Loys Masson (1905 – 1969) : Poème de Montiron
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Poème de Montiron
Les prés son royaux où l’aurore a marché chaude encore de l’étreinte de
l’éternel
descendue au-devant de moi royal d’amour moi-même parce que vous
êtes là.
Dans les labours de l’idée hier saccagés de pluie, à la lumière des luzernes
pâles se rallument les alchimies
L’intraduisible revient d’exil vous nommer recours et grâce
et là-bas le poème aux ailes de prophétie navigue à se poser
où la huppe tout à l’heure avait déployé son plumet de dentelle étrange
à mi-sentier.
La beauté la voyez-vous, qui s’exhale de la mare ? Elle a vos bras, les y
reflète dessinant une arche
et c’est sous cette arche sainte c’est sous ce pont de joie tremblée que nous
fait retour le premier rayon.
Ce calme en moi, cette moire !
cette soie qui glisse peu à peu du silence à la musique !
Je suis Dieu paisible réinventant la voix à genoux devant votre archétype
les inflexions les plus subtiles de la tendresse
- Ces champs pour toujours s’en souviendront quels que soient le visage
futur de la semaille ici
son poids de chant sur la terre sèche.
Je connais tout de cette terre ses moindres fleurs ses fruits les plus secrets,
je suis le guetteur chuque matin dans le périscope des sorghos et des blés
regardant aborder la douceur ;
Mais en même temps j’étais verrouillé en moi bâillonné – j’attendais la
réconciliation.
elle est venue de vos mains :
Que le monde est pur aujourd’hui qui se renverse sur votre poitrine vers
demain !
Un souffle bleu enchante la pierre, il en fait une génuflexion à l’adresse du
végétal –
Au bout d’une hampe de radieuse odeur une bannière est portée
qui propose paix et liberté à toutes choses crées,
En votre nom paix et liberté
amour et liberté
Et la fleur bleue l’héliotrope pleut sur vos pieds en gouttes de soleil.
Les rives du temps me sont ici Montiron les plus doux- résonnantes au
monde
partout s’y donne la bonté
Au petit cimetière sur le coteau rond la mort est à peine amour assoupi
sommeil du soir d’été.
C’est en ce lieu si nous savons y demeurer que nous vieillirons le plus
paisiblement
l’un à l’autre liés par ce nœud de brouillard qui traîne à l’aurore sur la
vallée
de la Gimone au nom comme une palombe blessée,
Et plus tard, et bien plus tard, en ces prairies d’où montera après l’année
la jeune année
D’où montera le mai après l’avril
les hommes ne pourront aller dans l’herbe lourde comme un serment sans
savoir
que nous nous sommes aimés ici
Et ils le diront et
quelque moulin du vent alors moudra pour nous en musique la parole fidèle
des blés
des avoines grêles et nues.
La Dame de Pavoux
Editions Robert Laffont, 1965
Du même auteur :
« Je n'ai jamais connu dans sa vérité… » (25/07/2014)
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