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Le bar à poèmes
23 février 2024

Shams Nadir (1940 -) : Célébration des points cardinaux

shams%20nadir[1]D.R.

 

Célébration des points cardinaux

 

 

Dans le silence de tes savanes,


Dans la rumeur confuse de tes forêts,


Afrique, mon continent d’ambre,


J’entends le bruit mémorable


Du premier arrachement


Quand la frêle créature verticale


S’extirpa du limon originel.


Les séismes succédaient alors aux déluges


Et les dinosaures coulaient


          Vivantes îles chavirées,


Dans les eaux de la fonte.

 


 
Dans tes grottes humides,


Aux blessures ouvertes de tes escarpements,


Afrique, mon continent d’ambre,


Je lis la geste première transcrite


          Ocre et brune, magique


Par les mains inspirées des Fondateurs.

 


 
Sous les bras feuillus de tes arbres à palabre


Sur les pistes poudreuses qu’ébranlent les caravanes


Afrique, mon continent d’ambre,


J’écoute les vents raconter la sagesse dogon


Et que l’homme soit le grain de l’univers !


Que devant sa volonté, s’agenouillent


L’auroch et le mammouth domptés,


Que les fruits de la mer pullulent dans ses nasses,


Que sous ses pas, lèvent, rythme ondoyant, les moissons


Et qu’au bout de ses doigts tendus


Resplendisse la myriade des météores.

 

 

Dans l’embrun des tempêtes


Par-delà les routes océanes,


Afrique, mon continent d’ambre, 


Je retrouve ton empreinte


Quand sur l’Ile vaudoue, ivre de vin de palme,


Iansan la sensuelle qui commande aux vents


Célèbre ses Noces de feu avec Shango.


Ou que, dans Bahia la brune,


Le Condomblé emmêle les femmes en transes,


          Robes blanches étalées


          Sur le sang sacrificiel des coqs noirs.


Les Dieux surviennent en leurs imposantes ambassades


Quand Oshala, l’Intercesseur, les invoque


          Aux sons des tambours rituels.


Ogum s’irradie en son armure de fer


Et les vagues de la mer, soumises,


Viennent lécher les pieds d’Iemanja, leur Déesse


Tandis que Bessem lance, par-dessus leur étendue apaisée,


          L’Arc en ciel de son désir...

 

 

Et j’ai reconnu ta voix, Afrique


Quand, attiré par le tropisme du Levant,


Mon esquif aventureux accosta aux rives dravidiennes


Et que s’éleva l’appel des tambours exilés


          Au dessus de la psalmodie védique.


                 Louanges de palmes


                 Paroles de bienvenue


                 Nostalgie et filiation reconnue...

 

 

Ô masque dan,


Innerve mon corps de ton rythme


Et toi, statuette senoufo, l’Androgyne


Sois garante de mon lignage.


Noces au mitan du fleuve de majesté !


Tes courbes sont mélodiques


Aux mains de l’Affamé.


Ton suc est de miel sauvage


A la bouche de l’Assoiffé.


Pokou, ô Reine du Don,


Et les caïmans repentants


Lèchent tes pieds de la tendresse.

 

 

Sous les tropiques piqués de flamboyants
A l’ombre de tes jaracandas épanouis,


Afrique mon continent d’ombre,


Je m’étends.


Et m’accueillent la glaise et l’humus fertile.


Submerge moi de ta douceur


          Arbre tutélaire


En pluie de fleurs mauves


Que leurs pétales me soient


La plus douce des pierres tombales.


Immerge moi, l’Amant et le Fils,


          Mère immémoriale


Dans l’incestueuse moiteur de la matrice.


Que mon souvenir subsiste,


Voile diaphane et frissonnant.


Accroché à ton large front d‘ombres immuable,


          Ô Soir ancien, Aube nouvelle,


Afrique, mon continent d’ambre. 

 

 

 

 

Le Livre des Célébrations

Editions Publisud, 1983

Du même auteur : 

 

Célébration du roseau et de l’encre (23/02/2023)

 

Célébration de l’Errant  (23/02/2025)

 

Larme de Nefertiti (23/02/2026)

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