Erwin Kruk (1941 – 2017) : Au bord de la mer
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Erwin Kruk lors de la cérémonie de remise du titre de docteur honoris causa de l'Université de Warmie et Mazurie.
Au bord de la mer
J’ai attendu longtemps
Comme les gens jadis
Qui venaient de la source des fleuves
Et qui n’avaient plus où aller
Inutiles comme leur propre langue
Qui s’écoulait fatalement
Et se donnait à la mer dans un chant éternel.
J’ai attendu l’aube après des siècles d’errance,
Quand la mer dévoilait son immensité
Et que le rythme du cœur réveillait
Ce qui s’était égaré,
Et criait, et en vain attendait
Des mots d’amitié.
Et pourtant je me taisais
En m’efforçant de me souvenir
Des anciens mots prussiens
J’ai cru pendant un instant
Que je prenais part inutilement à la conversation.
Je voyais défiler fleuves et forêts,
Et les oiseaux regagnaient les nids abandonnés.
Et le ciel se dérobait sous des nuages glacés
Et du sable resurgissaient des traces effacées
Et de la cendre s’envolait d’un feu lointain
Et un chant se rapprochait, porté par une voix qui avait disparu
Rejetée sur la rive
Par le retour des vagues.
J’étais au bord de la mer, avec un cortège de gens
Qui sortaient de la Genèse
Et qui marchaient entre les lignes de partage des terres et des eaux.
Je me dirigeais vers eux, mais ma voix
N’était que mon attente et n’était pas la mienne.
Et je restais dehors,
Contre le vent du nord au bord des eaux
Parmi la verdure fragile et les sables mouvants
Sous le ciel éternel et bienveillant.
C’était comme si je voulais contempler une île déserte
Ou certains pas d’un voyageur sur les vagues
Et je n’écoutais que les bruits de la mer
De la langue perdue effleurée par
Un rayon de soleil levant qui jaillit de la forêt
Traduit du polonais par Frédérique Laurent
in, « Ciel et lacs. Anthologie de poètes de Varmie- Mazurie »
Editions Folle Avoine, 35137 Bédée, 2019
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