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Le bar à poèmes
21 novembre 2025

Jibananda Das / জীবনানন্দ দাশ) (1899- 1954) : En y pensant

 

 

 

En y pensant

 

 


En y pensant je souffrirai : je me dirai : si j’étais encore vivant sur les chemins 


     de la terre,


Je verrais la face de cette chouette que je n’ai jamais bien pu voir.


Quel oiseau farouche ! Ses ailes grises dansent-elles toujours dans les brouillards ?


Descend-elle quand brillent les sept étoiles sur la poitrine touffue du mangoustan ?

 

 

Dans les trouées sombres des acacias et des jiouli, la lumière magique des lucioles


     perce-t-elle ?


C’est dans la chair verte des sauterelles que les enfants et les jeunes femmes ont


     égaré leur vie,


Et la cherchent dans l’ombre ; où donc c’est-elle perdue, sous les touffes des akanda ?


Près des coloquintes, dans l’eau bleue de la rosée, personne ne pourra la retrouver !

 

 

Les ailes mordorées du milan flottent-elles encore sur la brume des campagnes ?


L’oiseau s’élève-t-il encore en regardant le figuier nu dans l’or du crépuscule ?


Et sur les tiges tendres des rizières, les yeux du campagnol contemplent-ils toujours 


     les étoiles ?


Dans la surprise et l’étonnement, je resterai bien à les compter aussi depuis ma


     couche sombre.

 

 

 


Traduit du bengali par France Bhattacharya


In, « Un feu au cœur du vent ; Trésor de la poésie indienne »


Editions Gallimard (Poésie), 2020


Du même auteur : 


Nuit de grand vent (30/06/2023)


L’orange (21/11/2024)
 

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