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Le bar à poèmes
13 février 2026

Anne Sexton (1928 – 1974) : Quotidiennement arrachée à la gloire / Torn Down From Glory Daily

 

 

 

Quotidiennement arrachée à la gloire

 


Toute la journée nos yeux suivaient les mouettes


se cognant contre la voûte du ciel


et chevauchant le rouleau déferlant.


Là-haut 


déifiant le monde bleu dans sa totalité


elles braillaient contre un bout de terre.

 

 

Maintenant, comme des enfants,


nous dévalons des buttes pierreuses


avec un sachet de petits pains, 


des restes du dîner,


que nous étalons calmement sur une roche,


laissant six croûtes pour un roi matinal.

 

 

Une seule spectatrice à l’allure de crécerelle


chevauche le courant autour de sa faim


et flotte 


estampe sur  soie


avant de jaillir brusquement


à quelques centimètres au-dessus de l’eau ;

 

 

pour revenir


en lissant la marée montante.


Remorquant sa volée, telle une ville


d’ailes tombées du ciel.


Elles guettent, raides comme des leurres en bois


ou douces comme des colombes


ou de gentils canards douillets :


jusqu’à ce que l’une d’elles, dardant son bec,


se détache soudain. Elle a le pain.


Le monde en regorge,


une nuée de créatures


se bousculant pour une pierre.

 

 

Quatre seulement s’emparent du pain


et filent voguer au-dessus de Gloucester


jusqu’au dôme du ciel.


Oh, regarde comme


elles rembourrent leur ventre poissonneux


avec la mie du frère.

 

 

 

 

Traduit de l’anglais par Sabine Huynh

 

In, Anne Sexton : « Tu vis ou tu meurs. Ouvres poétiques (1960 – 1969)

 

Editions des femmes Antoinette Fouque, 2022

 


De la même autrice : Fuis sur ton âne / Flee on your donkey (13/02/2025)


Torn Down From Glory Daily

 


All day we watched the gulls


striking the top of the sky


and riding the blown roller coaster.


Up there


godding the whole blue world


and shrieking at a snip of land.


Now, like children,


we climb down humps of rock


with a bag of dinner rolls,


left over,


and spread them gently on stone,


leaving six crusts for an early king.


A single watcher comes hawking in,


rides the current round its hunger


and hangs


carved in silk


until it throbs up suddenly,


out, and one inch over water;


to come again


smoothing over the slap tide.


To come bringing its flock, like a city


of wings that fall from the air.


They wait, each like a wooden decoy


or soft like a pigeon or


a sweet snug duck:


until one moves, moves that dart—beak


breaking over. It has the bread.


The world is full of them,


a world of beasts


thrusting for one rock.


Just four scoop out the bread


and go swinging over Gloucester


to the top of the sky.


Oh see how


they cushion their fishy bellies


with a brother’s crumb.

 

Poème précédent en anglais :


Walt Whitman : Chanson du grand séquoia rouge / Song of the redwood-tree (28/01/2026)
 

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