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Le bar à poèmes
25 août 2026

Claude Esteban (1935 – 2006) : Sept cris dans le corps d’un homme (I-IV)

Ulm-LSH / Jourdan-SHS

 

 

 

 

Sept cris dans le corps d’un homme

 

 

(extraits)

 

 

I

 

J’ai mangé le pain, je suis

 

mort, j’ai bu

 

 

 

la coupe et la terre s’est ouverte, qui

 

m’accuse, qui me défend

 

 

 

comme les astres

 

quand ils tournent au loin se ressemblent

 

 

 

j’ai cru qu’on pouvait

 

les vaincre avec un mot et ce mot

 

 

 

avait un goût de poussière dans ma bouche, j’ai

 

mangé la poussière, j’ai bu le fiel

 

 

 

où êtes-vous,

 

vous qui vouliez partir avec moi

 

 

 

qu’on vous oublie.

 

 

 

II

 

 

Je suis nu, le soleil est mon ennemi,

 

les scorpions

 

 

 

me couvrent la face, répondez-moi, vous

 

les princes du mal, faites

 

 

 

que je cesse et qu’il y ait cet éclair

 

sur la montagne

 

 

 

je suis l’esclave, j’ai porté

 

pour vous plaire toutes les chaînes

 

 

 

mon corps

 

est une écorce à vif

 

 

 

et vous riez, vous jouez

 

avec mes vêtements, comme il est beau

 

 

 

le fils de personne, et quelqu’un

 

qui ne me connaît pas

 

 

 

recueille une goutte de sang

 

et c’est un cri et le voile se déchire.

 

 

 

III

 

 

On me mettra dans un trou

 

on dira, qu’il est facile de porter

 

 

 

ceux qui meurent, le malheur pour eux

 

ne pèse plus, on dira

 

 

 

ce fut au soir, à l’heure où les corneilles

 

se posent

 

 

 

le temps était venu, mais lui

 

qui savait tout du monde, savait-il

 

 

 

qu’il suffit d’une minute, d’un grain de plus

 

dans le sablier

 

 

 

et je serai

 

celui-là, je descendrai

 

 

 

sans que mon corps le veuille dans la caverne

 

et ils boucheront le jour

 

 

 

ils diront, que la terre

 

qu’il aimait tant, l’efface.

 

 

 

IV

 

 

Ne pleurez plus,

 

la terre est douce

 

 

 

les morts s’en vont

 

parmi la mousse

 

 

 

et le soleil

 

comme une hostie

 

 

 

dans le silence

 

juste un glaïeul

 

 

 

tranchant la tige

 

de l’ancien deuil

 

 

 

et le soleil

 

comme une flèche

 

 

 

l’amour grandit

 

quand il nous blesse

 

 

 

 

Ces quatre poèmes sont extraits d’un ensemble publié par Alain Nadaud dans une revue

 

tunisienne maisresté inédit en recueil. Le tapuscrit est daté de février 1998. (Réf. fonds Claude

 

Esteban, IMEC/EST46.2).

 

 

 

 

 

 

In, revue « Secousse » H.S, 10 Avril 2016

 


Revue numérique, Editions Obsidiane, 89500 Bussy-le-Repos

 


Du même auteur : 


« Quand on a souffert trop longtemps… » (10/06/2014)


 Croyant nommer (10/10/2015)


« Dans le vide qui vient… » (12/03/2018)


« Cette femme ... » (13/09/2019)

 

Strophes du monde ancien (I et VII) (25/08/2025)

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