je veux retourner à des terres en enfance ;


menez-moi en un mol pays d’eaux,


qu’en de grandes prairies je vieillisse


et fasse au fleuve fable et fable.


Que ma mère y soit une source


qu’à la sieste je sors chercher,


et qu’en jarres descende d’un roc


une eau douce, aiguë et âpre.

 

 

Qu’elle me vainque et me coupe les souffles


cette eau forte, âcre et glacée.


Qu’elle rompe mon verre et que la boire


redonne enfance à mes entrailles !

 

 

 

Traduit de l’espagnol par Irène Gayraud

 

In, Gabriela Mistral : « Essart »

 

Editions Unes, 2021


De la même autrice :

 

Pays de l’absence / País de la ausencia (14/0220/23)

 

Toutes nous allions être reines / Todas íbamos a ser reinas (14/02/2024)

 

Choses / Cosas (14/02/2025)

 

 

Agua

 

 

Hay países que yo recuerdo


como recuerdo mis infancias.


Son países de mar o río,


de pastales, de vegas y aguas.


Aldea mía sobre el Ródano,


rendida en río y en cigarras;


Antilla en palmas verdi-negras


que a medio mar está y me llama;


¡roca lígure de Portofino,
mar italiana, mar italiana!

 

 


Me han traído a país sin río,


tierras-Agar, tierras sin agua;


Saras blancas y Saras rojas,


donde pecaron otras razas,


de pecado rojo de atridas


que cuentan gredas tajeadas;
que no nacieron como un niño


con unas carnazones grasas,


cuando las oigo, sin un silbo,


cuando las cruzo, sin mirada.

 


Quiero volver a tierras niñas;


llévenme a un blando país de aguas.


En grandes pastos envejezca


y haga al río fábula y fábula.


Tenga una fuente por mi madre


y en la siesta salga a buscarla,


y en jarras baje de una peña


un agua dulce, aguda y áspera.

 


Me venza y pare los alientos


el agua acérrima y helada.


¡Rompa mi vaso y al beberla


me vuelva niñas las entrañas!

 

 

 

Tala

 

Ediciones Sur, Buenos Aires,1938

 


Poème précédent en espagnol :


Octavio Paz : Premier Janvier / Primero de enero (10/02/2026)

 

  Poème suivantt en espagnol :


Atahualpa Yupanqui: Bagualita des collines / Bagualita del cerro (10/03/2026)
 

Commentaires
Le bar à poèmes
Archives
Newsletter
128 abonnés