Henri Droguet (1944 -) : Huit poèmes
Crédits : K125A
Huit poèmes
Tumulte
Sous le ciel il entend tête au sol dégermer
le ventru rebut des édredons de feu
le brûlot buissonnier l’arbre inverse
de la foudre fruitière mes semences
et l’air tremble l’écluse
est close un squelette
écope et grince on ne sait pas où
carcasse erreur hors de soi
trogne à puces qui se
débrouille et dépatouille
marmaille il s’amenuise pitre
il se démunit
il découd sa vie ce laps entre-ténèbres
il bronche à la baraque à poix
le noir roncier
la mort
et s’accote
au tronc de l’arbre licheneux secoué
du vent battoir ivre
un tourbillon bousille et fouaille des arpents
maigres friche jachère hétérogène
à genièvres et chardons le jette
à la stérilité subtile de la route
18 janvier 2010
Aujourd’hui
Milieu d’hiver la nuit travaille
oui mais déjà
c’est l’or neuf brasillant le chantier
colorié le portillon c’est l’aube et c’est
aujourd’hui
l’inouï rassasiant
sourcier silence par-dessous
désastre et splendeur
les bousillants dévorateurs bouillons de la mer
vive éveillée le vent
qui n’en démord pas
bellement triture
démêlés nuées
laitages boulus chevelus
le ciel tourneboulé sauvage
et désorientateur
ténue menue une ondée passe et dépeigne
une forêt chauve et rouge
ça désouche et c’est-au-bord-d’où ?
là carré bossu
déambulateur sac à viande
polichinelle égrotant maculé
réticent prototype à
géométrie dans l’espèce
juché planté à son perchoir
l’énième homme grognonne et marmotte :
" Le poète pue des pieds
Il a trois pattes et deux nez
Il a les mains dans le cambouis
C’est dans les nuages qu’il vit "
Allons! l’assis ! remue-toi ! grouille
et lève ton cul ! c’est déjà le terme
et l’échéance on y est
presque on arrive
entends-tu pars-tu
mon camarade ?
et allez la musique !
9 Février 2010
Rigaudon
mélopées caquets décousus courants d’air
et le ciel au choix:
à point / saignant / bleu
démaillé bas de plafond floculeux faux-
cul bouillie des ragougnasses et boudins gris
ordinaire de pâte abrasive
vacante erre que le vent hallucinogène
et fourchu délimite
c’est le soir
déjà les ponts sont coupés
déjà le rossignol ivre abrupt s’est tu
un taillis ponctué de tenace et toxique aconit
craque tremble encombre
le pur grand jardin vert des sœurs Visitandines
il y a des orties de la bardane et des consoudes
à hauteur d’homme
on part
on vaque on accomplit
sans tristesse et nécessairement
nos vaines besognes
rêvaillant balbutiant
on se plante au rivage
" Mer veux-tu ? mer veux-tu ?
– Allez ! Viens-t’en matelot
As pas peur "
24 Février 2010
Archive (ersatz)
Cette nuit c’était
la dernière et la décrue
des heures un ange malveillant
tentait t’arracher le bras gauche
mais déjà tu criais
le fantasme
androgyne et plumeux s’annulait
et le jour a paru
dans l’impétuosité parfaitement
fuligineuse des averses
le plus grand commun démultiplicateur
la mer
grandissait sur du roc pétri
de polypiers coralligènes
bossu bègue au comptoir
Dieu tonne " à qui qui le tour ? "
et l’homme là s’effare s’exaspère
décharge sa bile bitumeuse
sa fable inane et son pipeau
27 Mars 2010
Sous-moi
Aux derniers jardins à la rive indécise
et fouettée de mousseux tourbillons
on rêvait la passée des fées des elfes niais
de fébriles ondines
c’était omnimulti
polyversellement les campagnes
les feux qu’on retrouvait
et là-bas la mer moutonnière et feuillue
mugissante
(chœur en coulisse :
là-haut dans les clartés
ils marchent les bénis
ils dorment et leurs yeux voient)
ici blanchis frais désertés les sépulcres
puent
le souffle encore péremptoire
ignorant il mouvemente
il faufile et simultanément détrame
sec l’amas gris poudreux des ossailles
pendant qu’un volubile ordinaire
passereau découd des arpèges
on est passés par là
l’obscur détour le noir noir
et les bords hantés souillés
que tenaille l’amère épicaricacie
et tout le tremblement
on a joué déjoué le je
et d’heure en heure aux froids minuits
on tombe à l’aveugle
à l’abîme incertain
on bricole
on attend
6 Avril 2010
Tohu-bohu
dans du blanc peu
massif du bleu qui rien
n’est qu’un rêve au bout du compte
il sera passé trop
vite le compagnon très en jambes
qui chante à la fontaine aux futaies
l’ombre bombance et les appoggiatures
le souffle délimitateur et trans-
figuratif à sauts et gambades
débâtit démâte
les écumants furieux flocons
de carton-pâte s’imbibe et
foisonne en ces cohues
qui tomberont tout
vaguement droit au liquide miroir
à l’orchestral chimérique bourdon
des flots invétérés
ç’aura été le dernier
jour ce sera le noir comme
jamais
15 Avril 2010
Catégorique
Blessé tenant lieu tu sors
du noir bleu convulsif et le sombre
barrissement dans l’ouest et partout
de l’océan parolier
qu’inlassable sauvagement tu récoutes
et le ban flottant du matin
au noir des souffles
la glace irréductible et le cul finitif
du monde tu y vas trouver
hébétée proie du gel et de l’aposiopèse
les rois les puissants de la terre
enfin tes airs de je
26 Avril 2010
Cris, récrits, formalité
1
17 novembre 19 avril 9 novembre
janvier avril en décembre
algues anamnèse apo
dictique arbres ardoise aube
et ça aurait
bateaux de fer blés
bleu bonheur noir
ou brume à finiment chimères
la plaine simplissime
il y pleut ça perce d’outre
en presqu’outre
les ronces rouges et le ciel coaqueux c’est
rue Froide grand frais cassé
saison barbare
la canopée glauque et carbonifère
le cavalant lassant nuage
à l’évasif ciel tondu contrapuntique
et Monsieur du Corbeau crabouille
craille et dépiaute
2
des chiens criaient
chantions chevaux (louvets bais
moreaux gris tachetés noirs
alezans palominos pintos isabelle
pie rouans appaloosas arabes anglo
normands morgans quarter-horses)
choses très simples ainsi
cidre crachins Cythère départementale
haies et talus à dé
gueuler des enfances
érables fleurs fougères froid
genêts grises heures immobiles
j’ai j’aurai j’aurai joie serai ce
bavard n’écrirai ni
neige ni ça viendra SVP l’amour
ventre et vesce je voulais
t’aime t’aime t’aime
t’aimerais ne voudrais
quelquefois rien que n’être
3
on désosse l’étrangement menu
Dieu millénaire omnivore
on se vautre et roule à l’hercynien fourbi
au fourbu lexique
on rêve rien
vagues vertiges
verger vert en vrac et vulpin
9 Mai 2010
In, revue « Secousse, N° 3
Revue numérique, Editions Obsidiane, 89500 Bussy-le-Repos
Du même auteur :
Sans paroles (12/03/2019)
Salut (12/03/2020)
Bout de monde (12/03/2021)
Pour l’exemple (12/03/2022)
Gwerz / Amen (12/03/2023)
Scopie 1 / « ...Indéfiniment ma joie... » (11/03/2024)
Traces (11/04/2025)