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Le bar à poèmes
14 décembre 2025

Jean-Pierre Faye (1925 -) : Couleurs pliées (I-V)

Photo : Elie Kagan

 

 

Couleurs pliées

 

 

I


La voie de la ligne horizontale


prend naissance ici évidemment


dans le gris qui est un sans mélange


car ici vide et plein s’y emmêlent


     pourtant tirée vers la verticale


la ligne aussi dès ici descend


suivant le poids qui nombre et la range


le signe qui la scelle et décèle


     amincissant au pied la colonne


amenuisant en bas ce qui tombe


noircissant en vidant la couleur


     foulant au fond ce qui claque et sonne


sans modeler de hanche ou de lombes


écartant du geste la chaleur

 

 

II


Le bousier noir est bouffé vivant


un pan arraché par-dessus l’aile


tout un côté vivant et mangé


de poux étoilés et  de fourmis


     à gauche courbé sur le dedans


le noir gonflé strié  étincelle


l’aile pliée converge et rangée


l’élytre ronde sous le vernis


     le sombre assemble et le rond se courbe


cerné en blanc l’ovale du noir


le creux fait bloc sa frontière est vide


     la bête fouille où elle embourbe


amassant tout au-dessus le soir


bougeant de l’antenne bifide

 

 

III


Dévalant le noir par le noir


roulant le cailloutis devant soi


abaissant même la dimension


au foyer le plus noirci du rond


     piétinant le point où l’on peut boire


où l’on entre le chaud devient froid


pour franchir le cercle d’incision


écouter le creux au creux du tronc


     emportant la faim avec le son


couché sur la meule de brindille


écoutant sécher le craquement


     évidant la mie avec le son


déballant la pieuvre qui fourmille


de branche et de bête sèche au-dedans

 

 

IV


Cercles chauds des bûches alignées


ronde au bord l’écorce brûle rouge


le feu a frotté le vert bleui


le stère nu est multiplié


     impair ou pair le jour est signé


l’air grandit le chaud s’allonge et bouge


noué le fibreux dans l’eau rouie


le cri est aplani et plié


     c’est ici la ligne horizontale


la pointe est arrêtée, le repli


respire et remue sous la lourdeur


     la chute libre le caillou s’étale


le poids se répand et s’établit


soir levé le ventre la chaleur

 

 

V


Par bouffées froid et chaud dessinent


vert et doré sur les yeux fermés


l’essaim du son tournoie et descend


cesse même criblé par le vert


le plus sombre écrasé à la mine


où la ligne a été allumée


freine la couleur reprend le champ


retirant ce qui tranche et acère


     ce qui avait fait monter la forme


coupait l’air collait la couleur


est retenu brassé et noué


     pèse encore et lourdement déforme


laisse tomber buée ou chaleur


tourne même au demeurant troué

 

 

 


Couleurs pliées


Editions Gallimard,1965


Du même auteur : 


Al Djezaïr (14/12/2015)


« Le visage qui va… » (14/12/2016)


Partage des eaux (14/12/2017)


Droit de suite. I (14/12/2018)


« Un peuple s’étend... » (14/12/2019)


Dessin inlassable (14/12/2020)


Sélinonte (14/12/2022)


Je voudrai te connaître (14/12/2023)


Car in – (14/12/2024)
 

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