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Le bar à poèmes
10 mai 2016

Eugenio Montale (1896 -1981) : « A midi faire halte …/ « Merrigiare pallido… »

montale[1]

 

A midi faire halte, pâle et pensif,

A l’ombre près d’un brûlant mur d’enclos,

Ecouter parmi les ronces et les broussailles

Claquements de merles, bruissements de serpents.

 

Dans les craquelures du sol ou sur la vesce

Epier les files de fourmis rouges

Qui tour à tour se brisent et s’entrecroisent

Au sommet de meules minuscules.

 

Observer dans le feuillage comme palpitent

Au loin les écailles de mer

Tandis que des pics chauves se lèvent

De tremblants craquètement de cigales.

 

En allant dans le soleil qui éblouit,

Sentir, triste merveille,

Combien toute la vie avec ses peines

Est dans cette marche le long d’une muraille

Qu’en haut hérissent des tessons de bouteille.

 

Traduit de l’italien par Patrice Dyerval Angelini

In, "Anthologie bilingue de la poésie italienne"

Editions Gallimard (La Pléiade), 1994

 

Sieste à midi

Faire, pâle et pensif, sa méridienne

Près d’un mur surchauffé de jardin, écouter

Bruissement de serpents, sifflets claquants de merles

Dans les ronces et les broussailles.

 

Sur le sol crevassé ou sur les vescerons

Guetter des fourmis rouges les processions

Se rompant tour à tour, s’enchevêtrant

En haut des monticules.

 

Parmi les frondaisons contempler le lointain

Frémissement de la mer tout écailles,

Quand les crissants trémolos des cigales

S’élèvent des pics chauves.

 

Et marchant sous le soleil qui brasille ;

Sentir avec un triste étonnement

Que la vi et tout son tourment

Se bornent à longer une muraille,

Crénelée de tessons acérés de bouteille.

 

Traduit de l’italien par Sicca Venier

In, « Poètes d’Italie, Anthologie des origines à nos jours »

Editions de la Table Ronde, 1999

 

S’étendre à l’ombre, pâle et rêveur

près du mur brûlant d’un enclos ;

écouter dans les ronces et les broussailles

siffler les merles, glisser les couleuvres.

 

Epier dans les fentes du sol ou sur les feuilles des vesces

les lignées de rouges fourmis

qui, tantôt se dispersent, tantôt s’entrecroisent

au sommet de mottes minuscules.

 

Observer à travers les feuillages

le lointain mouvement des écumes de mer

pendant que s’élèvent les craquètements vibrants

des cigales sur les collines pelées.

 

Puis, marchant dans l’aveuglant soleil,

sentir avec une tristesse étonnée

combien toute la vie et son tourment

tiennent en ce cheminement le long d’un mur

au faite muni de tessons de bouteilles.

 

 

Traduit de l’italien par Geneviève Burckhardt

In, « Italie poétique contemporaine »

Editions du Dauphin, 1968

Du même auteur :

La bourrasque / La bufera (14/08/2019)

 Bateaux sur la Marne / Bache sulla Marna (14/08/2020)

Correspondances (08/02/2021)

Le penser du prisonnier / Il sogno del prigionero (14/08/2021)

« Ne t’abrite pas à l’ombre... » / « Non rifugiarti nell'ombra... »  08/02/2022) 

Midi / « Gloria del disteso mezzogiorno... » (14/08/2022)

« Côtes de Ligurie... » / « Riviere... » (08/02/2023)

« Ne nous demande pas le verbe... » / « Non chiederci la parola... » (13/08/2023)

 Quatre poèmes / Quattro poesie (08/02/2024)

Sarcophage / Sarcofaghi (14/08/2024)

Elégie de Pico  Farnese / Elegia di Pico Farnese 08/02/2025)


 

Meriggiare pallido e assorto

presso un rovente muro d’orto,

ascoltare tra i pruni e gli sterpi

schiocchi di merli, frusci di serpi.



Nelle crepe del suolo o su la veccia

spiar le file di rosse formiche

ch’ora si rompono ed ora s’intrecciano

a sommo di minuscole biche.



Osservare tra frondi il palpitare

lontano di scaglie di mare

m entre si levano tremuli scricchi

di cicale dai calvi picchi.



E andando nel sole che abbaglia

sentire con triste meraviglia

com’è tutta la vita e il suo travaglio

in questo seguitare una muraglia

che ha in cima cocci aguzzi di bottiglia

 

Ossi di seppia

Gobetti Editore, Torino, 1925

 Poème précédent en italien :

Michel-Ange / Michelangelo Buonarotti: « A travailler tordu… »/ « I’ ho già fatto un gozzo… » (14/01/2016)

Poème suivant en italien :

Giuseppe Ungaretti: La Pitié / La Pietà (13/05/2016)

 

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