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Le bar à poèmes
2 novembre 2025

Debora Vogel (1900 – 1942) : Motif d’Automne / Brouillard d’Automne

« Figures du jour & Mannequins », Debora Vogel (Détail) © La Barque

 

 

 

Motif d’Automne

 

I

 

Une fois de plus s’ouvrent les rues


sur des perspectives de fantastiques destinées


et promettent tout. Une fois de plus.

 

 

Et l’on se lance dans les rues


toutes les voies sont comme une seule voie


et l’on ne peut sortir de cette rue


ni de cette lasse compagnie :

 

 

Réverbères qui cachent le dernier flamboiement d’attente


sous le sourire d’indifférentes lèvres de verre


et vont un à un, qu’importe vers où...

 

 

Et arbres orgueilleux à l’incompréhensible


coloris de grande lassitude....


Et tramways retournant au dépôt...

 

 

Et l’on finit par s’imprégner de l’humeur


de cette mélancolique compagnie


en ce salon d’automne cuivré :


la lassitude de choses perdues.

 

 

Tombent les feuilles. Feuilles lasses.


Feuilles rouges, feuilles jaunes.

 

 

II

 

Maintenant plus rien ne va venir.


On ne doit plus rien attendre


tout devient inutile et pour personne.

 

 

Sur les soirs se déploie


un long rouleau de précieux tissu de mélancolie


brodé de motifs de choses perdues.

 

 

Et de vastes nuits bleu marine sont encore constellées


de lointaines lunes chatoyant de choses inconnues


qui peuvent peut-être encore venir. Peut-être.

 

 

Mais dans les rues de parchemin qui ne sont plus pour personne


se réduisent à rien les choses jamais advenues : 


fantômes colorés sur des coulisses de grise attente.

 

 

Devant les fenêtres se dressent des châtaigniers de rouge rouille.


Sentent la cire. Le rouge cire des choses


déjà perdues depuis le début, pour toujours..

 

 

Brouillard d’Automne

 

 

Aujourd’hui est déjà inutile la grisaille


le doux brouillard, le tapis de pluie :


les feuilles sont déjà de rouille mouillée sur les trottoirs.

 

 

Les feuilles ne pendent plus sur les arbres


en attente de fantaisies de cuivre –


il y a une semaine encore étaient utiles les doux brouillards.

 

 

Désormais tout ce qui arrive est inutile.


Comme après coup. Et comme pure imitation de la vie


plein d’incertaines feuilles jaune topaze.

 

 

Et il ne faut pas s’embarquer dans des choses


car tout est déjà perdu depuis le début


tout arrive trop tard sans certitude...

 

 

 

 
Traduit du Yiddish par Batia Baum


In, : Debora Vogel : « Figures du jour & Mannequins »


Editions La Barque, 35000 Rennes, 2023   


De la même autrice : 


Chansons à boire (03/11/2023)


Figures (03/11/2024)
 

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