Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le bar à poèmes
9 août 2025

Loys Masson (1905 – 1969) : Poème de Montiron


 

 

 

Poème de Montiron

 


     Les prés son royaux où l’aurore a marché chaude encore de l’étreinte de 


l’éternel


     descendue au-devant de moi royal d’amour moi-même parce que vous


êtes là.


     Dans les labours de l’idée hier saccagés de pluie, à la lumière des luzernes 


pâles se rallument les alchimies


     L’intraduisible revient d’exil vous nommer recours et grâce


     et là-bas le poème aux ailes de prophétie navigue à se poser


     où la huppe tout à l’heure avait déployé son plumet de dentelle étrange


     à mi-sentier.


     La beauté la voyez-vous, qui s’exhale de la mare ? Elle a vos bras, les y 


reflète dessinant une arche


     et c’est sous cette arche sainte c’est sous ce pont de joie tremblée que nous


fait retour le premier rayon.


     Ce calme en moi, cette moire !  


     cette soie qui glisse peu à peu du silence à la musique !


     Je suis Dieu paisible réinventant la voix à genoux devant votre archétype


     les inflexions les plus subtiles de la tendresse


     - Ces champs pour toujours s’en souviendront quels que soient le visage


futur de la semaille ici


     son poids de chant sur la terre sèche.


     Je connais tout de cette terre ses moindres fleurs ses fruits les plus secrets,


je suis le guetteur chuque matin dans le périscope des sorghos et des blés


     regardant aborder la douceur ;


     Mais en même temps j’étais verrouillé en moi bâillonné – j’attendais la


réconciliation.


     elle est venue de vos mains : 


     Que le monde est pur aujourd’hui qui se renverse sur votre poitrine vers 


demain !


     Un souffle bleu enchante la pierre, il en fait une génuflexion à l’adresse du


végétal –


     Au bout d’une hampe de radieuse odeur une bannière est portée


     qui propose paix et liberté à toutes choses crées,


     En votre nom paix et liberté


     amour et liberté


     Et la fleur bleue l’héliotrope pleut sur vos pieds en gouttes de soleil.

 

     Les rives du temps me sont ici Montiron les plus doux- résonnantes au 


monde 


     partout s’y donne la bonté


     Au petit cimetière sur le coteau rond la mort est à peine amour assoupi


     sommeil du soir d’été.


     C’est en ce lieu si nous savons y demeurer que nous vieillirons le plus


paisiblement


     l’un à l’autre liés par ce nœud de brouillard qui traîne à l’aurore sur la 


vallée


     de la Gimone au nom comme une palombe blessée,

 

 


     Et plus tard, et bien plus tard, en ces prairies d’où montera après l’année 


la jeune année


     D’où montera le mai après l’avril


     les hommes ne pourront aller dans l’herbe lourde comme un serment sans


savoir


     que nous nous sommes aimés ici


     Et ils le diront et


     quelque moulin du vent alors moudra pour nous en musique la parole fidèle


des blés


     des avoines grêles et nues.  

 

 

La Dame de Pavoux


Editions Robert Laffont, 1965

 


Du même auteur :


 « Je n'ai jamais connu dans sa vérité… » (25/07/2014)


Symphonie 1959 de Paula (21/05/2017)


Poème à mon père (21/05/2018)


Poème du 20 Avril (1 et 2) (09/08/2024)
 

 

 

Commentaires
Le bar à poèmes
Archives
Newsletter
124 abonnés