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Le bar à poèmes
26 août 2025

Dominique Sampiero (1954 -) : Ce bouquet de fougères (2)

 

 

 

Ce bouquet de fougères

 


..................................................................................

Je ne vois plus ses traits


la maison a quitté ses propres murs

 

 

sur son passage les fenêtres s’entrelacent

 

 

La pluie nous rendait aveugle


Elle marche vers cette histoire à raconter et que l’on atteindra,


malgré tout

 

 

Qui soufflera par la lucarne ovale ?

 

 

Le couloir s’est ouvert aux sanglots d’un millier d’étoiles

 

 

Les hommes se courbent sous le décor des yeux

 

 

Quand ils se détournent,


leur tête roule derrière l’enfant, dont, sans bruit,


ils voudraient prendre le rivage

 

 

Ici


on bâtit le navire qui engloutit les voyages


Le vent plus fort est moins obscur.


Terre et ciel se soumettent à cette parole d’amour :


la lampe.

 

 

3

 

L’AIR

 

est un soupir échappé du thorax des arbres, fontaine figée sur le galbe des


brumes

 

 

engrenage odorant

 

 

couleuvre à feuilles d’eau

 

 

rameau de fleuve


entre chien et loup

 

 

front embaumeur

 

 

Parler


retrouver le village

 

 

« Perler » sans attendre


arbre multiplié

 

 


La présence éparse,


elle nous verse dans l’or du cri.

 

 

Elle se reflète visage, pacte aussi,


et sa couleur émeraude est un souffle sans mémoire.

 

 

Mais qui trouve l’accord entre les dissonances.

 

 

Nos doigts sertissent leur croissance d’une étrange nudité.


Le cercle de nos yeux est à saisir sous les refrains.


Les galops crevassés de solitude.

 

 

Le contour bleu des empreintes.

 

 

Toi qu’on nomma l’enfance, tu es aussi


la beauté des terres sauvages,


ce chariot qui nait du désert et qui transporte


le sable hors le sable.

 

 

Quelle patience transforme les mots du rêveur en souvenir ?

 

 

Du rêveur, il reste les doigts dévêtus


et nus sous la langue.

 

 

Du rêveur, il reste le premier pas,


la main frayant avec le vent,

 


la rose d’une ornière, le vide


exhalant l’averse,

 

 

le fil

 

 

l’effigie des présages

 

l’errance escortée de fougères.

 

 


                de l’âme, les filles


prennent la légèreté, la grâce


la chair douce

 

 

la langue est femme


aux sourcils d’hirondelle


femme d’ardoise et de calcaire


femme dans le lit même du torrent

 

 

c’est là dans l’or intact


que se déchiffre l’emprise

 

 

là dans l’azur où tu descends


plus frais que le jour

 

 

L’ombre est bleue, elle farde ton visage


comme un visiteur devant la porte


où dorment les jonquilles

 

 

quelques fleurs allument le brasier


qui nous dicte ces mots

 

 

Ce même point rouge qu’un insecte prend 


pour l’œil du coquelicot


le sang le traverse

 

 

d’une façon plus douce que les battements du pouls

 

 

4

 

 

TERRE

 

 

Terre où s’endorment


les mousses


terre que nul ne capture

 

 

le merle scintille


sous la langue

 

 

sa cage est belle


et s’accroît de l’usage du sang


à puiser l’or

 

 

Habiter la lampe


inaltérable absence tenue


par l’insatiable écoute

 

 

son parfum, son goût,


rondeur aux lèvres de la soif


qui prend notre cou

 

 


abasourdie de roses


l’eau est conforme au mutisme


de notre sourire

 

 

ils sont privilégiés ceux qui s’aventurent

 

 

on taille la fatigue des lys


et la silhouette fanée de nos querelles


s’échange contre l’horizon des fougères

 

 

il faut nous voir subsister


ici, dans l’émotion

 

 

couper, élaguer le ruisseau clair


pour qu’il atteigne dans la confidence

 

 

la meurtrière du songe

 

 

A l’inverse des chemins qui nous invitent à la marche,


ils existe des lieux qui nous immobilisent.


Nous sommes saisis par leur lumière


comme une flaque emprisonnant l’orage.


Contraints  d’en perpétuer la fougue. Le reflet.

 

 

prince

 

 

celui qui invente


reste un éclaireur, jeune cheval


lointain

 

 

inconnu des arbres

 

 

mais parlant « fontaine »

 

 

celui qui invente


ajoute aux choses le lit sublime de l’écart


la flamme invisible assortie au masque

 

 

l’appui lorsqu’on élève la voix

 

 

se rendre à l’évidence : l’air est rustique


quand nos yeux criblent d’épis la braise

 

 

quand la première ardeur est libre du miroir

 

 

il ne reste du regard 


que l’avalanche


      dernière clarté

 

 

dans mon pays, les oiseaux préfèrent le verre


de la fenêtre à

 

 

la foudre        la poussière

 

 

l’enthousiasme des eaux


perce les ténèbres du roc

 

 

la passion qui nous livre


                              espace, est cet endroit


                  où s’exaltent les signes.

 

 


La terre est jonchée de fenêtres.


Parfois, il pleut aussi des visages.


Lorsque ces fruits gorgés de sèves s’ajointent à l’ourlet de nos mains, il pousse 


des mots sur la pierre.


Déserté, le marbre insiste pour parler de ses propres veines et de l’irrigation du


silence dans la blancheur des carrières.


Ici, l’homme qui creuse est respecté des montagnes.


Ce qu’il soulève est un tombeau.

 

 

Les villes du regard sont en nous.

 

 

Quelque chose que nous n’avons pas prévu éclairera notre marche.

 

 

la silhouette de la lumière atteint l’âge que les sources elles-mêmes ne peuvent


contenir.

 

 

                                                                               Salesches, Août  1987

 

 


L’homme suspendu


Fondation David Kupfermann, 1989

 


Du même auteur :


 « On ne peut pas s'empêcher de mourir » (30/10/2014)


« La main, en écrivant… » (12/10/2016)


« Tu dis « je vais à ta rencontre … » (12/10/2017)


« Je range tes lettres... » (12/10/2018)


Lettre à ceux qui ne me liront jamais (26/08/2023) 


Ce bouquet de fougères (1) (26/08/2024)
 

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