Guennadi Aïgui / Геннадий Николаевич Айги (1934 – 2006) : Trois Poèmes pour Varlam Chalamov
/image%2F1371599%2F20250802%2Fob_601521_guennadi-aigui-3-1.png)
Trois Poèmes pour Varlam Chalamov
ET : LA DERNIÈRE CELLULE
à Varlam Chalamov
mais à présent — c’est dans le centre
le box des invalides
avec son inutile table de nuit (vous n ’allez tout de même
pas y faire tenir tout votre volume de la kolyma)
et chanté par vous — déjà se fige
dans le marbre le sapin-litière —à jamais-sanglant -et-gelé
(en cela que déjà — se marbrifiant)
et s’étouffe le silence dans le box
comme la pensée (remuement des rampants sur la neige)
que cela — c’est la dernière cellule
1979
SAPIN-LITIERE SUR LA PIERRE
Une terre et un sol — il en a connu de plus rigoureux que celle où nous
l’enterrons à présent.
Nous faisons nos adieux à Chalamov.
Le corps de la Littérature, la chair de la Poésie, avec les « degrés » de l ’enfer
de la Kolyma, l ’arracher au fer, avec des morceaux de fer, avec sa propre
chair ! — tel est l ’exploit qu’il a accompli !
Il était comme mort de son vivant pour la vie. Il disait l ’Absolu : lumière
extraite des os plus vraie que si cela avait été des « âmes ».
/Vivants ? oui, ils l étaient « dans la mesure où » : ils construisaient des
combinats-« romans » — parlant du monde-Auschwitz ; or, il y avait : brûlis
— au lieu où « fut » ! — avec le pic-« langue »-gelé-en-l’invisible/ .
Cela importe peu désormais que son corps soit plus mort que la terre./Lui,
cela lui était déjà arrivé auparavant, je savais ce qui arrivait à sa main qu’il
me tendit deux fois ; lisez dans son volume ce qui arrivait à son esprit.
Nous laissons ici ce dont fut extrait tout, devenu Géométrie /nous ne voyons
pas, mais nous savons/de la Tragédie.
Revenons dans la ville — dans la Province des vivants. Où sera désormais
différent l ’espace-et-corps de la Poésie : ceux qui sont vivants pour la vie
ne possèdent pas sa langue.
12 janvier 1982
POUR DIRE ADIEU A CHALAMOV
seul
l ’affamé
/s ’il est ferme
et libre
dans l ’oubli/
possède une tranquille-détachée
/pour nul/
p u re té !.. —
dans les frimas
de l ’Épiphanie
par tel —
/plus ferme
que la fermeté :
fondement du silence
le plus p u r/
dans le pays la simplicité s’est achevée —
d’une vie pour la froidure-Russie et le livre sans adresse
19 janvier 1982
Traduit du russe par Léon Robel
Revue Po&sie, N°59
Belin éditeur, 1992
Du même auteur :
Le dernier départ. 1,2 / ОСЛЕДНИЙ ОТЪЕЗД. 1,2(02/08/2021)
Le dernier départ. 3, 4 / ОСЛЕДНИЙ ОТЪЕЗД. 3, 4 (02/08/2022)
La mort / СМЕРТЬ (02/08/2023)
Le dernier départ. 5-8 / ОСЛЕДНИЙ ОТЪЕЗД. 5-8 (02/08/2024)