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Le bar à poèmes
13 décembre 2025

Hésiode / Ἡσίοδος (fin du VIIIème ou début du VIIème siècle avant J.C.) : L’hiver

 

 

L’hiver

 

 

Quand vient l’hiver avec ses mauvais jours, l’hiver tueur de bœufs,


Méfie-toi de lui et de la terre où il étend le gel fâcheux,


Lorsque le vent du Nord vient souffler à travers l’espace


Et qu’il soulève la mer immense où il s’abat en descendant des terres à chevaux


     de la Thrace,


Et que la terre et les forêts sont emplies de mugissements.


Il renverse par milliers les chênes chevelus et les pins puissants,


Il se rue des gorges de la montagne sur la plaine nourricière,


Et un cri est poussé par la forêt immense tout entière.


On voit les bêtes frissonner, et sous leurs couilles leur queue repliée se tenir,


Même lorsqu’une fourrure protège leur cuir.


Le vent glacé les pénètre, même ceux dont le pelage est épais,


Il traverse même le cuir du bœuf qui ne peut l’arrêter.


Il perce jusqu’aux poils serrés de la chèvre, et seules les brebis encore


Ne laissent pas leur laine abondante pénétrée par la force du vent du Nord.


Le vieillard devant lui est obligé de courber l’échine.


Mais il épargne la jeune fille à la peau fine


Qui dans la maison auprès de sa mère demeure encore,


Ignorante des travaux d’Aphrodite, la déesse d’or.


Elle baigne, elle parfume d’huile grasse sa peau tendre,


Et dans le fond de sa maison elle va s’étendre :


C’est l’hiver, et le poulpe sans os ronge son pied,


Dans sa maison sans feu et son lugubre foyer.


Il n’y a plus, pour se promener, de pacage que le soleil lui fasse voir,


Le soleil tourne au-dessus du peuple et des cités des hommes à peau noire,


Et pour éclairer nos villes à nous, il n’est pas encore là.


Alors les hôtes des bois, qu’ils aient des cornes ou qu’ils n’en aient pas,


Grincent lugubrement des dents et s’enfuient à travers les taillis vallonnés,


Et pour tous il n’y a plus qu’un seul souci dans la pensée :


Où trouver l’abri qu’on désire ? où trouver la grotte profonde ?


Où le fourré dans l’épaisseur ? Et pareils au vieillard à trois pattes à travers le 


     monde,


Les hommes eux aussi, le dos courbé, et le front qui vers le sol se penche,


Errent, semblablement ployés, pour échapper à la neige blanche.

 

 

 

Traduit du grec par Robert Brasillach


in, « Anthologie de la poésie grecque »


Editions Stock, 1950 
 

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