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Le bar à poèmes
2 août 2025

Guennadi Aïgui / Геннадий Николаевич Айги (1934 – 2006) : Trois Poèmes pour Varlam Chalamov

 

 

Trois Poèmes pour Varlam Chalamov

 

 

ET : LA DERNIÈRE CELLULE

 

à Varlam Chalamov 

 


mais à présent — c’est dans le centre

 

le box des invalides

 

avec son inutile table de nuit (vous n ’allez tout de même 

 

pas y faire tenir tout votre volume de la kolyma)

 

et chanté par vous — déjà se fige

 

dans le marbre le sapin-litière —à jamais-sanglant -et-gelé 

 

(en cela que déjà — se marbrifiant)

 

et s’étouffe le silence dans le box

 

comme la pensée (remuement des rampants sur la neige) 

 

que cela — c’est la dernière cellule

 

1979

 

 


SAPIN-LITIERE SUR LA PIERRE

 

 


Une terre et un sol — il en a connu de plus rigoureux que celle où nous

 

l’enterrons à présent.

 

 


Nous faisons nos adieux à Chalamov.

 

 


Le corps de la Littérature, la chair de la Poésie, avec les « degrés » de l ’enfer

 

de la Kolyma, l ’arracher au fer, avec des morceaux de fer, avec sa propre 

 

chair ! — tel est l ’exploit qu’il a accompli !

 

 


Il était comme mort de son vivant pour la vie. Il disait l ’Absolu : lumière

 

extraite des os plus vraie que si cela avait été des « âmes ».

 

 


/Vivants ? oui, ils l étaient « dans la mesure où » : ils construisaient des

 

combinats-« romans » — parlant du monde-Auschwitz ; or, il y avait : brûlis

 

— au lieu où « fut » ! — avec le pic-« langue »-gelé-en-l’invisible/ .

 

 


Cela importe peu désormais que son corps soit plus mort que la terre./Lui,

 

cela lui était déjà arrivé auparavant, je savais ce qui arrivait à sa main qu’il

 

me tendit deux fois ; lisez dans son volume ce qui arrivait à son esprit.

 

 

  
Nous laissons ici ce dont fut extrait tout, devenu Géométrie /nous ne voyons

 

pas, mais nous savons/de la Tragédie.

 

 


Revenons dans la ville — dans la Province des vivants. Où sera désormais

 

différent l ’espace-et-corps de la Poésie : ceux qui sont vivants pour la vie

 

ne possèdent pas sa langue.

 

12 janvier 1982

 

 


POUR DIRE ADIEU A CHALAMOV

 


seul

 

l ’affamé

 

/s ’il est ferme

 

et libre

 

dans l ’oubli/

 

possède une tranquille-détachée

 

/pour nul/

 

p u re té !.. —

 

 


dans les frimas

 

de l ’Épiphanie

 

 

par tel —

 


/plus ferme

 

que la fermeté :

 

fondement du silence

 

le plus p u r/

 


dans le pays la simplicité s’est achevée —

 


d’une vie pour la froidure-Russie et le livre sans adresse

 

19 janvier 1982

 

 


Traduit du russe par Léon Robel


Revue Po&sie, N°59


Belin éditeur, 1992

Du même auteur : 


Le dernier départ. 1,2 / ОСЛЕДНИЙ ОТЪЕЗД. 1,2(02/08/2021)


 Le dernier départ. 3, 4 / ОСЛЕДНИЙ ОТЪЕЗД. 3, 4 (02/08/2022)


La mort / СМЕРТЬ (02/08/2023)


Le dernier départ. 5-8 / ОСЛЕДНИЙ ОТЪЕЗД. 5-8 (02/08/2024)
 

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