Jibananda Das / জীবনানন্দ দাশ) (1899- 1954) : En y pensant
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En y pensant
En y pensant je souffrirai : je me dirai : si j’étais encore vivant sur les chemins
de la terre,
Je verrais la face de cette chouette que je n’ai jamais bien pu voir.
Quel oiseau farouche ! Ses ailes grises dansent-elles toujours dans les brouillards ?
Descend-elle quand brillent les sept étoiles sur la poitrine touffue du mangoustan ?
Dans les trouées sombres des acacias et des jiouli, la lumière magique des lucioles
perce-t-elle ?
C’est dans la chair verte des sauterelles que les enfants et les jeunes femmes ont
égaré leur vie,
Et la cherchent dans l’ombre ; où donc c’est-elle perdue, sous les touffes des akanda ?
Près des coloquintes, dans l’eau bleue de la rosée, personne ne pourra la retrouver !
Les ailes mordorées du milan flottent-elles encore sur la brume des campagnes ?
L’oiseau s’élève-t-il encore en regardant le figuier nu dans l’or du crépuscule ?
Et sur les tiges tendres des rizières, les yeux du campagnol contemplent-ils toujours
les étoiles ?
Dans la surprise et l’étonnement, je resterai bien à les compter aussi depuis ma
couche sombre.
Traduit du bengali par France Bhattacharya
In, « Un feu au cœur du vent ; Trésor de la poésie indienne »
Editions Gallimard (Poésie), 2020
Du même auteur :
Nuit de grand vent (30/06/2023)
L’orange (21/11/2024)