Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le bar à poèmes
15 août 2025

John Montague (1929 - 2016) : La truite / The trout

 

John Montague en 2014. 

 

La truite

 

 

A plat ventre sur la barge, j’écartais


Les roseaux pour enfoncer mes mains


Dans l’eau sans faire une ride, 


Les inclinant doucement au fil de l’eau


Jusqu’au lieu où il reposait léger comme une feuille


Dans son rêve fluide et sensuel.

 

 

Seigneur désincarné de la création


Un instant je restai au-dessus de lui


Goûtant ma propre absence


Mes sens exacerbés par le lent


Mouvement, ce calme d’un photographe 


Avant l’action.

 

 

Quand la courbe de mes mains


Sous son corps se glissa


Il se cabra avec un plaisir visible.


J’étais si surnaturellement proche    


Que je pouvais compter chaque tache


Sans que mon ombre apparût, puis

 

 

Mes deux paumes firent une cage 


Sous les ouïes palpitantes.


Alors (entrant dans ma forme élargie


Qui s’allongeait sur l’eau)


Je le saisis. Aujourd’hui encore


Je sens le goût de Sa frayeur sur mes doigts.

 

 

 


Traduit de l’anglais par Michel Bariou


In, Denis Rigal : « Poésies d’Irlande. Anthologie »


Editions Sud, 133001 Marseille1987

 

 

La truite

 

 

A plat ventre sur la barge j’écartai


Les joncs pour enfoncer mes mains


Dans l’eau sans y faire une ride, 


Les incliner doucement dans le courant


Jusqu’à elle, aussi légère qu’une feuille,


Toute à son rêve fluide et sensuel.

 

 

Seigneur incorporel de la création


Un instant je me tins au-dessus d’elle


Savourant ma propre absence


Mes sens se dilatant au ralenti,


Dans le calme photographique


Qui monte à l’instant d’agir.

 

 

Et lorsque la courbe de mes mains


Passa s’un coup sous son corps 


Elle se cabra avec un plaisir visible.


J’étais surnaturellement proche,    


Je pouvais compter chaque tacheture


Mais ne projetais toujours aucune ombre,

 

 

Puis mes deux paumes firent une cage 


Sous les ouïes légèrement palpitantes.


Alors (entrant dans ma propre forme


Allongée, qui chevauchait le courant)


Je serrai. Et aujourd’hui encore


J’ai le goût de sa terreur sur mes mains..

 

 


Traduit de l’anglais par Gérard Gâcon


In, « Anthologie bilingie de la poésie anglaise » 


Editions Gallimard (Pléiade), 2005

 

Du même auteur :  


Mer vineuse / Wine dark sea (25/10/2014)


Tous les obstacles légendaires / All legendary obstacles (15/08/2021)


James Joyce (15/08/2022)


Comme des dolmens autour de mon enfance, les vieux / Like dolmens round my childhood, the old people.(15/08/2023)


Cours de nu (15/08/2024)

 

 

The trout

 

 

Flat on the bank I parted


Rushes to ease my hands


In the water without a ripple


And tilt them slowly downstream


To where he lay, tendril-light,


In his fluid sensual dream.

 

 

Bodiless lord of creation,


I hung briefly above him


Savouring my own absence,


Senses expanding in the slow


Motion, the photographic calm


That grows before action.

 

 

As the curve of my hands


Swung under his body


He surged, with visible pleasure.


I was so preternaturally close


I could count every stipple


But still cast no shadow, until

 

 

The two palms crossed in a cage


Under the lightly pulsing gills.


Then (entering my own enlarged


Shape, which rode on the water)


I gripped. To this day I can


Taste his terror on my hands.

 

 

 

A chosen light

 

The Swallow Press, Chicago, 1967

 

Poème précédent en anglais :

 

Anna Waldman : Vers à un ami célèbre / Lines to a Celebrated Friend (25/07/2025)

 


Poème suivant en anglais

 
Oscar Wilde : Le disciple / The disciple (27/08/2025)

 

Commentaires
Le bar à poèmes
Archives
Newsletter
124 abonnés