Iliazd / Ильязд (1894 – 1975) : Rahel
Iliazd, Eau-forte d'Alberto Giacometti
I
La guerre éructe c’est de tous côtés
la ville ultime dans la peste brune
mais rôde sur les ormes argentés
l’or hésitant de la nouvelle lune
Terre effroyable terre dévastée
les maraudeurs récits de peur commune
mais sur l’étang les perles reflétées
de la lucarne luisent une à une
La main ne réchauffera plus la main
survivre est illusoire quand s’approche
l’alléouïa des vents vers leur abîme
Mais luisent si vivantes sans chemin
zébrant le ciel sans craindre aucun reproche
les lèvres qui se trouvent par la rime
4 octobre 1940
II
Lune de roche aveugle me vois-tu
que ta dorure altère le visage
descends la belle dans mon marécage
sans fond sans coquillages reste tue
Errants mes jours étaient déjà perdus
d’un esclavage vers un esclavage
d’un impossible amour la vaine rage
passer du rêve au rêve ça vous tue
Ni vivre ni mourir attendre rien
que tu reviennes le repos qui vient
la nuit bleue noire devenue bleu-ciel
Nous nous retrouverons mon éternel
manque mon ennemie et ma prochaine
nous oublierons peut-être notre haine
10 novembre 1940
Traduit du russe par André Markowicz
in, Iliazd : « Œuvres poétiques »
Editions Mesures, 2020
Du même auteur :
« A l’automne... » / « Осенью... » (04/09/2021)
« Je fus j’ai cessé d’être... » (04/09/2023)
Sentence sans paroles (04/09/2024)
La lettre (04/09/2025)