Salah Stétié (1929 - 2020) : Eclairement des corps
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Salah Stétié en mai 1995, | Photo : Getty Images
Eclairement des corps
I
Celle qui fut perdue
Et reperdue par besoin de me perdre
Comme une étoile de corps et de flambée
Dans sa nudité même
Brulée par sa longue main de rosée
L’éclair comme une branche
Laissant tomber sur sa maison native
Ses dentelles de foudre
Je te salue, nuit nue
Et te salue encore allégée doublement
Par tes bras et tes ombres
Dans le terrible froid de bleu futur
Où nous allions perlés de transparence
Entre nous rien que neige des flambées
Pour éclairer nos corps visibles
Pour éclairer nos corps
Dans le miroir de la maison optique
Qui est d’ardente pierre
A cause du reflet du temps qui flambe
En lui se tourne et se retourne la rivière
Sur qui palpite, œuvre de vie, l’étoile sombre
On saluera ce jour
Comme un nuage évaluant nos faces
Profondes sous une avancée de la pluie
Pour s’en aller vers l’épousée du jour
Et lui porter la flamme de substance
En qui un jour nous serons aperçus
Car nous serons aperçus par la pensée
De la pensée un matin plus pur que pur
Et nous serons debout à l’avancée
De ce qui va venir et revenir
Afin de nous confier la transparence
Ô pauvre neige de toujours, informulée
Privation d’être obscure identifiée
II
Ce pays où nous sommes
Est traversé par une eau froide immatérielle
Come un arbre sans racines
Mais seulement terrible est la lumière
Qui lui vient des maïs
Loin d’une source déchirée qui se console
A rassembler nos larmes
Ainsi est l’eau si pure et si blessée
Dans le cirque du cœur
Invisible elle est de ce cœur l’œil éternel
Au pur instant où le feu se retire
Dans le nuage immense
Sombre nuage et tout son bois défait
Qui jamais ne retient ni ne s’arrête
Et celui-ci, celui que je dénonce
A l’abri de l’aorte
Sait-il que la nuit sur ses pas compte et recompte
Et que l’avant jamais ne se retourne ?
Et le voici veillant près de l’image
Avec la vigne emmêlée au rosier
Devant le ciel comme un théâtre fort
Accompagnant de lointaines brebis
Disparues et tous leurs bergers dans la brume
Il va – sur lui la paix des déchirures
Sur lui la paix des papillons immenses
Qui sont des fleurs de neige et de néant
Flambant avec leurs ombres de substance
Puis revenus dans l’infini du jour
Et disparus
III
Ce n’est personne et l’arbre n’est personne
Et seulement il est archaïque et bleu
Sur cette femme de toujours et que voici
Avant la nuit de son toucher terrible
Allant aux murs de sa maison native
Aveugle dans la nuit de l’être et la voici
Entre ses cuisses de poussière une colombe
Or qui est-elle, une colombe, et qui
Est-elle en nous si pauvre et si voisine
Avec la nuit de son toucher dans l’être
Eparpillé comme une bible de colombes
Déconcertant le jour inhabité
De ces nuages restaurés dans l’apparence ?
Furtive rose d’habiter l’apparence
Ainsi peut-être habitons-nous
Et seulement le feu nous est substance
Entre le sable et le retrait du sable
Où passe une flamme et repasse une colombe
Active à nous restituer au feu
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Quand toutes les tristesses auront brûlé
Il n’y aura que le vent de la nuit
Pour consoler nos larmes de visage
Sous des oiseaux apparus disparus
Nuages puis nuages puis nuages
Sur notre vie et ses ombres ardentes
Ombres de qui ? Elles gardent encore
Alors que la figure a disparu
Evanoui dans la vérité du coeur
Est l’absolu de la maison limpide
Mais seulement et privé d’ombre il y a
Resté au lit de la question ardente
Le corps le pauvre corps avec ses trous
Fièvre et Guérison de l’Icône
Imprimerie Nationale Editions, 1998
Du même auteur :
« Sur le plateau pierreux… » (17/07/2014)
Dormition de la neige (10/05/2021)
La terre avec l’oubli (05/11/2021)
Longue feuille du cristal d’octobre 09/05/2022)
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