Jean-Pierre Otte (1949 -) : Te pénétrer
Te pénétrer
Te pénétrer doucement dans le calme
lancinant dans ton souffle
que soulèvent mes pas profonds
c’est voguer et encore voguer
dans le vaisseau de tes hanches
la voile est gonflée de soleil et de rires
et d’haleines qui s’enlacent
et se reprennent dans le va-et-vient incessant
des vagues qui roulent
leurs chairs écumantes
te pénétrer
c’est m’enraciner sur le pont
à attendre mon second dans la tempête
nous seront seconds à tour de rôle
nous synchroniserons nos repos et nos éveils
te pénétrer
c’est plonger dans les gouffres
m’abîmer dans les voyages
en terre étrangère
en être étranger
rire dans les traînées de bleu et du blond
mâchonné des nuages
s’éclabousser de ses échos
et laisser fuir ses yeux
à l’infini de la mer qui s’allonge
comme patinoire lisse
où glisser n’en finit jamais
Te pénétrer
c’est voyager comme pèlerin, infime
dans ton âme immense
dans ton bassin profond
niché au creux de tes sillons
où l’on fredonne en rond
la chanson du mal aimé
Te pénétrer dans tes forêts de secrets
sécher la lessive de ma fièvre
dans les arêtes du bateau
In, « Tribune poétique et littéraire, N°6, Janvier 1972 »
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