Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le bar à poèmes
26 juillet 2026

Homère / Ὅμηρος (VIIIème siècle av. J.C.) : - « Maintenant te voilà qui t’en va vers la mort... »

 

 

 

 

Lamento d’Andromaque

 

 

 

- « Maintenant te voilà qui t’en vas vers la mort et ses demeures creuses,

 

Et tu me laisses sous le deuil affreux, et dans ta maison comme une veuve !

 

Notre enfant est pourtant encore si petit,

 

Que tous les deux, pauvres de nous, au monde un jour nous avons mis.

 

Ni toi pour lui, ni lui pour toi, vous ne serez un secours jamais, puisque tu

 

     es mort.

 

Et s’il échappe à la lamentable guerre grecque encore,

 

L’avenir ne sera pour lui que peine et douleur,

 

Et les champs qu’il possède seront la proie des ravisseurs.

 

Le jour qui fait un enfant orphelin le prive des amis de son âge,

 

Il baisse la tête devant tous, et ses joues sont mouillées de larmes.

 

Il va trouver les amis de son père, quand il n’a plus d’argent,

 

Il tire l’un par son manteau, l’autre par son vêtement.

 

Ceux qui ont pitié de lui tendent un instant la coupe pour se désaltérer,

 

Mais le temps d’y tremper les lèvres, même pas de se mouiller le palais.

 

Celui qui a un père et une mère l’écarte du festin brutalement,

 

En le frappant avec les poings, et avec des mots insultants :

 

 - Allons, file, ton père ne fait pas partie des invités !

 

Et, quand il pleure, il n’a plus que sa mère, qui est veuve, pour le consoler.

 

Mon petit, lui qui sur les genoux de son père

 

Ne mangeait que la moelle et que l’opulente graisse des moutons, naguère.

 

.................................................................................................................

 

Puis, quand le sommeil le prenait, quand il avait fini de s’amuser

 

Il s’endormait au lit, dans les bras de sa nourrice qui le portait,

 

Sur une couche bien douce, le cœur gavé de bons morceaux !

 

Aujourd’hui, il n’a plus son père, il n’attend plus que mille maux.

 

Lui que les Troyens appelaient le petit Roi de la cité,

 

Tant que c’était toi tout seul qui protégeais leurs portes et leurs hauts murs

 

     fortifiés.

 

...........................................................................................................

 

Et maintenant, auprès des coques de bateaux, et loin des tiens,

 

Les vers grouillants, après que se seront repus les chiens,

 

Vont dévorer ton cadavre nu, alors qu’il y a dans ton palais tes vêtements,

 

Tissés par la main des femmes, ah ! si légers et si charmants !

 

Mais je veux les livrer tous à l’ardeur du feu,

 

Cela ne te servira à rien, puisque tu ne dois pas te reposer vêtu d’eux,

 

Mais au moins ils te rendront gloire devant les Troyens et les Troyennes. »

 

Ainsi dit-elle en gémissant, et les plaintes des femmes répondaient aux siennes.

 

 

 

 

 

Traduit du grec par Robert Brasillach

 

in, « Anthologie de la poésie grecque »

 

Editions Stock, 1950

Du même auteur : 


« Mais, quand l’aube bouclée amena le troisième jour… » (29/10/2015)


« De même que l’on voit... » (24/07/2021)


« Je restais là debout... » (26/07/2022)


Priam aux pieds d’Achille (26/07/2023)


Odyssée. Chant VI (1 et 2) (26/07/2024)

 

« Fils de Laërte, descendant du bon Dieu... » (26/06/2025)

Commentaires
Le bar à poèmes
Archives
Newsletter
135 abonnés