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Le bar à poèmes
27 janvier 2026

Du Fu / 杜甫 (712 – 770) : Rêvant de Li Baï

Image tirée du livre "Wan hsiao tang-Chu chuang -Hua chuan(晩笑堂竹荘畫傳)"  (1921)

 

 

Rêvant de Li Bai

 

 

Séparés par la mort, sanglots ravalés ;


Séparés par la vie, tourment infini.


Du Sud du Fleuve ravagé par la fièvre,


Aucune nouvelle du voyageur banni.


Ce vieil ami m’est apparu en songe ;


Il sait que je pense très fort à lui.


Toi qui es pris à présent dans un filet ;


Comment as-tu pu libérer tes ailes ?


Longue est la route, incommensurable.


Puisse ton âme être celle d’un vivant :


Venue par des bois d’érables glauques ;


Partie par des passes frontalières noires.


La lune tombe et inonde les poutres ;


J’imagine alors ton visage illuminé.


Profondes les eaux, fortes les vagues ;


Puisse les dragons marins t’épargner !

 

 

*


Les nuages flottants toujours défilent ;


Le voyageur n’est pas encore revenu.


Trois nuits d’affilée, j’ai rêvé de toi ;


Témoignage de ton amitié profonde.


A chaque départ tu semblais troublé ;


Déplorant les difficultés du voyage.


Fleuves et lacs étaient tellement agités !


Tu craignais d’égarer la rame du bateau.


Arrivé, tu as gratté ta tête blanchie,


Comme déçu par l’ambition d’une vie.


La capitale est envahie de dignitaires ;


Tu étais le seul accablé par les soucis.


Qui dit que la justice divine est clémente ?


Alors que, vieilli, tu étais capable d’ennuis.


Un renom de mille, dix mille automnes,


Tu l’obtiendras seulement après ta vie !

 


Traduit du chinois par Florence Hu-Sterk

 

 

in, « Anthologie de la poésie chinoise »

 

Editions Gallimard (La Pléiade), 2015

 

 

En rêvant de Li Po

 

I

 

La mort m’ôte-t-elle un ami, j’avale mes gémissements ;


     Si c’est la vie qui m’en sépare, je le pleure indéfiniment.


Du Kiang-nan, ce pays que ravage la fièvre,


    Le lointain exilé n’envoie point de nouvelles.

 

 

Or cet ami fidèle a paru dans mes rêves ;


     Signe qu’il sait combien je pense à lui toujours.


Toi que voilà comme un oiseau pris au filet,


     Comment as-tu fait pour libérer tes ailes ?

 

 

Je crains que ce soit qu’une ombre inanimée ;


     Le voyage est si long ... comment sortir de doute, ?


L’ombre surgit d’un bois d’érables verdissants,


     Puiss repartit vers les passes obscures.

 

 

La lune à son couchant inondait les poutres de ma chambre ;


     Je devinais dans ses rayons comme un visage.


Profondes sont les eaux, et leurs vagues puissantes ;


     Prends garde aux crocodiles, qu’ils ne t’attrapent

 

 

II

 

Les nuages flottants tout le jour se promènent ;


     le voyageur errant ne reviens toujours pas.


Voilà trois nuits déjà que tu hantes mes rêves ;


     Quelle chaude affection me témoigne ton cœur !

 

 

Au moment des adieux, maintes fois tu te troubles :


     La route est dure, dis-tu, la marche malaisée,


Les fleuves et les lacs ne sont que vents et vagues ;


     Et si l’on perd la rame, la barque se renverse.

 

 

Hors de la porte, je t’ai vu grattant ta tête blanche ;


     Tu semblais accablé par le poids de la vie.


Toques et baldaquins emplissent la capitale ;


     Mais te voici seul plongé dans la détresse !

 

 

Qui donc ose évoquer la justice du Ciel ?


     Au seuil de la vieillesse, on te tient en disgrâce !


 Que ton nom vive mille ou dix mille ans, c’est peu,


     S’il faut le payer d’une vie misérable !

 

 

 


Traduit du chinois par Jean-Pierre Diény


in, « Anthologie de la poésie chinoise classique »


Editions Gallimard (poésie), 1962

 

 

J’ai rêvé de Li Po

 

 

I


Si la mort nous séparait ma douleur déjà se ferait moindre.


Mais séparés vivants, combien, combien mon cœur s’attriste !


Le climat de Kiang-ngam est humide et malsain.


Exilé vous ne me donnez plus de vos nouvelles.


Vous apparaissez dans mon rêve


Comme si vous répondiez à l’appel de ma pensée.


Cependant je crains qu’elle ne soit âme de vivant !


Tant incertaine et longue est la route que je ne peux y croire !


Votre âme vient de la forêt d’érables verdoyante et lointaine.


Elle revient quand ici-bas tout retombe dans les ténèbres.


Vous qui êtes retenu dans des liens,


Comment auriez-vous des ailes pour venir à moi ?


La lune inclinée argente ma chambre.


Il me semble qu’elle éclaire votre vrai visage.


L’eau des fleuves est profonde, immenses sont les vagues.


Ami ! Prenez garde aux monstres de l’eau !

 

 

II


Les nuages flottants errent toute la journée.


Le retour du voyageur se fait longuement attendre,


Voici trois nuits que je rêve de vous.


Et je vois chaque fois ce que vous ressentez.


Que vous hésitez à me dire adieu.


Que vous énumérez les obstacles de la route.


De nombreuses tempêtent tournoient sur le lac et les fleuves.


Vous craignez que votre bateau ne sombre.


Sur mon seuil, vous portez votre main sur vos cheveux blancs


Comme si une lourde tristesse fendait votre cœur.


Hélas, les riches, les grands encombrent la capitale.


Seul cet homme est infortuné.


Comment croire au juste Destin ?


Vous allez vieillir dans les peines !


Après dix mille, cent mille automnes


L’inutile immortalité sera votre


s compensation !

 

 


Traduit du chinois par Tran Van Tung


in, ‘ »Poésies d’Extrêe-Orient


Editions Grasset, 1945

 

 

 

En rêvant de Li Po

 

 

La mort me ravit un ami : je ravale mes sanglots.


Si la vie m’en sépare, je le pleure sans cesse.


Sud du fleuve : terre infestée de fièvres, de pestes.


L’homme exilé n’envoie plus de nouvelles


.........................................................................

 

 

Tu es apparu dans mon rêve,


Sachant combien je pense à toi !


Oiseau pris dans un rets sans faille,


Comment t’es-tu donc envolé ?

 

 

L’âme est-elle vraiment vivante ?


Si longue la route, pleine de périls


................................................................

 

 

L’ombre surgit : sycomores verts


L’ombre repart : passes obscurcies.


La lune errant entre les poutres,


Eclaire encore une silhouette...


Sur le fleuve aux vagues puissantes,


Prends bien garde aux monstres marins !

 

 


Traduit du chinois par François Cheng


in, « L’écriture poétique chinoise »


Editions du Seuil, 1977

 

Du même auteur :

 

Village près d’une rivière (22/08/2015)

 

« Fleuve rapide où la lune... » (21/11/2016)

 

Face à la neige / 对雪 (27/01/2022)

 

En contemplant la plaine (27/01/2023)

 

Eclaircie (27/01/2024)

Pour la retraite de Messire Zhang (27/01/2025)
 

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