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Le bar à poèmes
4 novembre 2025

Salah Stétié (1929 - 2020) : Eclairement des corps

 Salah Stétié en mai 1995, | Photo : Getty Images

 

 

Eclairement des corps

 

I

 

Celle qui fut perdue


Et reperdue par besoin de me perdre


Comme une étoile de corps et de flambée


Dans sa nudité même


Brulée par sa longue main de rosée


L’éclair comme une branche


Laissant tomber sur sa maison native


Ses dentelles de foudre

 

 

Je te salue, nuit nue


Et te salue encore allégée doublement


Par tes bras et tes ombres


Dans le terrible froid de bleu futur


Où nous allions perlés de transparence


Entre nous rien que neige des flambées


Pour éclairer nos corps visibles

 

 

Pour éclairer nos corps 


Dans le miroir de la maison optique


Qui est d’ardente pierre


A cause du reflet du temps qui flambe


En lui se tourne et se retourne la rivière


Sur qui palpite, œuvre de vie, l’étoile sombre

 

 

On saluera ce jour


Comme un nuage évaluant nos faces


Profondes sous une avancée de la pluie


Pour s’en aller vers l’épousée du jour


Et lui porter la flamme de substance  

 
En qui un jour nous serons aperçus

 

 

Car nous serons aperçus par la pensée


De la pensée un matin plus pur que pur


Et nous serons debout à l’avancée


De ce qui va venir et revenir


Afin de nous confier la transparence


Ô pauvre neige de toujours, informulée


Privation d’être obscure identifiée    

 

 

II

 

Ce pays où nous sommes 


Est traversé par une eau froide immatérielle


Come un arbre sans racines


Mais seulement terrible est la lumière


Qui lui vient des maïs


Loin d’une source déchirée qui se console


A rassembler nos larmes

 

 

Ainsi est l’eau si pure et si blessée


Dans le cirque du cœur


Invisible elle est de ce cœur l’œil éternel


Au pur instant où le feu se retire


Dans le nuage immense


Sombre nuage et tout son bois défait


Qui jamais ne retient ni ne s’arrête

 

 

Et celui-ci, celui que je dénonce


A l’abri de l’aorte


Sait-il que la nuit sur ses pas compte et recompte


Et que l’avant jamais ne se retourne ?


Et le voici veillant près de l’image


Avec la vigne emmêlée au rosier


Devant le ciel comme un théâtre fort


Accompagnant de lointaines brebis


Disparues et tous leurs bergers dans la brume

 

 

Il va – sur lui la paix des déchirures


Sur lui la paix des papillons immenses


Qui sont des fleurs de neige et de néant


Flambant avec leurs ombres de substance


Puis revenus dans l’infini du jour


Et disparus

 

 


III

 

Ce n’est personne et l’arbre n’est personne


Et seulement il est archaïque et bleu


Sur cette femme de toujours et que voici


Avant la nuit de son toucher terrible


Allant aux murs de sa maison native


Aveugle dans la nuit de l’être et la voici


Entre ses cuisses de poussière une colombe

 

 

Or qui est-elle, une colombe, et qui

 


Est-elle en nous si pauvre et si voisine


Avec la nuit de son toucher dans l’être

 

Eparpillé comme une bible de colombes 


Déconcertant le jour inhabité


De ces nuages restaurés dans l’apparence ?

 

 

Furtive rose d’habiter l’apparence


Ainsi peut-être habitons-nous


Et seulement le feu nous est substance


Entre le sable et le retrait du sable


Où passe une flamme et repasse une colombe


Active à nous restituer au feu

 

..............................................................................

 

Quand toutes les tristesses auront brûlé         


Il n’y aura que le vent de la nuit    


Pour consoler nos larmes de visage        


Sous des oiseaux apparus disparus


Nuages puis nuages puis nuages


Sur notre vie et ses ombres ardentes


Ombres de qui ? Elles gardent encore


Alors que la figure a disparu

 

 

Evanoui dans la vérité du coeur


Est l’absolu de la maison limpide


Mais seulement et privé d’ombre il y a


Resté au lit de la question ardente


Le corps le pauvre corps avec ses trous

 

 

 

Fièvre et Guérison de l’Icône


Imprimerie Nationale Editions, 1998


Du même auteur :


 
« Sur le plateau pierreux… » (17/07/2014)

 

Dormition de la neige (10/05/2021)

 

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