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Le bar à poèmes
31 août 2026

Dominique Sorrente (1953 -) : Oiseau passeur

 

 

Dominique Sorrente FDN 2020

 

 

Oiseau passeur

 

 

I

 

Porter l’entaille au cristal arrogant du concept.

 

 

 

*

 

Dans la tourmente,

 

garde toujours près de toi une queue de sirène,

 

 

*

 

Parti en quête d’un travail de fourmi. Tu verras

 

 

comme le monde est minutieux.

 

*

 

Prendre ses distances d’avec l’inexistant,

 

en jouant soigneusement aux billes.

 

 

 

*

 

Parole du très-bas de passage :

 

chaque jour est un acte manqué qui s’ignore.

 

 

 

*

 

A mi-chemin, ne demande plus rien à la lumière ;

 

elle captiverait ton pas.

 

 

 

*

 

L’appui du rêve : lentement comme pour nous rejoindre,

 

il amasse ses chants autour de nous. Puis il devient le cri qui

 

heurte.

 

 

 

*

 

Cette ligne en discontinu que je poursuis,

 

tantôt cassé, tantôt liant.

 

 

 

Qui, de nouveau ?

 

 

 

 

II

 

C’est de nuit que tisse l’inconnue ;

 

les passages se laissent prendre au réveil.

 

 

 

*

 

Sagesse de ces nations-là :

 

l’aube affranchit l’oiseau,

 

le soleil, deuxième arrivant,

 

le rend siffleur.

 

 

 

*

 

Qi n’est ni de roseau ni d’infini,

 

mais glisse à leurs côtés

 

et sans prendre parti,

 

la bouche rendue autre.

 

 

 

Souffle nomade.

 

 

 

*

 

Liesse qui tousse,

 

monstre qui fume :

 

aucune affaire pliée d’avance.

 

 

 

Sur ses cinq lettres à l’esprit caché,

 

on dit que le repos,

 

lui-même un jour,

 

trouva repos.

 

 

 

*

 

Celui qui parle et ne sait rien.

 

Celui qui sait et ne dit rien.

 

Chacun son tour invente le monde,

 

clignant de l’œil.

 

 

 

Et le rien n’en pense pas moins.

 

 

 

*

 

On ne demande pas à un arbre, fût-il bien élevé,

 

de compter ses branches.

 

 

 

N’arrête pas les étoffes du feu. Fais-en des chamanes

 

pour lâcher les paroles dan l’osier du jour.

 

 

 

 

III

 

 

La prière de cette aube

 

a le parfum du bois coupé.

 

 

 

Celle de demain, peut-être,

 

goûtera la braise a ta bouche.

 

 

 

Plus tard, elle se fera

 

hache ou flamme bleue

 

ou quoi encore ?

 

 

 

Prière aux visages traversiers.

 

 

 

Imprévisible pointe.

 

 

 

*

 

Entre l’humeur chaleureuse du clown,

 

la sainte folie du baiser

 

et la lente sagesse des arbres,

 

n’hésite pas un seul instant.

 

 

 

Choisis les trois.

 

 

 

Bois, ami, et sois fertile ;

 

ne prends pas masque

 

comme l’hypocrite

 

qui ne sait plus la forme même de son visage.

 

 

 

*

 

De quel arbre es-tu fait ?

 

De quel bois te chauffes-tu ?

 

 

 

Ainsi palabrent les écorces des hommes

 

sans voir que c’est la même sève

 

d’étrangère nue

 

qui les fait vivre.

 

 

 

*

 

Le naufrage du vent,

 

l’abandonné des flammes,

 

l’emporté de la pluie,

 

l’englouti de la terre.

 

 

 

Tant de noms désertés par l’acier de ta ville

 

pour apprendre à épeler

 

ce à quoi parfois tu ressembles.

 

 

 

Un brin d’éternité

 

loge dans le puits sans fond.

 

 

 

Mais il est dit

 

qu’il te faudra trois jours

 

qui sont comme mille ans

 

pour le cueillir.

 

 

 

Souvent à la margelle attendent les trois jours.

 

 

 

*

 

Tous les hommes portent des images qui passent

 

et se retirent.

 

 

 

Heureux sont-ils

 

ceux qui les font tourner

 

 

 

sous la lanterne magique de la poésie

 

 

 

pour qu’elles enfantent l’autre côté du mur.

 

 

 

*

 

Les musiques qui s’en vont de nous

 

reviennent toujours un matin se placer

 

dans le milieu exact de la roue.

 

 

 

Ainsi le chariot du monde.

 

 

 

IV

 

Cheval qui s’éveille déjà, le rêve

 

sait pour de vrai.

 

 

 

Il traverse les parois de la chambre,

 

négocie d’une traite avec le paysage.

 

Disparu, désormais

 

 

 

L’heure de nous laisser

 

à sa leçon d’intermittence.

 

 

 

*

 

Toius les commencements

 

nous laissent sur leur fin.

 

 

 

Toutes les fins ont des humeurs de franchissement.

 

 

 

C’est pourquoi nous continuons

 

inlassablement

 

le désir de changer.

 

 

 

A présent, quitte,

 

dit la voix

 

 

 

Quatre pour la peur des ennemis du souterrain.

 

Quitte l’ombre vouée à sa proie.

 

 

 

Le premier migrateur venu,

 

plein ciel,

 

 

t’enseignera la point du jour.

 

 

*

 

A une source,

 

faire boire la guérisseuse

 

née des instances réfractaires.

 

 

 

Jeter une monnaie

 

sur le refoulement des douleurs.

 

 

 

C’est le premier des baumes,

 

dit un cri d’aigle,

 

avant de s’orienter dans l’ouvert.

 

 

 

V

 

 

au comptoir des nombres

 

 

J’ai rêvé d’un futur

 

qui compterait discrètement sur ses doigts

 

et n’arriverait pas jusqu’au bout de tous ses sentiments

 

cachés.

 

 

 

*

 

Entre le nom qui donne à voir

 

et l’ombre qui s’évertue à prolonger l’instant,

 

voici le nombre, seul

 

comme un déchiffrement qui n’a jamais eu lieu.

 

 

 

Seul dans son plus simple appareil. Au pays du comptage.

 

 

 

*

 

D’une vie multiple au silence soustrait,

 

garde par devers toi l’addition de tous tes gestes offerts.

 

Salue les regards divisés. Laisse la minute

 

du plus parfait silence

 

 

réaliser toutes ses opérations et les dissoudre.

 

 

 

*

 

Le monde, comme une terre énumérée.

 

 

 

 

 

 

Pays sous les continents,

 

un itinéraire poétique, 1978 – 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Editions M L D, 22000 Saint-Brieuc, 2009

 

Du même auteur

:
Lettre du passager (31/08/2019)


 Citadelles et mers (31/08/2020)


L’Apparent de lumière (31/08/2021)


Ephémérides (31/08/2022)


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