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Le bar à poèmes
23 février 2026

Shams Nadir (1940 -) : Larme de Nefertiti

 

 

 

Larme de Nefertiti

 


La barque des morts te ramène


Comme elle t’avait emporté.


A travers les papyrus emmêlés


T’escorte, de ses louanges, le clapotis des rames :


          « Que vive, dans les siècles des siècles, ton souvenir


          Tu fus le Juste et le Miséricordieux


          Tu fus le Pur et le Vivant


          Tu fus l’Amour et la Compassion


          A l’image du Dieu unique qui te fut révélé


                                Buisson ardent, 


          Dans le vide implacable de l’Azur...


          Akhénaton, Akhénaton, Akhénaton,


          Que ton nom, à jamais, perce


          Les ténèbres du Souterrain


          D’où les morts ne remontent que le Livre ».


Et les nénuphars se souviennent...

 

 

Le soleil se lève sur Al Amarra


Et la maisonnée s’ébroue de son sommeil


Ah ! le claquement sonore des baisers échangés


Quand enveloppe la cité fraternelle


L’ample respiration du matin


Et que ton premier regard, Néfertiti,


Dispense perles de rosée et pétales de tendresse


Pour l’Amant ressurgi des limbes de la nuit.


Puis se forme la procession de joie


Aux sons des fifres et des cymbales.


Se mêlent les clameurs d’allégresse


Et se tendent les mains jointes


Vers le Dieu de Lumière


Aton, dispensateur de Vie    


Message flamboyant de Vérité.


Et les branches des lauriers


Offrande Lyrique


S’embrasent quand les caressent


Les mille doigts incandescents


Du Disque adoré


Ah ! L’extase mystique sous le frisson des palmes...

 

 

A travers les papyrus emmêlés


T’escorte de ses louanges, le clapotis des rames.


          Akhénaton, Akhénaton, Akhénaton... »


Et les nénuphars se souviennent... 


Là-bas, dans la métropole inique,


          Thèbes au cœur de pierre


          Aux divinités bariolées,


Complotent les momies vindicatives  


          Aux fond des termitières


Leurs bouches édentées clapotent


L’anathème fétide


          Contre le blasphémateur, traître à sa classe et à son rang.


          Contre le Pharaon dénaturé,


Comment pardonner l’amour et la jeunesse


Comment oublier l’offense de la vérité et de la beauté


Comment admettre la justice et la générosité


Quand emmaillottent le corps visqueux


Les bandelettes jaunies


Et qu’emprisonne l’esprit égaré


La rouille des barreaux ?


Et s’aiguisent les couteaux de l’imposture


Quand, sur les dalles de marbre, rôdent les nocturnes carnassiers...


A travers les papyrus emmêlés


T’escorte, de ses louanges, le clapotis des rames


« Akhénaton, Akhénaton, Akhénaton... »


Et les nénuphars se souviennent...

 

 

Sur Al Amarna, s’étend l’ombre du Rapace


Et tombent les ténèbres en plein midi.


Les ailes déployées d’Horus le Maléfique


Eclipsent la vivante clarté


L’empreinte du Faux s’incruste


        Dans la ville assaillie


Et le froid gagne les membres ankylosés.

 

 

Les rives accueillantes sont proches pourtant


Quand se lève le vent contraire.


Se serrent alors les papyrus craintifs


Devant la proue impuissante


Et, sur le banc de sable inopportun,


S’immobilise la barque échouée


Alors, par-dessus bord, Nefertiti laisse tomber une larme


Goutte cristalline et amère dont se trouble l’onde claire


Le reflet de l’esquif et de son équipage


Tremble et vacille


Puis se dissout dans la surface des eaux.


L’Oil se referme


Et l’absence recouvre l’étendue fluide,


Les nénuphars rassemblés protègent


        Gardiens amnésiques


Jusqu’au souvenir du Songe naufragé.

 

 

 

 


Revue « Ethiopique »


Dakar (Sénégal)

 

Du même auteur :

 

Célébration du roseau et de l’encre (23/01/2023)

 

Célébration des points cardinaux (23/02/2024)

 

« Clameur de l’exil... » (23/02/2025)
 

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