Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le bar à poèmes
6 septembre 2025

Adèle Nègre (1965 -) : Résolu par le feu (4)

Adèle Nègre : Chahut. Exposition, Corridor Eléphant, Paris, Novembre 2017

 

 

 Résolu par le feu


 
................................................................

 

Quand je voudrais tout noter quand je voudrais


seulement délier - en vérité  


et respirer


voici vivement que


dans le soir perce jusqu’à mes pensées


Hespéris matronalis


laisse dans l’air sans air


à son secret


c’est tout l’être qui se consume

 

 

Assise là en se consumant


consciente seulement de sa résolution et la grande esse S de l’ouïe toute


ouïe


abouchée sur l’âme


un violon chante 


ou un grillon


ou n’importe quoi ici


tant que 


tremblent la table et l’assise 

 

 

Assise attendre


que verse à ma dépossession la nuit


ses sons.


Dépossession ou possession de tous mes ratés,


ces vestiges.


Des ruines chantent. Est-ce encore le vent.?


Saurai-je me souvenir ?


Quelle fleur s’appuie sur ma peur et


à quelle racine


de quel verbe adventice puiser ?


Des sons Des sens épars dans la sécheresse, les Hespéris


ramènent doucement des commencements.


Des langues vivantes reviennent vagues émeuvent encore


le jardin dehors accorde la sensation.

 

 

Il se tordra devant toi dit-il.


Dans un splendide effort essor vers tes pores dilatés dans la nuit


pétrie le monde tors et l’œil avec .L’iris accordé luit.


Il viendra à ta peau à ta tête, extasié, volatile.


Connivent avant même le commencement, signe


avant même qu’il ne vienne.


Sans comment sans pourquoi pour table l’inclinaison


et sous chaque racine monter qu’on y est. Cymes


hélices, je suis vos contours réfléchis. C’est un iris


de plus qui tiendra son œil (ou le grand paon ses ocelles) incontournable, 

 

 

ce que sera le mobile. Tandis qu’à la porte


par la porte oblique – est-ce que je rêve ? – j’entends 


les Juliennes et la pluie.

 

 


J’enracine l’attente


déterminée à ne rien faire.


Je croise les faits et les doigts. Pas d’ordre, pas d’angle droit.


aucune loi.


N’incline à rien, le temps endure, incline seulement les os et les eaux, arrose


effleure.


Ce qui lèvera voudra bien croître.

 

 

Où mènes-tu ce soir, où te mets-tu 


sur l’échelle des couleurs, où ? Dessines-tu-


un froissement de sureau par la porte, avec d’autres bruits –


ou bien c’est la nuit glacée


une lucane se perd


entre les ligne ratisse un blanc violacé


persiste le banc de feuilles, tu lui dis reste ! Et elle reste !

 

 

Et comment !


Toute de nuit prostrée et tue


la tête et les stigmates ombreux sur les flancs du dessin

 

 


Est-ce le vent ?


La nuit arrondit


et agrandit l’ombre


les grillons pieds à pieds


remontent l’air


courbe la nuit respire


jusqu’à confondre l’œil


jusqu’à ce qu’on ne puisse plus distinguer


ce qui est vu de qui voit

 

 

Enfin tu n’entends plus les mouches


les grillons modèlent l’espace


ne pas reprendre – toit tilleul fourche tendue – aux vitres dérobées 


point de luisance dans


la nuit étagées à coups d’archets et de boucliers opposés


l’obscurité qui t’entoure forte de ses chants frottés touche


jusque par tes mains


gravides rythmées les rythmes


respirer par les mains

 

 

Je suis assise, je reviens, j’écris


l’iris brille que j’ai fourbi à la lumière,


mes yeux ont vu  les cirses


ce qui est pleuré s’ en va sans demander


son restes, larmes


qui restent ici, et s’atténuent


à nourrir les adventices

 

 

Sur les toits fait métalliques 


à blanc    


ondulent les mains fanées du soleil


piquent les cheminées capitées


les sirènes strient les faces


les oreilles à vide captent les oreilles


du lointain monde au sol

 

 

Avec toi sur les trottoirs brûlants, je pense à l’ombre viride,


mais cela est trop demander, trop


car torride


c’est Paris où claquent les murs, où


le bruit sec et serré à l’instant sécrète, j’ai oublié où


je vis


dans l’air dur


et vireux, aux Buttes


allons, cet où


oublieux, immobiles,  chômons !

 

 

Je flétris l’attente.


Qu’attendre encore sans ce vouloir qui me quitte ?


Les mains fanent avant la caresse, fleur attardée, sans savoir


quelle vie,


de quelle vie la tardive clameur.


Les doigts persistent, contournement de l’ardeur, doublent aveugles le jardin


     contourné.

 

 

Nuit 


perte des angles de clarté,


plus tard je gagne en son ce que j’ai perdu en murs,


je gagne en rondeur.


S’accroît la maison. J’ai mûri les vitres à force de regard,


je vois les iris briller,


le tilleul abreuve le dormant. Je veux rester, je ne veux pas, bras sur


l’accoudoir, cloué par l’épi.


Penser en épi.

 

 


Tilleul m’envoûtant, sur un air d’aboiements


distants de tout un peu, dans la nuit,


et l’épouvantable défaite


des décisions.


Penser par le tilleul, courbe enténébrée, la tête le peut


sans poids


écoute courber le vent

 

 


Tilleul - l’arôme entête –


secoue l’appréhension


feuilles borgnes


et trouées pour voir

 

 


Comment, le tilleul


comme tel accable


un  nu respire sous l’ombre flottante


l’arbre ressuscite le bras tigré


d’une petite fille

 

 


Toutes ruches dehors, en crue, c’est-à-dire


arène pour les yeux. Au centre est une fontaine


d’abus – ombre résurgente, j’erre au-dessous – l’air remue


de sombres masses de chaleur roulent sur les bras mûrs,


la lumière disperse des mires


serrées dans leur réticule, de très anciennes visées.

 

 


Seuil et soif


ce soir 


tousse


le bois rien ne vient de là


et rien mais très furtivement du côté du champ


passe


seul le tilleul respire


seul


lourdement par ses fleurs


la nuit résorbe doucement son massif


poumon

 

 

Non pas un parfum – une masse


accable la marche.


Frêle sous la tunique palpite jouissive


hâtive à rompre (heurt épidermique)


la voix asphyxiée


je compte les chutes, fixe la source – tilleul penchant – 


ce qui nous renverse propulse


un dire animal


vulnérable affleure sous l’hymen

 

 


Nuit où jeter des mots, sans plafond


ni sol,


et à l’épreuve des pertes 


le tilleul ainsi que quelques sphinx et noctuelles


près de l’ampoule


donnant forme à celle que nous appelons, pour finir


temps, que nous appelons espace


tandis que s’efface tout autre signe de vie

 

 


Répits


noirs moins noirs


le nuancier des verts


universel secours


impose son proverbe

 

 

« regard en arrière »

 

 

 

Résolu par le feu


Bruno Guattari, Editeur, 41250 Tour en Sologne,2018

 


De la même autrice :


« Tu ne tonitrueras pas... » (07/09/2020)


Parler avec le sphinx (extraits) (06/09/2021)


Résolu par le feu (1) (06/09/2022)


Résolu par le feu (2) (06/09/2023)


Résolu par le feu (3) (06/09/2024)
 

Commentaires
Le bar à poèmes
Archives
Newsletter
124 abonnés