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Le bar à poèmes
1 octobre 2026

François Rannou (1963 -) : L’Autre versant de l’ombre

 

 

 

L’autre versant de l’ombre

 

 

 

là derrière ces fenêtres

 

sa langue d’écume noire

 

                    ------- tu ouvres

 

un livre pour savoir

 

« perdre l’encre des toits »

 

                                tu laisses   

 

la pluie filer vers la rivière

 

------- le livre a glissé de tes doigts

 

la nuit se pose sur tes lèvres

 

 

 

 

entre tes doigts   le sable de sa voix comme

 

un filtre------- sa man liquide lave ton visage

 

derrière la fenêtre d’air de pluie 

 

                                                          tu mimes

 

les gestes qu’elle ne voit pas et retournes

 

avec ta langue dans ta bouche la terre

 

ton corps est là ?

 

 

 

 

puis il y a ce passage

 

        « à l’ombre du faucon 

 

           se dissipe dans l’air... »

 

et ---- plus d’images

 

                                 ici

 

de son visage tu

 

ne sais que

 

la voix

 

son esprit qui vole au-dessus de toi

 

son œil affilé lit sur tes lèvres

 

et goûte le vin que tu bois

 

---- la terre est noire de ses dents

 

 

 

 

à toucher presque

 

les rives jaunes entr’aperçues

 

                                                partir

 

le pas des nuages dans

 

ta respiration

 

                       une main de sable

 

se retire

 

dans le creux ------- vers le

 

geste arrondi de sa paume

 

son rêve de dune et

 

de galet

 

striés

 

d’ocre de bleu

 

sa voix dans ta voix comme

 

un microsillon

 

------ et tu trouves échouées là

 

les pierres noires comme du charbon

 

ce qu’elle a laissé pour

 

toi ------

 

              à tes lèvres

 

l’envie de mordre dans un fruit

 

au cœur vif du caillou

 

 

 

 

à mesure que

 

tu creuses

 

                la main s’approche du souffle elle

 

plonge dans l’ébène graffitis

 

                                       -------- seins tendus

 

derrière la figure

 

le vase noir et dur de l’ombre contient

 

le geste

 

où perdre ton corps

 

et ton esprit

 

------- si u craches dans ta main

 

le souffle prend racine

 

 

 

 

la pierre noire affûte

 

le vent

 

sa main serre ta nuque

 

te pousse

 

en avant de son geste

 

                                tu

 

déplies son linge de nuit

 

au-dessus du

 

trou

 

au centre

 

poses

 

ta bouche

 

une femme improbable

 

apporte du

 

vin

 

      place le poisson

 

 

vif

sous ta langue

 

----- s’en retourne

 

te laisse

 

le goût âcre du soleil et du vin

 

 

 

 

où tu ne peux pas voir

 

elle entre dans tes yeux

 

tire de l’ombre

 

sa respiration ----

 

sois

 

à l’intérieur

 

le rythme de ses cuisses

 

la palpitation de son corps

 

       invisible

 

la neige dure sous tes doigts

 

prend tes yeux

 

 

 

 

et tu ne sais plus

 

quand -----

 

son sexe a

 

brûlé

 

ta main

 

----- elle t’appelait par la fenêtre

 

l’index porté à ses lèvres

 

 

                                     -------

 

il n’y a plus de

 

fenêtre

 

           la cendre de ses doigts sur

 

ton visage

 

               recueille ton ombre

 

                                               ------- tu te colles

 

à terre

 

           fais de toi un souterrain

 

------ qui court sans bruit

 

         dans la neige

 

         des caves

 

 

 

 

l’ombre des corps

 

se resserre

 

aux quatre coins

 

enfoncée

 

dans l’os

 

----- « et la lumière »

 

 

 

 

elle verse le vin noir

 

où se plante

 

la flèche -----

 

                      où

 

s’inversent

 

vos deux visages

 

les dents mâchent leur proie

 

------ aiguisent

 

une autre faim

 

 

 

 

son visage est écrit dans ta main

 

bois l’ocre de sa bouche

 

sa mémoire n’est plus

 

ton geste

 

deux trous de neige dans

 

son corps de neige

 

sa vision

 

prise

 

dans tes doigts

 

                         tu l’inventes

 

nue

 

sans images

 

tu prononce le

 

nom

 

--------

 

juste impossible

 

 

 

 

trouveras-tu

 

le sommeil lucide

 

ocre bleu

 

de la voix

 

----- le chiffre de tes songes

 

l’autre versant de l’ombre

 

 

 

 

 

L’Autre versant de l’ombre

 

Wigwam éditeur, 35000 Rennes, 1994

 

Du même auteur : Dévié parle vent (Paul Celan) (14/03/2021

 

 

 

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