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Le bar à poèmes
10 septembre 2025

Josée Lapeyrère (1944 – 2007) : Edison Simons

Josée Lapeyrère en bleu avec une amie.

Parfois, le dimanche matin ,Josée Lapeyrère , va sur une passerelle qui enjambe la Seine avec des rubans de papier blanc sur lesquels elle a écrit des mots .C'est son offrande au vent. Elle les nomme ses "in-votos" (Librairie "Litote en

tête", Paris)

 

 

Edison Simons


(1933-2001)

 

 

 


dans la salle funéraire de l’hôpital européen à peine inauguré


la bouteille de vin blanc tourne autour du cercueil


d’Edi


tout petit visage au-delà de tout corps d’adolescent


en sari orangé et or


recouvert de pétales violet


dans son cercueil près de sa main gauche une page blanche déposé j’ai


autour de lui nous sommes peu 5 ou 6


(les effets de l’art de la rupture cher à Edi)


puis le cimetière du père Lachaise


le cercueil file comme un pain vers le four quelqu’un chante d’autres parlent d’


Edison fils du Docteur Simons le médecin indien en costume de lin blanc


et de la reine de beauté de Panama


dont j’ai hérité des coupes de champagne


Edi se baptisant lui-même dans le fleuve comme à Calcutta


le jour où nous nous sommes baignés (jetés) dans la Seine sous le pont des Arts


il y avait aussi Jorge Perez-Roman et sur le quai Michel et Godo


Edi la Phalène dans les bordels sur les collines de Valparaiso


le Dragon Rouge les jeux improvisés avec la clientèle et les dames


il y avait Ignacio Balcells et le Chino Sepulveda


il y a 3 ans le don des œufs frais aux passants le pur présent à la sortie du métro


– Jussieu, Saint-Paul, les Halles, Parmentier –


Edi princier et frêle couvert de coquillages et de bagues qui entre le Samedi matin


dans le café le Village Ronsard place Maubert en lisant parfois une lettre de Fédier
Edi le plus grand des lecteurs Edi guidé par le son comme par le vent


les capitaines de bateaux Edi mariant les petites et la grande histoire


et ses histoires magnifiques où se promènent majestueuses auprès de beaux


garçons fragiles des femmes impériales excessives


– Sœur Jeanne la mystique ou Médée ou Maria –


Edi sa langue serpentine et ses lettres de cette écriture totalement lisible


donnant vraiment de ses nouvelles tout au long de ces derniers 33 ans


Edi qui n’a jamais eu le téléphone mais toujours des mécènes


Edi remerciant la France pour le RMI qu’elle lui offrait


et qu’il n’avait pas demandé et dont il ne connaissait pas l’existence


et le soir plutôt la nuit tombante les cendres jetées dans la Seine à l’île Saint-Louis


le fleuve agité sa tombe bouillonnante courant très fort traversé par les bateaux


mouches où sera t’il ce soir disions-nous ? dans la Somme ? au Havre ? et demain ?


partout nulle part ici là l’éternité en mosaïque en quelque sorte Edi

 

 


In, Revue « Po&sie, N°97 »


Belin éditeur, 2001


De la même autrice :


 L’autre – Entre là et ici (11/09/2021)


Moments donnés ou Physiologie des Muses (11/09/2022)


Exercices en vol   -   De là à ici (11/09/2023)


La quinze chevaux (1 et 2)) (11/09/2024)

 

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