Dominique Sampiero (1954 -) : Ce bouquet de fougères (2)
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Ce bouquet de fougères
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Je ne vois plus ses traits
la maison a quitté ses propres murs
sur son passage les fenêtres s’entrelacent
La pluie nous rendait aveugle
Elle marche vers cette histoire à raconter et que l’on atteindra,
malgré tout
Qui soufflera par la lucarne ovale ?
Le couloir s’est ouvert aux sanglots d’un millier d’étoiles
Les hommes se courbent sous le décor des yeux
Quand ils se détournent,
leur tête roule derrière l’enfant, dont, sans bruit,
ils voudraient prendre le rivage
Ici
on bâtit le navire qui engloutit les voyages
Le vent plus fort est moins obscur.
Terre et ciel se soumettent à cette parole d’amour :
la lampe.
3
L’AIR
est un soupir échappé du thorax des arbres, fontaine figée sur le galbe des
brumes
engrenage odorant
couleuvre à feuilles d’eau
rameau de fleuve
entre chien et loup
front embaumeur
Parler
retrouver le village
« Perler » sans attendre
arbre multiplié
La présence éparse,
elle nous verse dans l’or du cri.
Elle se reflète visage, pacte aussi,
et sa couleur émeraude est un souffle sans mémoire.
Mais qui trouve l’accord entre les dissonances.
Nos doigts sertissent leur croissance d’une étrange nudité.
Le cercle de nos yeux est à saisir sous les refrains.
Les galops crevassés de solitude.
Le contour bleu des empreintes.
Toi qu’on nomma l’enfance, tu es aussi
la beauté des terres sauvages,
ce chariot qui nait du désert et qui transporte
le sable hors le sable.
Quelle patience transforme les mots du rêveur en souvenir ?
Du rêveur, il reste les doigts dévêtus
et nus sous la langue.
Du rêveur, il reste le premier pas,
la main frayant avec le vent,
la rose d’une ornière, le vide
exhalant l’averse,
le fil
l’effigie des présages
l’errance escortée de fougères.
de l’âme, les filles
prennent la légèreté, la grâce
la chair douce
la langue est femme
aux sourcils d’hirondelle
femme d’ardoise et de calcaire
femme dans le lit même du torrent
c’est là dans l’or intact
que se déchiffre l’emprise
là dans l’azur où tu descends
plus frais que le jour
L’ombre est bleue, elle farde ton visage
comme un visiteur devant la porte
où dorment les jonquilles
quelques fleurs allument le brasier
qui nous dicte ces mots
Ce même point rouge qu’un insecte prend
pour l’œil du coquelicot
le sang le traverse
d’une façon plus douce que les battements du pouls
4
TERRE
Terre où s’endorment
les mousses
terre que nul ne capture
le merle scintille
sous la langue
sa cage est belle
et s’accroît de l’usage du sang
à puiser l’or
Habiter la lampe
inaltérable absence tenue
par l’insatiable écoute
son parfum, son goût,
rondeur aux lèvres de la soif
qui prend notre cou
abasourdie de roses
l’eau est conforme au mutisme
de notre sourire
ils sont privilégiés ceux qui s’aventurent
on taille la fatigue des lys
et la silhouette fanée de nos querelles
s’échange contre l’horizon des fougères
il faut nous voir subsister
ici, dans l’émotion
couper, élaguer le ruisseau clair
pour qu’il atteigne dans la confidence
la meurtrière du songe
A l’inverse des chemins qui nous invitent à la marche,
ils existe des lieux qui nous immobilisent.
Nous sommes saisis par leur lumière
comme une flaque emprisonnant l’orage.
Contraints d’en perpétuer la fougue. Le reflet.
prince
celui qui invente
reste un éclaireur, jeune cheval
lointain
inconnu des arbres
mais parlant « fontaine »
celui qui invente
ajoute aux choses le lit sublime de l’écart
la flamme invisible assortie au masque
l’appui lorsqu’on élève la voix
se rendre à l’évidence : l’air est rustique
quand nos yeux criblent d’épis la braise
quand la première ardeur est libre du miroir
il ne reste du regard
que l’avalanche
dernière clarté
dans mon pays, les oiseaux préfèrent le verre
de la fenêtre à
la foudre la poussière
l’enthousiasme des eaux
perce les ténèbres du roc
la passion qui nous livre
espace, est cet endroit
où s’exaltent les signes.
La terre est jonchée de fenêtres.
Parfois, il pleut aussi des visages.
Lorsque ces fruits gorgés de sèves s’ajointent à l’ourlet de nos mains, il pousse
des mots sur la pierre.
Déserté, le marbre insiste pour parler de ses propres veines et de l’irrigation du
silence dans la blancheur des carrières.
Ici, l’homme qui creuse est respecté des montagnes.
Ce qu’il soulève est un tombeau.
Les villes du regard sont en nous.
Quelque chose que nous n’avons pas prévu éclairera notre marche.
la silhouette de la lumière atteint l’âge que les sources elles-mêmes ne peuvent
contenir.
Salesches, Août 1987
L’homme suspendu
Fondation David Kupfermann, 1989
Du même auteur :
« On ne peut pas s'empêcher de mourir » (30/10/2014)
« La main, en écrivant… » (12/10/2016)
« Tu dis « je vais à ta rencontre … » (12/10/2017)
« Je range tes lettres... » (12/10/2018)
Lettre à ceux qui ne me liront jamais (26/08/2023)
Ce bouquet de fougères (1) (26/08/2024)