Anne Sexton (1928 – 1974) : Quotidiennement arrachée à la gloire / Torn Down From Glory Daily
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Quotidiennement arrachée à la gloire
Toute la journée nos yeux suivaient les mouettes
se cognant contre la voûte du ciel
et chevauchant le rouleau déferlant.
Là-haut
déifiant le monde bleu dans sa totalité
elles braillaient contre un bout de terre.
Maintenant, comme des enfants,
nous dévalons des buttes pierreuses
avec un sachet de petits pains,
des restes du dîner,
que nous étalons calmement sur une roche,
laissant six croûtes pour un roi matinal.
Une seule spectatrice à l’allure de crécerelle
chevauche le courant autour de sa faim
et flotte
estampe sur soie
avant de jaillir brusquement
à quelques centimètres au-dessus de l’eau ;
pour revenir
en lissant la marée montante.
Remorquant sa volée, telle une ville
d’ailes tombées du ciel.
Elles guettent, raides comme des leurres en bois
ou douces comme des colombes
ou de gentils canards douillets :
jusqu’à ce que l’une d’elles, dardant son bec,
se détache soudain. Elle a le pain.
Le monde en regorge,
une nuée de créatures
se bousculant pour une pierre.
Quatre seulement s’emparent du pain
et filent voguer au-dessus de Gloucester
jusqu’au dôme du ciel.
Oh, regarde comme
elles rembourrent leur ventre poissonneux
avec la mie du frère.
Traduit de l’anglais par Sabine Huynh
In, Anne Sexton : « Tu vis ou tu meurs. Ouvres poétiques (1960 – 1969)
Editions des femmes Antoinette Fouque, 2022
De la même autrice : Fuis sur ton âne / Flee on your donkey (13/02/2025)
Torn Down From Glory Daily
All day we watched the gulls
striking the top of the sky
and riding the blown roller coaster.
Up there
godding the whole blue world
and shrieking at a snip of land.
Now, like children,
we climb down humps of rock
with a bag of dinner rolls,
left over,
and spread them gently on stone,
leaving six crusts for an early king.
A single watcher comes hawking in,
rides the current round its hunger
and hangs
carved in silk
until it throbs up suddenly,
out, and one inch over water;
to come again
smoothing over the slap tide.
To come bringing its flock, like a city
of wings that fall from the air.
They wait, each like a wooden decoy
or soft like a pigeon or
a sweet snug duck:
until one moves, moves that dart—beak
breaking over. It has the bread.
The world is full of them,
a world of beasts
thrusting for one rock.
Just four scoop out the bread
and go swinging over Gloucester
to the top of the sky.
Oh see how
they cushion their fishy bellies
with a brother’s crumb.
Poème précédent en anglais :
Walt Whitman : Chanson du grand séquoia rouge / Song of the redwood-tree (28/01/2026)