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Le bar à poèmes
3 novembre 2026

Debora Vogel (1900 – 1942) : Rectangles (1)

 

Tableau d' Henryk Streng (1927)

 

 

Rectangles

 

 

 

 

FIGURE DU JOUR

 

 

 

Un rectangle gris.

 

Un deuxième. Un troisième.

 

Sept fois s’ouvre le rectangle de tôle.

 

 

 

Soleil jaune. Soleil rouge.

 

D’un côté, de l’autre côté :

 

un rectangle de jour s’est fermé.

 

 

 

De gris oiseaux de tôle voguent.

 

Des rondins de pâte molle à deux bras et deux jambes

 

roulent dans la grise argile de lumière.

 

Quatre fois par jour.

 

Soliel jaune d’un côté du rectangle, de l’autre côté.

 

 

 

Un premier mois de fleurs de tôle raide,

 

le deuxième, le troisième mois

 

de fleurs de tôle souple, bras et robes.

 

 

 

Combien de fois déjà s’est ouvert

 

combien de fois s’est fermé

 

le rectangle de tôle

 

avec le jaune cercle de soleil des deux côtés.

 

 

 

 

COUPE TRANSVERSALE

 

 

 

Tant de jours déjà sont passés dans la sphère de verre.

 

Tant de soleils, des deux côtés.

 

Tant de crépuscules, deux fois par jour             .

 

 

 

Le jour est une masse rectangulaire.

 

Sept fois le bloc avec deux soleils

 

s’appelle une semaine.

 

 

 

Sept fois : une lumière jaune. Une lumière bleue.

 

Sept fois : un soleil jaune. Un soleil blanc.

 

On compte les jours inutilisés.

 

 

 

Et l’on compte à nouveau :

 

une deuxième semaine, une troisième, une quatrième.

 

Un bloc de trente soleils : un mois.

 

 

 

Trois mois de ciels bleus et de pousses pleines de sève,

 

trois mois de jaunes fleurs de métal, d‘oiseaux, de robes,

 

et trois au cours desquels tout est égal

 

et trois aux jours de papier plat comme le blanc.

 

 

 

Et rien ne vient.

 

combien de fois se sont déjà levées de pousses de sève

 

combien de fois sont venus des jours de papier de couleur blanche.

 

 

 

 

NATURE MORTE AVEC FROID

 

 

 

Une demie-année

 

s’étendent les jours dans une verte lumière crépusculaire

 

comme sur les tableaux flamands à la verte froideur.

 

 

 

Une demie-année

 

s’étirent les nuits douze heures durant.

 

Longues comme des jours sans corps.

 

 

 

Le jour est une longueur couleur de verre

 

divisée en deux moitiés

 

par un plat cercle rouge.

 

 

 

Entre quatre murs gris du rectangle du monde

 

se dressent vers le haut des planches de chair,

 

reposent à plat comme planches des bûches de bois à deux pieds.

 

Douze et douze heures durant.

 

 

 

Rien de plus n’arrive 

 

dans ce rectangle de verre 

 

à étoile jaune, à étoile blanche. 

 

 

 

Les visages deviennent de plates vitres,    

 

carrées de verre incolore comme les jours. 

 

 

 

Et de ternes carrés de bois de couleur jaune délavé : 

 

plats bouts de planches, comme nuits de bois jaunes. 

 

 

 

 

   CARRES BLANCS                

 

 

 

Semaines de couleur blanche.

 

Trois mois de blancs carrés de jour.

 

Chaque année viennent ces trois mois

 

avec sept jours comptés par semaine.

 

 

 

Chaque jour est grise l’étoffe de neige, du gris du ciel.

 

Les soleils sont rouges : rouges lunes.

 

Chaque jour est un carré bordé du bleu d’une nuit.

 

 

 

Sept fois par semaine

 

est loin le jour, le soleil rouge, tous les corps.

 

Les rues sont sans longueur.

 

Dans la première rue il y a une maison blanche,

 

dans la deuxième rue, il y a une, deux, trois

 

maisons blanches, maisons grises :

 

corps lourds et légers. Corps froids.

 

 

 

Sept fois vient le carré de jour.

 

A nouveau on demande,

 

une septième fois on demande :

 

à quoi bon lever les pieds, lever les mains.

 

 

 

 

NATURE MORTE DE VERRE

 

 

 

Entre deux coques de monde ventrues, blanc gris,

 

de l’espace fruit de verre

 

est suspendu tordu le blanc noyau de papier

 

d’un raide soleil angulaire.

 

 

 

Chaque jour le blanc noyau repose dans la chair de verre,

 

tournent corps avec visages comme de froides vitres plates,

 

et des oiseaux de verre viennent et vont comme des grains de jour égaux.

 

Premier crépuscule, deuxième crépuscule.

 

 

 

Jusqu’à ce que tombe hors des corps-vases de verre,

 

le plat rectangle incolore d’un son :

 

tel un long soupir de tesson de verre.

 

 

 

Maintenant toutes les rencontres sont monotones ;

 

comme une boule de verre incolore

 

comme une vitre plate de verre délavé.

 

 

 

Comme le long soupir du verre frais.

 

 

 

 

NATURE MORTE AVEC MOUETTES

 

De l’odorant bleu de mer qui va et vient

 

d’innombrables fois

 

entre deux soleils –

 

 

 

arrive un gris sphérique sur les sept jours.

 

Sept jours : sept perles grises ;

 

Tombent une à une : première perle et la septième.

 

 

 

De grises coquilles en papier de mouettes

 

vont. Viennent. Pour la dixième fois.

 

La vingtième fois.

 

 

 

Lorsque vient le premier crépuscule

 

jusqu’au deuxième crépuscule.

 

 

 

Avec un cri sphérique

 

et gris uni comme un jour-perle.

 

 

 

Comment chaque jour peut tourner l’étoile jaune

 

comme peuvent aller et venir vagues de plomb et coquilles de mouettes

 

et les hommes lever les pieds,

 

quand tous les jours sont une seule perle

 

qui émerge sept fois par semaine.

 

 

 

 

PLAT DECOR DE MIDI

 

 

 

Gris rectangle de papier.

 

Rectangles colorés.

 

Maisons grises. Maisons colorées.

 

 

 

Devant les carrés de papier se dressent des cercles rayonnés de rouge.

 

Angulaires et raides comme du papier, comme des gens affairés :

 

de rouges dahlias.

 

 

 

Et des cercles jaunes : petits soleils de tôle

 

à grasse odeur d’huile persistante.

 

Se tiennent perdus, comme des hommes au milieu du jour.

 

 

 

Maisons dahlias tournesols

 

tournent dans la première rue, dans la deuxième rue :

 

depuis cinq heures du matin. Depuis une semaine. Depuis dix et vingt ans.

 

 

 

A présent de légères poupées aux yeux de verre

 

collent dans les cadres de fenêtres laqués de vert et blanc

 

des visages blancs et jaunes :

 

triangles de carton blanc, jaune.

 

 

 

Les gouttes de verre d’yeux en ellipse aux fenêtres vertes

 

suivent le long des rues angulaires de tôle ;

 

La boule de métal de la chaleur collante enclôt de raides rues.

 

 

 

Dans la lumière jaune résonne le verre.

 

Deux heures durant.

 

Alors tous les jours sont perdus.

 

........................................................

 

 

 

 

Traduit du Yiddish par Batia Baum

 


In, : Debora Vogel : « Figures du jour & Mannequins »

 


Editions La Barque, 35000 Rennes, 2023   

 


De la même autrice : 

 


Chansons à boire (03/11/2023)

 


Figures (03/11/2024)

 

 

Motif d’Automne / Brouillard d’Automne (03/11/2025)

 

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