Paul Celan (1920 – 1970) : Retour / Heimkehr
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Retour
RETOUR
Qu’aucune
voix dissimulée ne soit
découverte.
Aucune.
Comment sinon la vie
resterait-elle agrandie devant moi
et transfigurée ?
aux amis
— il n’y en aura pas au pays —
un regard est déjà
suffisant
et à la mère
suffit le signe peut-être de mes asters —
Ceux qui continuent de chercher
écoutent seulement pour savoir si la mort,
ou quelque journée de tourment,
qui ne passe pas
en s’obscurcissant dans la nuit,
ne seraient pas derrière le silence.
Oh, les bonds dans le cœur.
1939
RETOUR
Neige qui tombe, dense de plus en plus dense,
couleur de colombe, comme hier,
neige qui tombe comme si tu dormais encore même maintenant.
Blanc étalé très loin.
Et plus loin encore, infinie,
la trace de traîneau de ce qui est perdu.
En dessous, caché,
monte, s’ouvre et recouvre,
ce qui fait si mal aux yeux,
tertre après tertre,
invisible.
Sur chacun d’eux,
ramené au pays de son aujourd’hui,
un Moi qui a glissé dans le mutisme :
de bois, un pieu.
Là-bas : un sentiment,
amené jusqu’ ici par la bise glaciale,
qui noue solidement, couleur de colombe,
de neige, son étendard de cretonne.
Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre
in, Revue « Po&sie, N°130 »
Editions Belin, 2009
Du même auteur :
Fugue de mort / Todesfuge (01/12/2014)
Strette / Engfürhrung (01/12/2015)
Matière de Bretagne (01/12/2016)
Le Menhir (01/12/2017)
« Voix... / Stimmen... » (01/12/2018)
Psaume / Psalm (01/12/2019)
Eloge du lointain / Lob der Ferne (01/12/2020)
« La nuit, quand le pendule de l’amour... » / « Nachts, wenn das Pendel der Liebe... » (01/12/2021)
Port / Hafen (01/12/2022
« Dans la matière des anges... » (01/12/2023)
Quatre poèmes berlinois (1967) (01/12/2024)
Heimkehr
HEIMKEHR,
Keine
verheimlichte Stimme sei
entdeckt.
Keine.
Wie sonst bliebe
das Leben vergrössert vor mir
und verklärt ?
Freunden
-daheim werden keine sein-
ist schon ein Blick
genug
und der Mutter
der Wink vielleicht meiner Astern –
Die weiter forschen,
horchen nur ob nicht der Tod,
oder ein quälender Tag,
ein nicht hinüber
dunkelnder in die Nacht,
hinter dem Schweigen sind.
O Sprünge im Herzen
1939
HEIMKEHR
Schneefall, dichter und dichter,
taubenfarben, wie gestern,
Schneefall, als schliefst du auch jetzt noch.
Weithin gelagertes Weiß.
Darüberhin, endlos,
die Schlittenspur des Verlornen.
Darunter, geborgen,
stülpt sich empor,
was den Augen so weh tut,
Hügel um Hügel,
unsichtbar.
Auf jedem,
heimgeholt in sein Heute,
ein ins Stumme entglittenes Ich :
hölzern, ein Pflock.
Dort : ein Gefühl,
vom Eiswind herübergeweht,
das sein tauben-, sein schnee-
farbenes Fahnentuch festmacht
Sprachgitter
S. Fischer Verlag, Frankfurt, 1959
Poème précédent en allemand :
Johannes Kühn : Pas pesant / Schwerer Schritt (25/09/2025)