Eugenio Montale (1896 -1981) : « A midi faire halte …/ « Merrigiare pallido… »
A midi faire halte, pâle et pensif,
A l’ombre près d’un brûlant mur d’enclos,
Ecouter parmi les ronces et les broussailles
Claquements de merles, bruissements de serpents.
Dans les craquelures du sol ou sur la vesce
Epier les files de fourmis rouges
Qui tour à tour se brisent et s’entrecroisent
Au sommet de meules minuscules.
Observer dans le feuillage comme palpitent
Au loin les écailles de mer
Tandis que des pics chauves se lèvent
De tremblants craquètement de cigales.
En allant dans le soleil qui éblouit,
Sentir, triste merveille,
Combien toute la vie avec ses peines
Est dans cette marche le long d’une muraille
Qu’en haut hérissent des tessons de bouteille.
Traduit de l’italien par Patrice Dyerval Angelini
In, "Anthologie bilingue de la poésie italienne"
Editions Gallimard (La Pléiade), 1994
Sieste à midi
Faire, pâle et pensif, sa méridienne
Près d’un mur surchauffé de jardin, écouter
Bruissement de serpents, sifflets claquants de merles
Dans les ronces et les broussailles.
Sur le sol crevassé ou sur les vescerons
Guetter des fourmis rouges les processions
Se rompant tour à tour, s’enchevêtrant
En haut des monticules.
Parmi les frondaisons contempler le lointain
Frémissement de la mer tout écailles,
Quand les crissants trémolos des cigales
S’élèvent des pics chauves.
Et marchant sous le soleil qui brasille ;
Sentir avec un triste étonnement
Que la vi et tout son tourment
Se bornent à longer une muraille,
Crénelée de tessons acérés de bouteille.
Traduit de l’italien par Sicca Venier
In, « Poètes d’Italie, Anthologie des origines à nos jours »
Editions de la Table Ronde, 1999
S’étendre à l’ombre, pâle et rêveur
près du mur brûlant d’un enclos ;
écouter dans les ronces et les broussailles
siffler les merles, glisser les couleuvres.
Epier dans les fentes du sol ou sur les feuilles des vesces
les lignées de rouges fourmis
qui, tantôt se dispersent, tantôt s’entrecroisent
au sommet de mottes minuscules.
Observer à travers les feuillages
le lointain mouvement des écumes de mer
pendant que s’élèvent les craquètements vibrants
des cigales sur les collines pelées.
Puis, marchant dans l’aveuglant soleil,
sentir avec une tristesse étonnée
combien toute la vie et son tourment
tiennent en ce cheminement le long d’un mur
au faite muni de tessons de bouteilles.
Traduit de l’italien par Geneviève Burckhardt
In, « Italie poétique contemporaine »
Editions du Dauphin, 1968
Du même auteur :
La bourrasque / La bufera (14/08/2019)
Bateaux sur la Marne / Bache sulla Marna (14/08/2020)
Correspondances (08/02/2021)
Le penser du prisonnier / Il sogno del prigionero (14/08/2021)
« Ne t’abrite pas à l’ombre... » / « Non rifugiarti nell'ombra... » 08/02/2022)
Midi / « Gloria del disteso mezzogiorno... » (14/08/2022)
« Côtes de Ligurie... » / « Riviere... » (08/02/2023)
« Ne nous demande pas le verbe... » / « Non chiederci la parola... » (13/08/2023)
Quatre poèmes / Quattro poesie (08/02/2024)
Sarcophage / Sarcofaghi (14/08/2024)
Elégie de Pico Farnese / Elegia di Pico Farnese 08/02/2025)
Meriggiare pallido e assorto
presso un rovente muro d’orto,
ascoltare tra i pruni e gli sterpi
schiocchi di merli, frusci di serpi.
Nelle crepe del suolo o su la veccia
spiar le file di rosse formiche
ch’ora si rompono ed ora s’intrecciano
a sommo di minuscole biche.
Osservare tra frondi il palpitare
lontano di scaglie di mare
m entre si levano tremuli scricchi
di cicale dai calvi picchi.
E andando nel sole che abbaglia
sentire con triste meraviglia
com’è tutta la vita e il suo travaglio
in questo seguitare una muraglia
che ha in cima cocci aguzzi di bottiglia
Ossi di seppia
Gobetti Editore, Torino, 1925
Poème précédent en italien :
Michel-Ange / Michelangelo Buonarotti: « A travailler tordu… »/ « I’ ho già fatto un gozzo… » (14/01/2016)
Poème suivant en italien :
Giuseppe Ungaretti: La Pitié / La Pietà (13/05/2016)
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