Dominique Sampiero (1954 -) : Marche offerte (1)
/image%2F1371599%2F20260826%2Fob_696ce2_devant-la-vieille-porte-a-civrac-de-b.jpg)
Marche offerte
paille
est le mot de passe
les yeux
naissent
de leur silence
La pierre refuse.
L’homme naîtra de ses propres lèvres. Elles brûlent pour la densité des refuges.
Il ne faut rien prendre car si nous n’y prenions garde le CRI restaurerait l’ivresse.
Ceux qui portent les vergers à fleur de peau retiennent avec peine leur envie des
grandes profondeurs.
Le fleuve nous unit à l’espace blanc et nous achemine vers une nudité plus trouble.
C’est pour cela sans doute que notre visage devient un abri pour ceux qui marchent.
L’or
on entre en lui comme dans un jardin, sans le savoir
et l’on prononce l’appétit
flux et reflux du hasard
à travers lequel les enfants
apprennent
la Soie
la source du geste
l’œil
dont l’aile franchit l’écorce
la couleur des rouilles
supplie l’eau de vêtir la nuit
le CRI
borne l’épave
La pierre apprend le sang
et si elle ne transforme l’or
son premier souffle est un battement de cœur
nue
sans mémoire
une terre entre deux métaphores
chair
visage réconcilié
résurgence de la source obscure
peut-être calme du roc
reflet du silence à la verticale où s’écrivent les pistes
pays
goutte à goutte
dans l’approche
nous respirons
la courbe inaccessible
nous condamne
à contempler
comme si nous espérions, enfants
refaire le monde
avec élytres, akènes, vieilles futailles
dans leurs soubassements
de source
il y a toujours la violette
délicieux sommeil de jeunesse
cheval à petite crinière
il y a toujours les cendres
- mer agitée de
refuge terre bleue
cercle
haute nuit
lunes et visages, nus
il y a toujours les mousses destinées aux herbes
parole sans berger
au seuil
nos racines
tu quitteras le chaos d’ambre
et de brulure
le sentier épais
le cèdre
la ruche des regards
la porte esquivée
pour l’empreinte coupée de silence
parfois
j’entends s’éteindre
la rivière nimbée d’entailles. Ell n’abrite rien d’autre que ces femmes d’écorce
dont les fronts se courbent
émeraudes sous les roseaux
Aujourd’hui territoires, les fleurs sarclent la tombe envahie de salive.
Tout ceci bouge dedans, dehors
et vous qui cherchez vos fusils ne trouverez que la hargne des sourires
la tuile humant la pluie
le crâne dévastant sa nuque
l’église recouvrant les tripes d’un nuage
l’alouette jalouse du cerf-volant
l’errance toujours,
hersée de clous qui s’enhardissent à ressembler aux épines
Pourquoi
Pourquoi
tant de chaumes nous faisaient craindre notre propre visage ?
tu te quitteras
encore
et encore
jusqu’à l’enfance des rouilles
la patine du miel
l’exil des jardins
récolte parmi les flammes
ce n’est point l’été qui fut difficile
mais la ronce
le reflux des riens
le soir de l’encre
la lettre broyée de hasard
le feu des feuilles en fleur
*
alors, tu te refais
tu reviens
chaque musique retourne au lien
chaque clairière
c’est nous
marche offerte
à pile ou face d’un livre bleu
dont l’œil
tranche
sur la coque du poème
terre
qui chaque fois
hésite
aux lèvres du raisin
*
le sang ou le vin
nous ont promis l’étoile
déjà, nous cueillons ces cheveux
qui parlent
le lait des colombes
l’eau des plaies
le geste des murs
la pluie d’hirondelle
les clochers du feu
l’ombre
l’âge des neiges
ce chien dans nos rides
ce que tu disais
lorsque l’abeille
demandait refuge
Les arbres vibrent derrière le ressac.
... comme la parole, nous demeurons rassemblés derrière l’étreinte. Nous
répétons les racines qui scellent. Le vent est là, accordant le souffle à la
lumière. Présence du feuillage.
En ses yeux, nous cherchons à tâtons les traces de l’essentiel...
en ses yeux, nous marchons
la parole s’est oubliée aux sources
avec tant de douceur
qu’un geste d’eau profonde
trouve l’indifférente syllabe du CRI
d’une couleur poignante et suppliante
la jeune fille qui passe là
nous embrasse
son chemin : l’écoute
Rosée
est un prénom
d’épaule
lent miroitement
qui ferme la robe
des phrases
larme d’ivoire
la page laisse fondre
l’homme imbibé de neige
la présence
c’est encore l’oiseau
qui ne sait rien
mais dont le vol
enveloppe
l’essence du monde
rivière vêtue de glaise et d’aurore
*
Empreinte des galops : le chant
C’est de toi pourtant que sourdent les pouvoirs de la patience.
L’enfance verse l’or des terres sauvages.
Les sables n’ont cessé d’accompagner les contours bleus de nos mains –
archipels sous la lampe.
Les crevasses scintillent. Elles se déchirent et disparaissent sous nos paupières.
Les pierres rêvent d’accompagner l’oiseau.
le soir
aux ardoises mauves
révèle
des visages
mêlés de brume et d’incertitude
la ville se disperse à l’heure des corps lucarnes
de ce côté-ci des brouillards, le souffle
est un marais
le renard de nos mains creuse
au hasard, les jardins du regard
et d’un rien
fait le miel
l’âme rouge des arbres
le DIT du lilas
la terre qui danse
le bleu soleil
le livre cerf-volant
d’un rien nos voix lissent
le feu
comme un lait de bois pauvre
c’est la nudité parfois
qui est l’or des grilles
.....................................................................................
L’homme suspendu
Fondation David Kupfermann, 1989
Du même auteur :
« On ne peut pas s'empêcher de mourir » (30/10/2014)
« La main, en écrivant… » (12/10/2016)
« Tu dis « je vais à ta rencontre … » (12/10/2017)
« Je range tes lettres... » (12/10/2018)
Lettre à ceux qui ne me liront jamais (26/08/2023)
Ce bouquet de fougères (1) (26/08/2024)
Ce bouquet de fougères (2) (26/08/2025)