Tarjei Vesaas (1897 – 1970) : Rencontre sur le chemin du retour
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Rencontre sur le chemin du retour
Soir obscur
sur le chemin du retour.
Soir infiniment obscur.
Et d’un seul coup émerge des ténèbres
une douce chaleur sur mon visage.
Il doit y avoir quelque chose devant,
de grand, de mutique, de chaud.
De si haut que cela s’élève jusqu’au ciel.
Je ne puis rien voir,
mais sentir, sentir.
Il n’est qu’une seule chose
qui soit si haute :
C’est ma propre montagne.
Je le comprends
et suis hissé vers elle.
Dans une incroyable joie je sens
que c’est ma propre montagne
qui s’est délivrée
pour me rencontrer sur le chemin.
Dans le secret de l’obscurité infinie
la montagne a fait ce que
les montagnes ne doivent pas faire.
Elle a bougé sur son socle :
Cela faisait si longtemps.
Qui dit hautes cimes dit tourbillons,
et le tourbillon est alentour comme
un dôme de clairvoyance dans les ténèbres,
émanant de ce qui va venir.
Ma main je n’ose la tendre,
la montagne sanctionnerait alors
mon outrecuidance
et je tomberais séance tenante.
Personne ne comprendrait pourquoi.
Mais la clairière lévite autour de moi.
Je ne puis rien distinguer.
Je suis un être terrestre,
et le besoin me taraude de tendre le bras
pour reconnaître mes devants,
comme si c’était une femme chère
qui s’était présentée là.
Mais l’intimité, n’y songeons pas
quand on se trouve en plein dedans.
Ce n’est pas possible, mais c’est vrai.
La montagne est venue à ma rencontre
avec sa vérité.
Je reste sur place à trembler,
comme si j’allais périr auprès de ma montagne
en ce soir exquis.
La montagne est venue à ma rencontre.
Des bons espaces se comblent.
Je sens désormais sa force.
L’ampleur et la beauté de la montagne.
Sa bienveillance, sa sévérité.
Des mots brûlants gagnent
mes pensées.
Traduit du norvégien (nynorsk) par Céline Romand-Monnier
in, Tarjei Vesaas : « Vie auprès du courant »
Editions La Barque, 35000 Rennes
Du même auteur : Le chemin / Vegen (13/08/2025)