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Le bar à poèmes
8 août 2025

Mahmoud Darwich (1941 - 2008) / محمود د رويش : Ciel bas

 

 

Ciel bas


C’est un amour qui va sur ses pieds de soie,


Heureux de son exil dans les rues.


Un amour petit et pauvre que mouille une pluie de passage


Et il déborde sur les passants :


Mes présents sont plus grands que moi. 


Mangez mon blé,


Buvez mon vin


Car mon ciel repose sur mess épaules et ma terre vous appartient...

 

 

As-tu humé le sang du jasmin indivis


Et pensé à moi ?


Attendu en ma compagnie un oiseau à la queue verte


Et qui n’a pas de nom ?

 

 

C’est u amour pauvre qui fixe le fleuve


Et il s’abandonne aux évocations : Où cours-tu ainsi,


Jument de l’eau ?


Sous peu, la met t’absorbera.


Va lentement vers ta mort choisie,


Jument de l’eau !

 

 

Etais-tu mes deux rives


Lorsque les lieus étaient tels qu’ils se devaient d’être,


Légers légers aux souvenirs ?


Quelles chansons aimes-tu ?


Quelles chansons ? Celles qui chantent


La soif de l’amour ou


Celles qui chantent le temps révolu ?

 

 

C’est u amour pauvre et non partagé, 


Calme, calme, qui ne brise pas


Le verre de tes jours choisis,


Ni n’attise le feu d’une lune froide


Dans ton lit.


Tu ne devines pas sa présence si, à sa place peut-être, une obsession te fait


     pleurer.


Tu ne sais ce que tu ressens, lorsque, de tes bras, tu n’enlaces


Que toi ! 


Quelles nuits désires-tu, quelles nuits ?


Et de quelle couleur sont ces yeux dont tu rêves,


Lorsque tu rêves ?


C’est u amour pauvre et partagé


Qui réduit le nombre des désespérés


Et hisse le trône des colombes sur les deux côtés.


A toi donc, de conduire


Ce printemps rapide vers ceux que tu aimes.


Quel temps désires-tu, quel temps ?


Que j’en sois le poète, ainsi et ainsi : chaque fois


Qu’une femme s’en va, au soir, vers son secret,


Elle trouve un poète marchant dans ses obsessions.


Et chaque fois qu’un poète va au plus profond de lui,


Il trouve une femme se dénudant devant son poème...

 

 

Quels exils désires-tu ?


M’accompagneras-tu, partiras-tu seule


Quand, dans ton nom, un exil couronne l’autre


De tous ses feux ?

 

 

C’est un amour qui passe par nous


Sans que nous le remarquions.


Et il ne sait et nous ne savons


Pourquoi une rose dans un vieux mur nous disperse,


Pourquoi une jeune fille en pleurs à l’arrêt d’un bus


Croque une pomme puis pleure et puis rit :


Ce n’est rien, rien qu’une


Abeille qui vient de traverser mon sang.

 

 

C’est u amour pauvre qui observe


Longuement les passants et prend


Le plus jeune pour lune : Tu as besoin


D’un ciel moins élevé.


Sois mon ami et tu pourras contenir


L’égoïsme de deux êtres qui ne savent


A qui offrir leurs fleurs...


Il parlait peut-être de moi, peut-être


De nous, mais nous ne le savions pas.

 

 

C’est un amour...  

                                                                                 
                                                                            1999

 

 

 

Traduit de l’arabe par Elias Sanbar


In, Mahmoud Darwich : « La terre nous est étroite et autres poèmes »


Editions Gallimard (Poésie), 2000 

 


Du même auteur :


Fresque sur le mur (29/06/2014)


Pluie d’automne lointain (29/08/2015)


 إلـى أمّــي /A ma mère / (29/08/2016)


La quasida de Beyrouth (29/08/2017)


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