Amadys Jamyn (1538 – 1592) : « Comme le seul Phénix au terme de son âge... »
Comme le seul Phénix au terme de son âge
Amasse les rameaux du bois mieux odorant
En forêt de Sabée, afin qu’en se mourant
Pour le moins d’un beau feu se brûle son plumage.
Ainsi je fais amas, voyant votre visage,
De cent douces beautés que mon cœur va tirant :
Puis j’en allume un feu doucement martyrant
Qui me donne la vie en mon propre dommage.
La flamme du Phénix vient du flambeau des Cieux,
Et la mienne s’embrase au soleil de vos yeux,
Où je commets larcin comme fit Prométhée :
Aussi je suis puni d’un mal continuel ;
Car Amour qui se change en un vautour cruel
Me déchire toujours d’une main indomptée.
Les Œuvres poétiques d’Amadis Jamyn.
par Mamert Patisson, imprimeur du Roy, au logis de Robert Estienne, Paris, 1579
(Repris et commenté par Françoise Morvan, tn « Clair soleil des esprits », Editions Mesure, 2025)
Du même auteur :
Que personne n’est libre (30/08/2022)
Dialogue (29/08/2023)
Stances de l’impossible (29/08/2024)