Juan de Timoneda (vers 1518-1520 – 1583) : « Puisque le temps est venu... » / « Pues el tiempo se me pasa... »
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Villancico
Puisque le temps est venu,
Ma mère, je vous le dis,
Je ne veux plus dormir seule.
Je veux cueillir ma saison
En fille avisée et sage ;
Ne me faites donc pas perdre
Cette fleur de la jeunesse.
Je vous le dis pour de bon,
Comme je l’ai déjà fait :
Je ne veux plus dormir seule.
Ma mère, je sais qui m’aime
Et me voudrait bien servir ;
Je ne suis borgne ni laide,
Ni mal faite pour le lit.
Que me manque-t-il encore ?
Dites-le car je l’ignore :
Je ne veux pas dormir seule.
Ne suis noire ni métisse
Pour ne point avoir d’amours,
Mais fraîche comme la fleur
Et polie comme l’argent.
Qu’elle soit seule en son lit
La dévote à patenôtres :
Moi, je ne veux dormir seule.
Il me faut voir toute nue,
Touffe de poils à sa place,
Jambes, cuisses et visage
Comme on n’en a jamais vu.
Longue est la nuit, elle est noire.
Mère, j’en serai transie :
Je ne veux pas dormir seule.
Qui donc n’aurait pas bien peur
Seile de nuit dans son lit ?
Un galant avec sa belle,
Ils sont à leur juste place
Dessous une courtepointe.
Seule, on ne pleure ni chante :
Je ne veux pas dormir seule.
Traduit de l’espagnol par Mathilde Pomès
In, » Anthologie de la poésie espagnole »
Librairie Stock, 1957
Villancico
Pues el tiempo se me pasa,
madre mía, en buena fé,
sola yo no dormiré.
Gozar quiero de mi edad
como sabia moza y cuerda,
no queráis, madre, que pierda,
aquesta mi mocedad.
Certifico’s qu’es verdad,
como ya dicho’s lo he :
sola yo no dormiré.
Madre, ya sé quién me ama
y quién servirme desea,
que no soy tuerta ni fea
ni mala para en la cama.
¿Qué me falta para dama?
Decildo, que no lo sé :
sola yo no dormiré.
No soy negra ni mulata
para no tener amores,
mochacha como las flores,
hermosa como la plata.
Duerma sola la beata,
que tiene causa por qué :
sola yo no dormiré.
Desnuda soy muy hermosa,
no tengo pelo mal puesto,
piernas y muslos y gesto,
no se ha visto otra tal cosa.
Noche larga y tenebrosa,
madre, que me asombraré,
sola yo no dormiré.
¿Cuál es la que no se espanta
de noche sola en la cama ?
Un galán con una dama
estan bien bajo una manta.
Sola no llora ni canta
una persona qu’esté :
sola yo no dormiré.
Poème précédent en espagnol :
Luis Mizón : Le songe du figuier en flammes / El sueño de la higuera en llamas (V,1- 17) (05/08/2026)