Pablo Neruda (1904 – 1973) : Au printemps, avec Quévedo / Con Quevedo, en primavera
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Au printemps, avec Quevedo
Tout à fleuri
dans ces campagnes, les pommiers,
les bleus titubants, les broussailles jaunes,
et les coquelicots vivent dans l’herbe verte.
Le ciel qui ne s’éteint, l’air neuf
de chaque jour, le muet scintillement,
offrande d’un spacieux printemps.
Mon enclos seul est sans printemps.
Les maladies, les baisers fous
se sont collés comme le lierre sur l’église
aux croisées noires de ma vie
et l’amour seul ne suffit pas, ni le sauvage
et spacieux parfum du printemps.
Et que représentent pour toi en cet instant
la lumière effrénée, l’essor floral
de l’évidence, le chant vert
des feuilles vertes, la présence
di ciel avec sa coupe de fraîcheur ?
Ne me tourmente pas, ô printemps extérieur,
en dénouant dans mes bras le vin, la neige,
la corolle et le bouquet brisé de chagrins,
donne-moi pour lors le sommeil des feuilles
nocturnes, cette nuit où l’on rencontre
les morts, les métaux, les racines
et tant de printemps disparus
qui se réveillent dans chaque printemps.
Traduit de l’espagnol par Claude Couffon
In, Pablo Neruda : La rose détachée et autres poèmes
Edition Gallimard 1979
Du même auteur :
Dernières volontés / Disposiciones (02/11/2014)
Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée / Veinte poemas de amor y una canción desesperada (02/11/2015)
Testament d’Automne (02/11/2016)
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Con Quevedo, en primavera
Todo ha florecido en
estos campos, manzanos,
azules titubeantes, malezas amarillas,
y entre la hierba verde viven las amapolas.
El cielo inextinguible, el aire nuevo
de cada día, el tácito fulgor,
regalo de una extensa primavera.
Sólo no hay primavera en mi recinto.
Enfermedades, besos desquiciados,
como yedras de iglesia se pegaron
a las ventanas negras de mi vida
y el sólo amor no basta, ni el salvaje
y extenso aroma de la primavera.
Y para ti qué son en este ahora
la luz desenfrenada, el desarrollo
floral de la evidencia, el canto verde
de las verdes hojas, la presencia
del cielo con su copa de frescura?
Primavera exterior, no me atormentes,
desatando en mis brazos vino y nieve,
corola y ramo roto de pesares,
dame por hoy el sueño de las hojas
nocturnas, la noche en que se encuentran
los muertos, los metales, las raíces,
y tantas primaveras extinguidas
que despiertan en cada primavera.
La rosa separada
Librería Losada, Buenos Aires,1973
Poème précédent en espagnol :
José Herrera Petere : « O poètes sans terre... » / « ! Oh poetas sin tierra... » (15/06/2026)