Gabriela Mistral (1889 - 1957) : Eau / Agua
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Gabriela Mistral © DR
Eau
Il est des pays dont je me souviens
comme je me souviens de mes enfances.
Ce sont pays de mer ou fleuve
de pâturages, prés et eaux.
Bourgade mienne sur le Rhône,
rendue en fleuve et en cigales ;
Antille en palmes vert-noires
qui est à mi-mer et m’appelle ;
roche ligure de Portofino,
mer italienne, mer italienne !
On m’a portée en pays sans fleuve,
terres-Agar, terres sans eau ;
Sarahs blanches et Sarahs rouges,
où d’autres races ont péché
du péché rouge d’atrides
qui content des glaises entaillées ;
qui ne naquirent pas comme un enfant
avec de bonnes chairs bien grasses,
quand je les entends, sans sifflement,
quand je les traverse, sans regard.
Je veux retourner à des terres en enfance ;
menez-moi en un mol pays d’eaux,
qu’en de grandes prairies je vieillisse
et fasse au fleuve fable et fable.
Que ma mère y soit une source
qu’à la sieste je sors chercher,
et qu’en jarres descende d’un roc
une eau douce, aiguë et âpre.
Qu’elle me vainque et me coupe les souffles
cette eau forte, âcre et glacée.
Qu’elle rompe mon verre et que la boire
redonne enfance à mes entrailles !
Traduit de l’espagnol par Irène Gayraud
In, Gabriela Mistral : « Essart »
Editions Unes, 2021
De la même autrice :
Pays de l’absence / País de la ausencia (14/0220/23)
Toutes nous allions être reines / Todas íbamos a ser reinas (14/02/2024)
Choses / Cosas (14/02/2025)
Agua
Hay países que yo recuerdo
como recuerdo mis infancias.
Son países de mar o río,
de pastales, de vegas y aguas.
Aldea mía sobre el Ródano,
rendida en río y en cigarras;
Antilla en palmas verdi-negras
que a medio mar está y me llama;
¡roca lígure de Portofino,
mar italiana, mar italiana!
Me han traído a país sin río,
tierras-Agar, tierras sin agua;
Saras blancas y Saras rojas,
donde pecaron otras razas,
de pecado rojo de atridas
que cuentan gredas tajeadas;
que no nacieron como un niño
con unas carnazones grasas,
cuando las oigo, sin un silbo,
cuando las cruzo, sin mirada.
Quiero volver a tierras niñas;
llévenme a un blando país de aguas.
En grandes pastos envejezca
y haga al río fábula y fábula.
Tenga una fuente por mi madre
y en la siesta salga a buscarla,
y en jarras baje de una peña
un agua dulce, aguda y áspera.
Me venza y pare los alientos
el agua acérrima y helada.
¡Rompa mi vaso y al beberla
me vuelva niñas las entrañas!
Tala
Ediciones Sur, Buenos Aires,1938
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