William Shakespeare (1564 – 1616) : « J’ai vu cent fois le soleil dans sa gloire... » / « Full many a glorious morning have I seen... »
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J’ai vu cent fois le soleil dans sa gloire
Flatter les cimes d’un œil souverain,
Couvrir de baisers d’or les prés qu’il moire,
Dorer l’eau blême, alchimiste divin,
Mais accepter que les plus vils nuages,
Roulant, hideux, sur sa céleste face,
Privent le monde anxieux de son visage
Et fuir vers l’ouest pour cacher sa disgrâce.
Moi, mon soleil a brillé un matin
Dans la splendeur de son triomphe, et, là,
Une heure après, un nuage lointain
Me l’a masqué et m’ôte son éclat.
Mais mon amour est resté sans faillir :
Tout soleil ici-bas peut s’assombrir.
Traduit de l’anglais par André Markowicz et Françoise Morvan,
In, William Shakespeare : « Les sonnets »
Editions Mesures, 2023
J’ai vu plus d’un matin radieux caresser
Le haut des monts avec un regard souverain,
Visage d’or baisant les pâturages verts,
Dorant par divine alchimie les ruisseaux pâles ;
Et puis laisser les plus bas nuages rouler
En un affreux amas sur sa céleste face,
Et dérobant au monde triste son visage
S’enfuir à l’occident cacher cette disgrâce.
Ainsi de mon soleil ; un matin, tout à l’aube,
Il a brillé sur moi splendide et triomphant ;
Mais hélas, dans le ciel il ne fut mien qu’une heure,
Les hauts nuages maintenant me l’ont masqué.
Mais mon amour en rien n’a failli ; les soleils
De la vie peuvent bien s’assombrir comme l’autre.
Traduit de l’anglais par Henri Thomas
In, « Oeuvres complètes de Shakespeare, Tome 7 »
Editions Formes et Reflets, 1961
J’ai vu plus d’un matin radieux caresser
Les cimes des montagnes de son œil souverain,
De son visage d’or baiser les prairies vertes,
Dorer les cours d’eaux pâles par divine alchimie,
Mais permettre bientôt aux plus viles nuées
De traîner leur laideur sur sa céleste face,
Du monde abandonné détournant son visage
Pour fuir, caché, vers l’ouest avec cette disgrâce.
Ainsi, tôt, un matin, mon soleil a brillé
Et sur mon front jeta sa splendeur triomphale ;
Mais, hélas, il ne fut à moi qu’une seule heure ;
Un nuage là-haut me le masque à présent.
Mon amour n’en est moindre : fils et soleils du monde
Peuvent avoir des taches quand le soleil en a.
Traduit de l’anglais par Robert Ellrodt
In, « William Shakespeare, Oeuvres complètes. Poésies »
Editions Robert Laffont (Bouquins), 2002
Combien de fois ai-je vu le glorieux matin flatter le haut de la montagne
d’un air souverain, baisant de sa vermeille face les vertes prairies, dorant les
pâles eaux par divine alchimie ;
Permettre ensuit aux vils nuages de passer, en affreuse traînée sur sa
céleste face, et puis cacher son visage au monde abandonné, glissant non vu
avec sa honte vers l’ouest ;
Ainsi mon soleil de bonne heure a brillé, sur mon front, en toute triomphale
splendeur, mais loin hélas, lui qui fut à moi qu’une heure, la région de nuage
l’a maintenant masqué.
Et pour cela pourtant amour ne le dédaigne : soleils du monde peuvent
ternir si le soleil du ciel ternit.
Traduit de l’anglais par Pierre Jean Jouve
In, « Sonnets de Shakespeare »
Editions du Sagittaire (Club français du livre, 1955)
Du même auteur :
« C’est quand mon œil est clos… » / « When most I wink... » (02/02/2015)
« Lorsque quarante hivers… » / «When forty winters… » (02/02/2016)
« Quand je compte les coups du balancier... » / « When I do count the clock... » (09/09/2021)
« Les yeux de mon amante... » / « My mistress’ eyes... » (09/09/2022)
- « Mon poème a menti... » / « Those lines that I before have writ do lie... » (09/09/23)
« D’aucuns vantent leur nom.. » / « Some glory in their birth,... » (09/09/2024)
XXXIII
Full many a glorious morning have I seen
Flatter the mountain-tops with sovereign eye,
Kissing with golden face the meadows green,
Gilding pale streams with heavenly alchemy;
Anon permit the basest clouds to ride
With ugly rack on his celestial face
And from the forlorn world his visage hide,
Stealing unseen to west with this disgrace.
Even so my sun one early morn did shine
With all-triumphant splendour on my brow;
But out, alack! he was but one hour mine;
The region cloud hath mask'd him from me now.
Yet him for this my love no whit disdaineth;
Suns of the world may stain when heaven's sun staineth.
SHAKESPEARES / SONNETS / Never before imprimed
Thomas Torpe, 1609
Poème précédent en anglais :
Oscar Wilde : Le disciple / The disciple (27/08/2025)
Poème suivant en anglais :
:
Richard Brautigan : Impasse (27/09/2025)