David – Herbert Lawrence (1885 - 1930) : Renaissance /Renascence
Renaissance
Nous n’avons pas mordu dans la pomme interdite,
Eve ni moi
Pourtant les éclats du jour et de la nuit
Tombant autour de nous, ne pommèlent plus
La même vallée de violet et de blanc.
C’est bien notre paisible val,
Notre Eden, notre demeure ;
Mais le jour la fait voir qui sent intensément,
Er la pâleur de la nuit ne s’accorde pas
Au sommeil profond qui lui faisait un toit.
La petite génisse rouge : ce soir je l’ai regardée dans les yeux :
Elle vêlera demain.
Hier soir, quand je passais avec ma lanterne, la truie happait sa portée
Dans un rouge rictus de mâchoires ; et j’entendais les cris
Des nouveau-nés, puis le vieux hibou, puis les chauves-souris voletantes.
Et je me suis éveillé au chant du ramier ; couché, j’écoutais
Me sentant à la fin capable d’emprunter
Quelques battements rapides au cœur du ramier ; et à mon lever
J’ai vu le soleil du matin luire sur l’iris agité
Et j’ai su que cette demeure, cette vallée, s’ouvrait plus large qu’un Eden.
Je l’ai tout appris de mon Eve,
La chaude, la muette sagesse ;
Elle instruit plus vite que les années ;
A mon pouls avisé elle a fait accueillir
D’étranges pulsations, outre rires, outres larmes.
Je sais donc maintenant la vallée
Toute charnelle contre moi
Vibrante d’émotions changeantes,
Heurtées et qui pourtant semblent concordantes,
Comme les heurts de la rivière
La portant vers la mer.
Traduit de l’anglais par J.J. Mayoux
In, « D.H. Lawrence : Poèmes/Poems »
Editions Aubier (Collection bilingue), 1976
Du même auteur :
La nef de mort / The ship of death (10/06/2015)
Désir de printemps / Craving for spring (10/06/2016)
Ombres / Shadows (10/06/2017)
Les secrètes eaux / The secret waters (09/06/2018)
La lande sauvage / The wild common (10/06/2019)
Enfant dans la discorde / Discord in childhood (10/06/2021)
Crépuscule / Twilight 10/05/2022)
Renascence
We have bit no forbidden apple,
Eve and I,
Yet the splashes of day and night
Falling round us, no longer dapple
The same valley with purple and white.
This is our own still valley,
Our Eden, our home;
But day shows it vivid with feeling,
And the pallor of night does not tally
With dark sleep that once covered the ceiling.
The little red heifer: to-night I looked in her eyes;
She will calve to-morrow
Last night, when I went with the lantern, the sow was grabbing her litter
With snarling red jaws; and I heard the cries
Of the new-born, and then, the old owl, then the bats that flitter.
And I woke to the sound of the wood-pigeon, and lay and listened
Till I could borrow
A few quick beats from a wood-pigeon's heart; and when I did rise
Saw where morning sun on the shaken iris glistened.
And I knew that home, this valley, was wider than Paradise.
I learned it all from my Eve,
The warm, dumb wisdom;
She's a quicker instructress than years;
She has quickened my pulse to receive
Strange throbs, beyond laughter and tears.
So now I know the valley
Fleshed all like me
With feelings that change and quiver
And clash, and yet seem to tally,
Like all the clash of a river
Moves on to the sea.
The Complete Poems of D. H Lawrence
Heineman, 1964
Poème précédent en anglais :
Jack Kerouac :Mexico City Blues (41ème – 50ème Chorus / 41st - 50th Chorus) (27/03/2020)
Poème suivant en anglais :
Ronald Stuart Thomas : Dans les collines galloises / The welsh hill country (18/06/2020)