Oscar Wilde (1854 – 1900) : Le disciple / The disciple
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Oscar Wilde en 1889, par W. and D. Downey.
Le disciple
Quand Narcisse mourut, la mare de ses délices se changea d’une coupe
d’eaux douces en une coupe de larmes salées et les Oréades vinrent, à travers
le bois, chanter près de la mare et la consoler.
Et quand elles virent que la mare s’était, de coupe d’eaux douces,
transformée en coupe de larmes salées, elles relâchèrent les boucles vertes de
leurs cheveux et crièrent à la mare.
Elles disaient :
- Nous ne nous étonnons pas que vous pleuriez aussi sur Narcisse qui était
si beau.
- Mais Narcisse était-il si beau ? dit la mare.
- Qui pouvait mieux le savoir que vous ? répondirent les Oréades. Il nous a
négligées, mais vous il vous a courtisée, et il s’est courbé sur vos bords, et il a
laissé reposer ses yeux sur vous et c’est dans le miroir de vos eaux qu’il voulait
mirer sa beauté.
Et la mare répondit :
J’aimais Narcisse parce que, lorsqu’il était courbé sur mes bords et laissait
reposer ses yeux sur moi, dans le miroir de ses yeux je voyais se mirer ma
propre beauté.
Traduit de l’anglais par Albert Savine
in, Oscar Wilde ; « Poèmes »
Editions Stock, 1907
Du même auteur :
La ballade de la geôle de Reading / The ballad of Reading Gaol (11/08/2017)
Bords de l’Arno / By the Arno (11/08/2018)
Désespoir / Desespoir (10/08/2019)
Endymion (11/08/2020)
Silentium amoris (11/08/2021)
Dans les allées de Magdalen / Magdalen walks (11/08/2022)
The disciple
When Narcissus died the pool of his pleasure changed from a cup of sweet
waters into a cup of salt tears, and the Oreads came weeping through the
woodland that they might sing to the pool and give it comfort.
And when they saw that the pool had changed from a cup of sweet waters into a cup of salt
tears, they loosened the green tresses of their hair and cried to the pool and said, `We do not
wonder that you should mourn in this manner for Narcissus, so beautiful was he.'
`But was Narcissus beautiful?' said the pool.
`Who should know that better than you?' answered the Oreads. `Us did he ever pass by, but
you he sought for, and would lie on your banks and look down at you, and in the mirror of
your waters he would mirror his own beauty.
And the pool answered, `But I loved Narcissus because, as he lay on my banks and looked
down at me, in the mirror of his eyes I saw ever my own beauty mirrored.
Poems in prose
The Fortnightly Review, July 1894
Poème précédent en anglais :
John Montague : La truite / The trout (15/08/25)
Poème suivant en anglais :
William Shakespeare : « J’ai vu cent fois le soleil dans sa gloire... » / « Full many a glorious morning have I seen... » (09/09/2025)