/image%2F1371599%2F20260901%2Fob_a77ef6_so-57ecd0bc66a4bdbe429d772c-ph0-1.jpg)
Edouard Glissant, en 2007 à Itxassou pour Errobiko festibala. ph. J.-D. C. © Crédit photo : Chopin Jean Daniel
Pays d’avant
Au loin le pays sonnait. Dans l’éclaircie labourée
Entre les hauts plis d’arbres inconnaissables
Ce bruit, bronze battu, tombait en herbe
Nous étions deux, peuple de nuit et peuple de clairière
Pays d’avant
Que nous ne savions pas être l’Avant
Tout autant que l’errant ne connaît la rivière qui là
Le déchire d’une eau comme ronce
*
La porte du milieu ferrait l’orée. Pas un feuillage
Ne ventait au bleu d’où la reptation
Se retirait. Les murs friaient sous la main, l’ongle
Y striait des rivières en crue
*
Savions-nous que l’éperon surgit mortel au han
Des souques d’aviron
Nous le savons. L’étant insu ne dilate la mer
Tout indélimité s’évanouit aux portes
Nous sommes nés de ce tri d’eau de mer
Du seul imperceptible flanc de terre comme un maïs
*
Nous courons dans la foule avons crié aux chiens
Mangé la morue frite auprès des lumignons, la nuit
Nous coule au flanc les cris
Roulent dans la ravine des morts
Nous n’avons drap pour nous lever sur l’algue
Irrémédiable et nous hélons avec les agoutis
Toutes les bêtes qui nous nagent au cœur
*
Laoka pile le sable en lieu de mil
Et les Enofis tendent en feuillage la nuit
Milos doigts rouges tord le bronze bat les glaives
Son ventre luit comme d’une accouchée bientôt, Milos
Nous mande, alors entre les hauts de branches lève
Droit sous sa main notre mère la lune
*
Dans la troupe des enfants qui touchent au front l’Aveugle
Sonnant en force ils chantent le Ho-a, un seul
Tremble de cet arbre e fait de l’ombre sur la place
Ils courent les mille trente pas, des murailles d’ocre
Aux palissades à vautours, ils ont
Armé midi de sa racine, les doigts ouverts
Un seul mourra d’empan de mer
*
Ô prends ce plaisir qui va pour finir et l’amasse
Auprès du jardin de la Première Epouse
Manguiers de carême ont fleuri de rosée
La mangue fond et c’est de menthe frissonnée
Nous nous sommes accroupis la sueur crêpait aux cheveux
Avons bu dans la coupe que tu dis tienne ô fille
Dans ta multiplicité avons convoqué l’Unique
Dormi béants près de la mare. Ô ma souffrance sur ton erre
Grandit le figuier-maudit. Le conteur
Ichneumon ainsi joute et dit
*
Nous parlons clair qui ne sommes poètes ni chanteurs fous
Notre voix fronce aux plis des bleus mahoganys
Nos contes s’éclaircissent de virer au van du soir
Les enfants les récitent d’un an à l’autre
*
Il n’est filiation ô conteur
Ni du nom à la terre ni du vent
A la cendre. Ls fonds levèrent
Il lève ces fonds marins dans nos antans et nos faims
Pays rêvé, pays réel
Editions du Seuil, 1985
Le grand midi (01/09/2019)
Saison unique (01/09/2020)
Saisons (01/09/2021)
Miroirs / Givres (01/09/2022)
Afrique (01/09/2023)
L’eau du volcan (1 et 2) (01/09/2024)
Pour Mycéa (01/09/2025)