Amadou Lamine Sall (1951 -) : « Que je suis las maintenant... »
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Que je suis las maintenant
Manthie j’aurais tant aimé te mentir
Te dire qu’aucun garçon n’a faim quelque part sur la terre
Qu’aucune mère ne pleure son enfant déchiqueté par les bombes
D’un pilote tranquille
Qu’aucune veuve ne s’enlise dans la douleur devant le cadavre
Impossible de son amour
Qu’aucun mendiant n’attend l’aumône empêtré dans
Ses guenilles dans un coin de la rue éternelle
Te mentir te dire
Que les cimetières ont fermé leurs portes et vu toute la terre
Habitée par d’éternels dormeurs aux rêves à jamais éteints
Qu’aucune sœur n’enterre dans l’ombre son enfant sacrilège
Te mentit te dire
Qu’aucun homme ne porte en lui l’émotion terrible de l’exil
Te mentir te mentir Manthie te mentir
Mante des aurores
Nouvelles Editions Africaines du Sénégal, Dakar, 1979,