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Le bar à poèmes
9 août 2026

Loys Masson (1915 – 1969) : Poème d’allégeance

 

 

 

Poème d’allégeance

 

 

 

     Bien passée la moitié de mon âge, toute vendange faite, à tout soleil répondu

 

par ce soleil dans ma tête

 

     mes moissons rentrées mais mal battues, livrées aux vers dans le sépulcre

 

des greniers

 

     consumé, rendu au feu premier

 

     chaos de terre, de graines et d’eau, j’attends

 

     par la grâce d’un enfant

 

     le retour des beaux orages sur le pays sommeilleux.

 

     Il y avait des blés dans mon nom Loys, fous, à grands sillons, et dedans les

 

perdrix d’un rêve lent

 

     Il y avait la nuit autour de mon cœur de merveilleux combats de bêtes

 

rouges et or, affinées jusqu’à devenir leurs instincts seulement

 

     pour l’impossible femelle la joie

 

     et la colère rapide et le songe aux longs doigts et des vergers tranquilles où

 

passait un tranquille voyageur

 

     le soir entre des arbres qui avaient tous visage de la même éternelle femme

 

     en bordure de la mer chaque instant recréée.

 

     - J’ai promené la flamme aux quatre points de moi, dans mes jardins

 

heureux et mes nuages à grêle

 

     dans mes fortes racines ;

 

     Voici du haut loin descendre l’éclair en chasuble d’étincelles

 

     c’est Pentecôte retrouvée – entre les à-pics des remords dans la vallée des

 

ans sonnent les clarines.

 

 

 

     Je jure devant ce corps petit venu par l’amour allégeance nouvelle à l’amour

 

     amitié au tonnerre en son capitanat de vent

 

     ombre sur les sources, douceur pour les insectes, les plantes et les lueurs

 

sans chemin

 

     en leur quête des yeux ;

 

     Et j’ai rebâti de pierres nettes ma demeure parmi les peuples loin des

 

armées, des patries

 

     à gauche de cet éternel cœur douloureux, de cette rose rouge des roses

 

 sacrifiées sous le front des enfants ;

 

     Chaque aube y viennent les sergents de révolte, nous sortons sur la route

 

dans la campagne aux millions d’abeilles bourdonnant l’amour de son nom

 

     en son nom d’enfant crier l’attente d’un monde doux et transparent comme

 

l’enfance.

 

     Je jure de n’être jamais relaps en la cause des colombes, en la haine des

 

armes

 

     Et puisse mon poème aller devant moi archange des dangers de mort –

 

     Je dis

 

     que pas un homme ne meurt qui ne meure sur mes épaules,

 

     qui ne soit vengé dans le sang-juge d’un enfant, dans cet enfant ;

 

     qui par moi ne devienne son frère triomphant, son parent de lumière au

 

royaume des tranchants brisés.

 

     Je jure l’amour, l’amour de la vie

 

     la simplicité de l’été sur la moire de l’étang

 

     l’honnêteté seigneuriale du feu :

 

     Je dis son nom

 

     Grégoire

 

 

 

     Mon garçon, tu m’es venu tard ; dans l’arbre des veines il se fait parfois

 

comme un temps d’arrière-été

 

     tout un vent de serpent chassant des mésanges de brouillard.

 

     Peut-être suis-je au bout de mon chemin dans mes éboulis, au bout de ma

 

vérité ?

 

     peut-être l’oiseleur silence dessous la haie a-t-il déjà mis à mal ce migrateur

 

dans mon front qui chantait ?

 

     Il ne m’importe. Aujourd’hui une branche encore a fleuri

 

     un cerisier a saigné :

 

     je peux encore aimer, donner.

 

 

 

     Dans l’ombre du chêne toute une ville forte doucement suspendue :

 

     L’éclair de juillet riche gardien des portes

 

     Ici la vie la graine mourant pour la forêt

 

     Royale sœur d’un pharaon de lierre la plie en ses noces

 

     La vipère rachetée l’homme dans un seul souffle confondus – l’été.

 

 

 

 

L’homme libre au mitan de la ville, hosannah d’un beffroi de tourterelles

 

      Oh chant oh regard des feuilles, de l’écorce sur l’homme !

 

     J’ai été cet homme-là Tu le seras

 

     Et les armes mourront

 

 

    un tonnerre heureux les balaiera.

 

 

 

 

     Je passerai, passeront mon amour mon poème, passera à pas de froid de

 

chaud le temps

 

     Mais un matin d’une autre année, avril redescendant au reposoir des

 

champs,

 

     devant un homme venu de mon cœur un oiseau ouvrira le monde

 

     au son de tout recommençant.

 

 

 

 

 

 

Les vignes de septembre

 

Editions Pierre Seghers, 1955

 

Du même auteur :


 « Je n'ai jamais connu dans sa vérité… » (25/07/2014)


Symphonie 1959 de Paula (21/05/2017)


Poème à mon père (21/05/2018)


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