Leopoldo María Panero (1948 – 2014) : Le jour où finit la chanson / En día en que se acaba la canción
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Copyright J.R. Vega
Le jour où finit la chanson
Lorsque le sentiment, ce vieillard qui te parlait
aux heures de solitude, se meurt
alors
tu regardes la femme aimée comme une vieille
et tu pleures.
Reste
le poème orphelin, sans père ni mère,
et tu le hais,
tu déteste ce fils suspendu
comme un avorton entre tes jambes, se balançant là
comme un fil qui pend, une toile d’araignée,
lorsque le sentiment se meurt,
comme un enfant
châtré par un aveugle,
à l’abri dans la nuit féroce, dans la nuit :
comme la voix d’un enfant perdu hurlant dans
le vent
Le jour où finit la chanson, ne laissant
qu’un peu de tabac dans la main,
et la ville maintenant, les
villes converties en de vastes plantations de tabac, et la main
étonnée touche la bouche sans lèvres
le jour où finit la chanson, et il se perd
l’homme qui se disait à lui-même être quelqu’un,
au coin d’une rue, un après-midi ans musique.
Le jour où finit la chanson la douleur même
n’est qu’un peu de tabac dans la main,
et les mots
sont tous d’avant, d’un autre pays, ils tombent
de la bouche sans dents comme un liquide
semblable à la bile,
le jour
où meurt le sentiment, cet
assassin qui parlait au crépuscule et
assurait à l’insomnie des mots et des choses,
le jour
où finit la chanson tu regardes
la femme aimée comme une vieille, et,
la tête entre les jambes,
face au monde avorté, tu pleures.
Traduit de l’espagnol par Marie- Thérèse Poncet
In, « Les Poètes de la Méditerranée. Anthologie »
Editions Gallimard (Poésie), 2010
Du même auteur :
Chanson pour une discothèque / Canción para una discoteca (28/05/2024)
Llamed wufnik (25/0520/25)
En dia en que se acaba la canción
Cuando el sentido, ese anciano que te hablaba
en horas de soledad, se muere
entonces
miras a la mujer amada como a un viejo,
y lloras.
Y queda
huérfano el poema, sin padre ni madre,
y lo odias,
aborreces al hijo colgando
como un aborto entre las piernas, balanceándose allí
como hilo que cuelga o telaraña,
cuando el sentido muere,
como un niño
castrado por un ciego,
al amparo de la noche feroz, de la noche:
como la voz de un niño perdido aullando en
el viento
el día en que se acaba la canción, dejando
sólo un poco de tabaco en la mano,
y la ciudad ahora, las
ciudades convertidas en vastas plantaciones de tabaco,
y la mano
asombrada toca la boca sin labios
el día en que se acaba la canción, y se pierde
el hombre que a sí mismo le daba el nombre de alguien,
al dar la vuelta a una esquina, un atardecer sin música.
El día en que se acaba la canción el dolor mismo
Es sólo un poco de tabaco en la mano
Y las palabras
son todas de antaño, y de otro país, y caen
de la boca sin dientes como un líquido
parecido a la bilis,
el día
en que se muere el sentido, ese
asesino que al crepúsculo hablaba y al
insomnio susurraba palabras y cosas,
el día
en que se acaba la canción miras
a la mujer amada como a un viejo, y
con la cabeza entre las piernas,
frente al mundo abortado, lloras.
Poème précédent en espagnol :
Francisco Brines: Allocution païenne / Alocución pagana (11/05/2026)
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Óscar Arturo Hahn : Réflexion d’un survivant / Refexiones de un sobreviviente (26/05/2026)