Jacopo Sannazaro (1456 – 1530) : « Oh ! bonheur fugitif... » / « Ahi letizia fugace... »
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Oh ! bonheur fugitif, oh ! sommeil trop léger,
Qui dans un même instant me donnes joie et peine,
Comme tu as au vent dispersé mes espoirs
Et fait fondre au soleil ma gloire comme neige !
Hals ! ma vie ne sera plus qu’ennui pesant,
Si grande est la douleur que j’éprouve en mon âme ;
Je serai aujourd’hui le plus comblé des hommes,
Si je n’avais joui aussi peu de mon bien.
Heureux Endymion, qui, put entre ses bras
Dans son rêve tenir si longtemps sa déesse,
Et plus, si au réveil elle ne s’enfuit pas !
Car enfin si d’une ombre incertaine et labile
Tant de douceur soudain est venue dans mon cœur,
Qu’en serait-il si je l’avais vivante et vraie ?
Traduit de l’italien par Danielle Boilllet
In, « Anthologie bilingue de la poésie italienne »
Editions Gallimard (Pléiade), 1994
Ahi letizia fugace, ahi sonno leve,
che mi dai gioia e pena in un momento,
come le mie speranze hai sparte al vento,
e fatto ogni mia gloria al sol di neve!
Lasso, il mio viver fia noioso e greve,
sì profondo dolor ne l’alma sento;
c’al mondo or non sarebbe uom sì contento,
se non fosse il mio ben stato sì breve.
Felice Endimïon. che la sua diva,
sognando, sì gran tempo in braccio tenne,
e più, se al destar poi non gli fu schiva!
Ché se d’un’ombra incerta e fuggitiva
tal dolcezza in un punto al cor mi venne,
qual sarebbe ora averla vera e viva?
Sonetti e canzoni, 1530
Poème précédent en italien :
Cesare Pavese : Chanson / Canzone (18/04/2026)