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Le bar à poèmes
26 août 2026

Dominique Sampiero (1954 -) : Marche offerte (1)

 

 

 

 

Marche offerte

 

 

 

                                                                paille

 

                                                                est le mot de passe

 

 

 

                                                                      les yeux

 

                                                                naissent

 

 

 

                                                                de leur silence

 

 

La pierre refuse.

 

L’homme naîtra de ses propres lèvres. Elles brûlent pour la densité des refuges.

 

Il ne faut rien prendre car si nous n’y prenions garde le CRI restaurerait l’ivresse.

 

Ceux qui portent les vergers à fleur de peau retiennent avec peine leur envie des

 

grandes profondeurs.

 

Le fleuve nous unit à l’espace blanc et nous achemine vers une nudité plus trouble.

 

C’est pour cela sans doute que notre visage devient un abri pour ceux qui marchent.

 

 

 

 

     L’or

 

 

 

on entre en lui comme dans un jardin, sans le savoir

 

et l’on prononce l’appétit

 

 

 

flux et reflux du hasard

 

à travers lequel les enfants

 

apprennent

 

 

 

la Soie

 

 

 

la source du geste

 

 

 

       l’œil

 

 

 

dont l’aile franchit l’écorce

 

 

 

la couleur des rouilles

 

supplie l’eau de vêtir la nuit

 

 

 

                                                     le CRI

 

                                               borne l’épave

 

 

 

La pierre apprend le sang

 

et si elle ne transforme l’or

 

son premier souffle est un battement de cœur

 

 

 

 

nue

 

 

 

sans mémoire

 

une terre entre deux métaphores

 

 

 

     chair

 

visage réconcilié

 

résurgence de la source obscure

 

 

 

peut-être calme du roc

 

 

     reflet du silence à la verticale où s’écrivent les pistes

 

     pays

  

                  goutte à goutte

 

dans l’approche

 

 

 

                                           nous respirons

 

 

 

la courbe inaccessible

 

nous condamne

 

à contempler

 

 

 

comme si nous espérions, enfants

 

refaire le monde

 

avec élytres, akènes, vieilles futailles

 

dans leurs soubassements

 

de source

 

 

 

il y a toujours              la violette

 

délicieux sommeil de jeunesse

 

cheval à petite crinière

 

 

 

il y a toujours les cendres

 

- mer agitée de

 

  refuge                      terre bleue

 

   cercle

 

   haute nuit

 

 

 

lunes et visages, nus

 

 

il y a toujours les mousses destinées aux herbes

 

 

 

parole sans berger

 

au seuil

 

 

 

   nos racines

 

 

 

 

tu quitteras le chaos d’ambre

 

et de brulure

 

le sentier épais

 

le cèdre

 

la ruche des regards

 

la porte esquivée

 

 

 

pour l’empreinte coupée de silence

 

 

 

parfois

 

 

 

j’entends s’éteindre

 

la rivière nimbée d’entailles. Ell n’abrite rien d’autre que ces femmes d’écorce

 

dont les fronts se courbent

 

                     émeraudes sous les roseaux

 

Aujourd’hui territoires, les fleurs sarclent la tombe envahie de salive.

 

Tout ceci bouge dedans, dehors

 

et vous qui cherchez vos fusils ne trouverez que la hargne des sourires

 

 

 

la tuile humant la pluie

 

 

 

le crâne dévastant sa nuque

 

 

 

l’église recouvrant les tripes d’un nuage

 

 

 

l’alouette jalouse du cerf-volant

 

 

 

l’errance toujours,

 

hersée de clous qui s’enhardissent à ressembler aux épines

 

 

 

                           Pourquoi

 

 

 

                           Pourquoi

 

 

 

tant de chaumes nous faisaient craindre notre propre visage ?

 

 

 

tu te quitteras

 

encore

 

 

 

et encore

 

 

 

 

jusqu’à l’enfance des rouilles

 

la patine du miel

 

 

 

l’exil des jardins

 

récolte parmi les flammes

 

 

 

ce n’est point l’été qui fut difficile

 

mais la ronce

 

le reflux des riens

 

le soir de l’encre

 

la lettre broyée de hasard

 

 

 

le feu des feuilles en fleur

 

 

 

                    *

 

 

alors, tu te refais

 

tu reviens

 

 

 

chaque musique retourne au lien

 

 

 

chaque clairière

 

c’est nous

 

 

 

marche offerte

 

à pile ou face d’un livre bleu

 

dont l’œil

 

tranche

 

 

 

sur la coque du poème

 

 

 

terre

 

qui chaque fois

 

hésite

 

aux lèvres du raisin

 

 

 

                    *

 

 

le sang ou le vin

 

nous ont promis l’étoile

 

 

 

déjà, nous cueillons ces cheveux

 

qui parlent

 

 

 

le lait des colombes

 

l’eau des plaies

 

 

 

le geste des murs

 

la pluie d’hirondelle

 

 

 

les clochers du feu

 

l’ombre

 

 

 

l’âge des neiges

 

ce chien dans nos rides

 

 

 

ce que tu disais

 

lorsque l’abeille

 

demandait refuge

 

 

 

Les arbres vibrent derrière le ressac.

 

... comme la parole, nous demeurons rassemblés derrière l’étreinte. Nous

 

répétons les racines qui scellent. Le vent est là, accordant le souffle à la

 

lumière. Présence du feuillage.

 

En ses yeux, nous cherchons à tâtons les traces de l’essentiel...

 

 

 

en ses yeux, nous marchons

 

 

la parole s’est oubliée aux sources

 

avec tant de douceur

 

qu’un geste d’eau profonde

 

trouve l’indifférente syllabe du CRI

 

d’une couleur poignante et suppliante

 

 

 

la jeune fille qui passe là

 

nous embrasse

 

 

 

son chemin : l’écoute

 

 

 

Rosée

 

est un prénom

 

      d’épaule

 

 

 

    lent miroitement

 

qui ferme la robe

 

des phrases

 

 

 

larme d’ivoire

 

 

 

la page laisse fondre

 

l’homme imbibé de neige

 

 

 

 

la présence

 

c’est encore l’oiseau

 

qui ne sait rien

 

mais dont le vol

 

enveloppe

 

l’essence du monde

 

 

 

rivière vêtue de glaise et d’aurore

 

 

 

                    *

 

 

Empreinte des galops : le chant

 

C’est de toi pourtant que sourdent les pouvoirs de la patience.

 

L’enfance verse l’or des terres sauvages.

 

Les sables n’ont cessé d’accompagner les contours bleus de nos mains –

 

archipels sous la lampe.

 

Les crevasses scintillent. Elles se déchirent et disparaissent sous nos paupières.

 

Les pierres rêvent d’accompagner l’oiseau.

 

 

 

le soir

 

aux ardoises mauves

 

révèle

 

 

 

des visages

 

 

mêlés de brume et d’incertitude

 

 

 

la ville se disperse à l’heure des corps lucarnes

 

de ce côté-ci des brouillards, le souffle

 

 

 

                                               est un marais

 

 

 

le renard                de nos mains creuse

 

au hasard, les jardins du regard

 

 

 

                                               et d’un rien

 

 

 

     fait le miel

 

l’âme rouge des arbres

 

le DIT du lilas

 

 

 

la terre qui danse

 

                                           le bleu     soleil

 

le livre cerf-volant

 

 

 

d’un rien nos voix lissent

 

le feu

 

 

 

     comme un lait de bois pauvre

 

 

 

                                     c’est la nudité parfois

 

                                     qui est l’or des grilles

 

 

.....................................................................................    

 

    

 

 

 

L’homme suspendu

 

Fondation David Kupfermann, 1989

Du même auteur :


 « On ne peut pas s'empêcher de mourir » (30/10/2014)


« La main, en écrivant… » (12/10/2016)


« Tu dis « je vais à ta rencontre … » (12/10/2017)


« Je range tes lettres... » (12/10/2018)


Lettre à ceux qui ne me liront jamais (26/08/2023) 


Ce bouquet de fougères (1) (26/08/2024)

 

Ce bouquet de fougères (2) (26/08/2025)

 

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