Jean Mambrino (1923 – 2012) : Dans la distance, la profusion
/image%2F1371599%2F20260923%2Fob_0df6e1_9782845901735-internet-w290-1.jpg)
Dans la distance, la profusion
SÎMORGH
L’altitude
longue et lisse
sous la main
L’insondable
jaillissant
jusqu’aux lèvres
L’horizon
esserré
dans les bras.
Mais ce point
hors du soi
où ne passent
Ni le Temps ni le Sable ?
INFIMUS INFIMI
Ce point en toi
qui respire
qui souffre et jouit
qui voit
enfoui
dans l’eau de la chair
la glaise du corps
où il s’abrite
perdu parmi
l’abîme étoilé
des cellules
en chacune en nulle
glissant à travers
la vie la mort
l’avenir
déjà passé
pour le contenir
seule est assez petite
l’éternité.
LE FEU EST AU VERT
Un temps à côté
d’un autre temps.
La libellule
sur l’étang
joue avec le feu.
Le nouveau- né
voit tous ces yeux.
Un même présent
circule
dans les divers corps.
Le vif saisit le mort
tout le temps.
DEUXIÈME GENÈSE
Pourquoi le sang
coule-t-il noir ?
Chaque élément
a-t-il un soir ?
Et chaque corps
une autre image ?
Un seul passage
qu’on ne peut voir ?
L’or du visage
toujours sanglant ?
Ainsi le soir
serait l’aurore ?
L’IMPROBABLE
Une plume entre
en voltigeant
par les barreaux
de la prison.
Une plume blanche
au fond de l’ombre
s’est posée.
Parmi toutes les pensées
du monde
d’où vient cette intention
de l’oiseau
et du vent ?
A CLAIRE VOIE
Ce que tu vois
s’échappe.
Ton regard ouvre
une trappe
Où çà
s’égare ?
LE COMMERCE ADMIRABLE
Dans la distance
la profusion .
es arbres s’échangent
et les regards.
Les lèvres façonnent
leur béance.
Les failles les hasards
sont communion.
Le sans-don se donne
à notre absence.
RËVE
Une forme aimée
est assise
sur tes pieds
quand tu dors.
Sans poids
et ombreusement présente
en sa distance.
Elle te voit
allongé
dans une mort vivante.
Et tu écris
sans fin sans effort
sans toi
transmuant la vie
en silence.
DIES NATALIS
L’eau qui vit entoure
tes mains de lumière
détache la terre
collant à tes doigts.
Penche-toi plus bas
et applique encore
le manque d’eau pure
sur tes yeux brûlés.
Mais n’oublie jamais
que cette poussière
sera le dernier
pollen de ton corps.
QÂF
L’attente s’achève.
Marche vers le mur
de l’horizon
traverse le mur
en aveugle
écartant les branches
de tes mains qui rôdent
pendant que lentement
s’élève
derrière toute vision
comme un buisson d’aigles
au-dessus du couchant
la montagne d’émeraude.
ainsi ruse le mystère
Editions José Corti, 1983
Du même auteur :
Il suffit d’un rien ((26/11/14)
Clairière (1 – 15) (26/11/2015)
L’aube (26/11/2016)
Le point du jour (26/11/2017)
Clairière (16 – 30) (26/11/2018)
Clairière (31- 40) (26/11/2019)
Clairière (41- 48) (26/11/2020)
Clairière (49 - 55) (26/11/2021)
Clairière (56 - 64) (26/11/2022)
Clairière (65 - 70) (26/11/2023)
La chair de ce lézard (23/09/2025)