Gaucelm Faidit (vers 1150 – vers 1205) : « Quand au jardin paraît le vert... » / « Can vei reverdir les jardis... »
/image%2F1371599%2F20261010%2Fob_d1d37c_gaucelm-faidit-bn-ms-fr-12473-1.jpg)
Gaulcem Faidit, d'après un manuscrit du XIIIe siècle.
Quand au jardin paraît le vert
que de chanter les oiseaux brillent
au mois de mars dans la lumière
tel une ombre devrais-je vivre
éloigné du visage clair
dont m’obscurcit le souvenir
être fidèle que le coeur
en elle meure et naisse et meure
De l’autre côté de la mer
m’a exilé la belle amie
et dépossédé de ma terre
si lointaine pourtant c’est signe
d’un temps meilleur que la promesse
que je dois bien lui revenir
être fidèle que le cœur
en elle meure et naisse et meure
Ce qu’est aimer je crains toujours
que pour un autre elle m’oublie
d’elle je n’attends nul secours
comme pauvre je suis parti
pourra-t-elle oublier un jour
ce qu’elle est et ce que je suis
être fidèle que le cœur
en elle meure et naisse et meure
Dans les pensées je la retrouve
je me tue et je me déchire
je suis maudit rompu d’amour
tout à elle toujours conduit
je crais le jour du vrai retour
d’elle quelle fuite terrible
être fidèle que le cœur
en elle meure et naisse et meure
Ce qu’est d’attendre que souffrir
de désir et désespérer
ne pas connaître le répit
tant que son prix et sa beauté
et sa puissance elle n’oublie
moi qui ne l’ai pas oubliée
être fidèle que le coeur
en elle meure et naisse et meure
Bone dame je vous supplie
en simple et franche humilité
pensez un peu à votre ami
s’il vous plaît un peu de bonté
de qui n’a pas pitié d’autrui
Dieu non plus n’aura pas pitié
être fidèle que le cœur
en elle meure et naisse et meure
Traduit de l’occitan par Claude Adelen
in, Bernard Delvaille « Mille et cent ans de poésie française »
Editions Robert Laffont (Bouquins), 1991
Du même auteur :
« Un chevalier reposait... » / « Us cavaliers si jazia... » (10/10/2023)
« Triste chose est... » / « Fortz chaua e... » (10/10/2024)
« Du vaste sein de la mer... » / « Del gran golfe de mar... » (10/10/2025)
|
|
Can vei reverdir les jardis
et oi les oizelets chanter
et nos es tant dous li marchis
me renovellent mei pensier
qu’ores me sovient d’un cler vis
que je ne puis mie oblier
qu’en tel damey pozai mon cuer
don muer et viv’ et viv’ et muer
Le bele de cui sui amis
m’a fait passer d’outre la mer
et desaisiné mon païs
poruec iant loing ne-m’fait eler
que s’amor n’aïe sa requis
por qu’à lui m’est os retorner
qu’en tel damney pozai mon cuer
don muer et viv’ et viv’ et muer
Las je sai don sui en error
qu’elle aime plus de moi autrui
et sai que ja n’aura un jor
merci de moi qui mal a fui
s’ele n’oblie sa richor
la quel ele est et quel je sui
qu’en tel damey pozai mon cuer
don muer et viv’ et viv’ et muer
Ne puis muer que je retor
a li qui m’auci et destrui
que-l’cuer m’a blessé d’un amor
qui ver li m’amen et m’adui
mais me prein dotanse et paor
que quan me verra je l’enui
qu’en tel damey pozai mon cuer
don muer et viv’ et viv’ et muer
Je sais que cel destreit m’auci
et ja me mene en povreté
et sais que ja n’aura merci
si sa richesse et sa beauté
et son pris ne met en obli
mais cil ne l’a mie oblié
qu'n tel damey pozai mon cuer
don muer et viv’ et viv’ et muer
Bone dame por Dieu vos pri
o douce franche humilité
que regardez ver vostre ami
si ferez franchesse et bonté
car ja mai Dieu n’aura merci
de rien si n’a d’autrui pitié
qu’en tel damey pozai mon cuer
don muer et viv’ et viv’ et muer
Poème précédent en occitan :
Max Rouquette : Rendez-moi / Tornatz-me (06/10/2006)