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Le bar à poèmes
11 mars 2026

Pentti Holappa (1927- 2017) : Le berger

Pentti Holappa à la fin des années 1950

 

 

 

Le berger 

 

 


A l’odeur de ton chandail humide


je t’ai reconnu berger


toi qui menas le poète aveugle


dans les landes de l’Antiquité.

 

 

Ici on est aveugle sans cécité.


Octobre vente, octobre pleut,


les maisons chancellent.


Nous rentrons du cinéma.

 

 

Dans les derniers mètres du film


les amants sont rentrés figés


dans un baiser de mort et les étoiles


pleuvaient sur leur couche.

 

 

La bêtise ni la haine ne les ont


séparés, le poison non plus


qui consuma jusqu’à la braise


les caresses de Roméo et de Juliette.

 

 

Le paradoxe même de l’existence,


le signal fatal noyé en chaque cellule


les contraignit à chercher


le réconfort dans la mort.

 

 

Nulle volonté humaine, le destin plutôt


nous a drossés aussi sur les deux rives


opposées du fleuve du temps,


malgré notre amour partagé.

 

 

Ta beauté est la destinée que je défie.


Dans les flammes de tes torches de résine


je rassemble en tremblant mes vestiges


pour en bâtir une silhouette  humaine.

 

 

Je crois que ton visage ambré

 


car tu scintilles comme une ville illuminée


dans les ténèbres des rives arctiques.

 

 

Vers toi je tangue sans gouvernail,


épave de navire, pensée sans demeure,


promeneur ivre dans la nuit. Je me glisse


dans la laine de ton chandail mouillé.

 

 

Berger, ne pleure pas. Il est un pays


où les amants les yeux grands ouverts


se fondent, se confondent, et veillent sur la nuit.

 

 

Les jours sont comptés, pas les caresses.

 

 

 

 

Traduit du finnois par Gabriel Rebourcet

 

In, Pentti Holappa : « Les mots longs »

 

Editions Gallimard (Poésie), 2006
 

Du même auteur : 


Poème de Noël 95 (10/03/2024)


Depuis le rivage (11/03/2025)
 

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